GOL­DEN STATE RE­DE­VIENT ROI

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Il n’y a pas de match anec­do­tique dans une Fi­nale NBA. Le temps est trop court, sur­tout quand on a eu du re­tard à l’al­lu­mage. Cle­ve­land était lan­cé dans une course à han­di­cap dès le dé­but de la sé­rie contre Gol­den State et le 12 juin, un « must win » était à nou­veau pro­gram­mé pour pro­lon­ger le sus­pense. Et faire du­rer le plai­sir. Exac­te­ment comme un an plus tôt. Le scé­na­rio, iden­tique, pré­ci­pi­ta l’ap­pa­ri­tion de titres avec les mots « dé­jà vu », en fran­çais dans le texte, dans les jour­naux et les émis­sions, té­lé ou ra­dio. L’équipe de Ty­ronn Lue s’ins­tal­la ré­so­lu­ment dans le re­make. Elle ne de­man­dait qu’à ren­ver­ser la ten­dance, comme en 2016. Les Ca­va­liers avaient ré­ser­vé le même res­tau­rant à San Fran­cis­co la veille du match, là où ils avaient dî­né douze mois plus tôt. Mais Ste­phen Cur­ry re­fu­sa d’en­trer dans ce jeu. « Cette an­née, c’est to­ta­le­ment dif­fé­rent et puis je ne suis pas du genre à ru­mi­ner ce qui s’est pro­duit avant. Le pas­sé est le pas­sé. » Simple et en mode com­po­sé, Gol­den State de­vait sai­sir l’op­por­tu­ni­té de rem­por­ter son deuxième titre en trois ans, le cin­quième de la fran­chise, dès ce Match 5. Chez lui, à l’Oracle Are­na. Le « sweep » n’étant plus d’ac­tua­li­té (pas plus qu’un re­cord par­fait de 16-0), les mé­dias amé­ri­cains avaient chan­gé leur fu­sil d’épaule, son­dant puis al­lu­mant les an­ciens qui ra­con­taient qu’ils bat­traient cette jeu­nesse brillante mais en­core un peu tendre. Scot­tie Pip­pen, Sha­quille O’Neal, Charles Bark­ley et Isiah Tho­mas, tous très cri­tiques, voyaient néan­moins les War­riors bou­cler l’af­faire de­vant leurs fans, sans ou­blier de rap­pe­ler qu’une dy­nas­tie se construit dans le temps avec un pou­voir ab­so­lu sur la Ligue. Sous-en­ten­du : « Chose qu’ils n’ont pas en­core faite. » Les dy­nas­ties de Bos­ton, des La­kers et de Chi­ca­go étaient ain­si re­mises au goût du jour. La « Dub Na­tion » n’avait pas en­core ce sta­tut. Mais ce­lui de « su­per­team », oui. Une éti­quette qui aga­çait beau­coup les an­ciens… Pas en­core une dy­nas­tie ? Soit. Alors, Steve Kerr tra­vailla comme un for­ce­né jus­qu’aux ul­times heures. Il avait pro­gram­mé une séance de shoots fa­cul­ta­tive le ma­tin du Game 5, à 8h, à Oak­land. Le staff californien at­ten­dait tout au plus quatre ou cinq joueurs. Quelle ne fut pas sa sur­prise quand il dé­cou­vrit une équipe au com­plet, prête à bos­ser dur ! « On ne s’était pas pas­sé le mot et tout le monde a ré­pon­du pré­sent. C’est le signe que tous les gars étaient fo­ca­li­sés sur le même ob­jec­tif et im­pli­qués à fond », di­ra Da­vid West. Andre Iguo­da­la confiait que le coach lui avait de­man­dé le nombre de mi­nutes qu’il ai­me­rait ob­te­nir le soir-même. « Ig­gy », in­sa­tiable de­puis son award de MVP des Fi­nales en 2015, ré­pon­dit qu’il était prêt à tout don­ner car il se sen­tait au meilleur de sa forme. Mi­chael Jor­dan avait dit la même chose à Phil Jack­son quelques heures avant un match cru­cial en Fi­nales NBA pour les Bulls car Scot­tie Pip­pen, ma­lade, ne se­rait pas au top (Match 6 contre Utah en 1998). Dray­mond Green, qui avait trai­té les fans de Cle­ve­land « d’im­bé­ciles », n’avait au­cune en­vie de re­tour­ner dans l’Ohio, tout du moins pas avant la sai­son pro­chaine - il y se­ra bien re­çu à l’ave­nir, quelle que soit l’oc­ca­sion. On pou­vait se dire qu’avec toutes ces bonnes in­ten­tions (et vo­lon­tés), le match se­rait d’un ni­veau ex­cep­tion­nel. Et il le fut. Dans la pure tra­di­tion « blue col­lar » cô­té Cle­ve­land, qui ne lâ­cha pas l’af­faire avant les deux der­nières mi­nutes. LeB­ron James fut ex­cep­tion­nel une nou­velle fois avec 41 points, 13 re­bonds, 8 as­sists et 2 steals, alors que J.R. Smith réa­li­sa sa meilleure sor­tie avec 25 points et un 7/8

der­rière l’arc. Ky­rie Ir­ving, hé­roïque mais bles­sé au ge­nou, ter­mi­na sur les ro­tules avec une der­nière pé­riode fa­tale, peu en rap­port avec son ta­lent, d’où un mé­chant 0/6 aux tirs. Il au­rait fal­lu un n°2 à 100% pour mat­cher ces War­riors car Ke­vin Du­rant et Ste­phen Cur­ry jouèrent à leur meilleur ni­veau dans ce laps de temps. Ce­lui qui al­lait tout fi­ger. Avant d’at­ta­quer les der­nières douze mi­nutes, une stat pre­nait tout

son sens dans ces Fi­nales 2017. On re­mar­qua que « KD » était le joueur le plus « clutch » lors des qua­trièmes quart-temps, avec 35 points mar­qués à 59% de réus­site (10/17 aux tirs). Une perf qui fai­sait toute la dif­fé­rence sa­chant que Ir­ving, James et Cur­ry étaient loin der­rière l’ai­lier des War­riors, au sco­ring comme en termes de pour­cen­tage, à cet ins­tant ca­pi­tal. Cette don­née al­lait-elle en­core faire pen­cher la ba­lance en fa­veur de Gol­den State ? Coach Kerr ali­gna Du­rant, Green, Thomp­son, Iguo­da­la et le rookie Pa­trick McCaw à la place de Cur­ry pour at­ta­quer le mo­ment de vé­ri­té. Après 3 mi­nutes de jeu, le dé­bu­tant re­ga­gna le banc pour lais­ser Ste­phen di­ri­ger la ma­noeuvre. Ce fut du grand art. Du « néo-bas­ket » tran­chant, sai­gnant, où l’on shoo­ta à 65% ! Et c’était in­dis­pen­sable car Cle­ve­land ne lâ­che­rait vrai­ment rien. « KD » al­lait sco­rer 11 points à 5/7 et 1/2 « from down­town ». LeB­ron eut beau plan­ter 14 points, avec l’ap­port d’un J.R. Smith agres­sif (2/3 der­rière l’arc), c’était in­suf­fi­sant pour em­pê­cher les « Gol­den Boys » d’être sa­crés cham­pions. Coach Kerr joua « small ball » avec un Iguo­da­la à 38 mi­nutes. Ses « big men », JaVale McGee (0 mn) et Za­za Pa­chu­lia (9 mn), s’étaient ef­fa­cés, lais­sant une fe­nêtre de 11 mi­nutes au vieux gro­gnard Da­vid West qui, en 14 sai­sons de NBA, n’avait ja­mais vé­cu une telle apo­théose. Contrai­re­ment aux Matches 3 et 4 dans l’Ohio, où l’im­pact phy­sique et l’agres­si­vi­té étaient les mêmes, Gol­den State joua cette fois sous contrôle. La tor­nade de points (un 21-2 ini­tié par Iguo­da­la, Cur­ry et Du­rant) qui s’abat­tit sur le te­nant du titre dans le deuxième quart-temps fut ter­rible. Elle illus­trait par­fai­te­ment ce que cette bande de joyeux lu­rons pou­vait faire grâce à sa jeu­nesse, sa vi­tesse, sa di­men­sion ath­lé­tique, son adresse et son ta­lent col­lec­tif. « Une puis­sance de feu ex­cep­tion­nelle » pour re­prendre l’ex­pres­sion de LeB­ron James qui, en huit Fi­nales NBA, n’avait ja­mais vu une telle ar­ma­da of­fen­sive. Et pour­tant, le « King » en a vu dé­fi­ler, des fi­na­listes sur­ar­més, face à lui : San An­to­nio trois fois, Dal­las, Ok­la­ho­ma Ci­ty, avec Du­rant et West­brook, avant ces War­riors, dans un af­fron­te­ment en trois actes. La réa­li­té est cruelle pour Cle­ve­land et pour sa su­per­star : cette for­ma­tion n’avait tout sim­ple­ment pas les ar­gu­ments né­ces­saires pour ac­com­pa­gner les ar­tilleurs en chef, James et Ir­ving. Le banc des War­riors a rap­por­té 29.8 points en moyenne alors que ce­lui des Ca­va­liers ne don­nait que 16.4 points par match. Chiffres si­mi­laires au ni­veau du col­lec­tif avec les passes dé­ci­sives, tou­jours chez les joueurs du banc. Pri­vi­lé­giant un bas­ket fait de mou­ve­ment et d’al­truisme, Gol­den State tour­na à 7.9 as­sists par match alors que les back-ups de Cle­ve­land ne rap­por­taient que 3.4 passes. Tous les chiffres sont im­pla­cables pour le cham­pion de la Confé­rence Est, à l’ex­cep­tion de ceux de LeB­ron James qui s’af­fi­cha à un triple-double de moyenne sur cette Fi­nale (33.6 pts, 12 rbds, 10 pds). C’est le seul joueur de l’his­toire à ac­com­plir une telle per­for­mance ! Le Gol­den State 2017 n’au­ra donc connu qu’une seule dé­faite en playoffs, à Cle­ve­land jus­te­ment, dans le Match 4. Avec 94.1% de vic­toires (16-1), les Ca­li­for­niens font mieux que les La­kers de 2001, qui avaient émar­gé à 93.8%, et les Sixers de 1983, qui avaient at­teint 92.3%. La jeu­nesse (re)prend le pou­voir, comme en 2015, mais avec un ta­lent in­es­ti­mable en plus puisque Ke­vin Du­rant - 29 ans en sep­tembre - est le nou­veau top sco­reur de ce squad où la moyenne d’âge tourne au­tour des 27 ans. Le « Big Four » Du­rant-Green-Thomp­son-Cur­ry s’im­pose, sur le pa­pier, comme le socle d’une dy­nas­tie si la « Dub Na­tion » réus­sit le back­to-back au prin­temps 2018. Se­lon la plu­part des pré­vi­sions, Gol­den State

de­vrait être en me­sure de rem­por­ter trois ou quatre titres dans les an­nées à ve­nir avec ces quatre All-Stars en pleine pos­ses­sion de leurs moyens (Cur­ry au­ra 30 ans l’an pro­chain, Green et Thomp­son n’ont que 27 piges). Ste­phen s’at­ten­dait à re­ce­voir le contrat qui lui était dû, « KD » pour­rait faire un ef­fort pour per­mettre aux cham­pions 2017 de rem­pla­cer les fu­turs par­tants et de conso­li­der le banc. Andre Iguo­da­la, vé­té­ran de 33 ans, s’était dé­jà mis d’ac­cord avec le front of­fice pour une pro­lon­ga­tion lui rap­por­tant 10 M$ par an. Le me­neur back-up Shaun Li­ving­ston a 31 ans et il est heu­reux dans ce groupe, avec le rôle qui est le sien. Per­sonne n’en­vi­sa­geait de quit­ter la Bay Area, pas même JaVale McGee qui pour­rait pro­fi­ter d’une sai­son où il s’est re­fait la ce­rise pour ob­te­nir mieux ailleurs. On se tourne tou­jours vers l’équipe qui gagne et Gol­den State a un gros pou­voir d’at­trac­tion. Ain­si qu’un ar­gu­ment sup­plé­men­taire, vis-à-vis des agents libres, avec son ins­tal­la­tion à San Fran­cis­co en 2019. Bob Myers, le ge­ne­ral ma­na­ger, et Steve Kerr, le coach, s’ins­crivent dans la phi­lo­so­phie d’une fran­chise comme San An­to­nio pour du­rer. Que ce soit en termes de jeu col­lec­tif ou de construc­tion d’équipe. Da­vid West et à un de­gré moindre Matt Barnes sont de vieux gro­gnards qui ont su s’in­té­grer ra­pi­de­ment, se mon­trer opé­ra­tion­nels et rendre ser­vice dans le re­gistre de­man­dé. A l’image d’un Ke­vin Willis ou d’un Mi­chael Finley chez les Spurs, à dif­fé­rentes pé­riodes (tou­jours conclues par un titre pour les Texans), West a ap­por­té cette once de ma­tu­ri­té qui fai­sait dé­faut aux War­riors. C’est dans le Match 5, ce­lui où il ne fal­lait pas se man­quer, qu’il a ob­te­nu son plus gros temps de jeu, qua­si­ment, dans la sé­rie, avec près de 11 mi­nutes. Ce n’est pas un ha­sard. Cette équipe sa­crée deux fois cham­pionne en trois ans n’avance pas vers l’in­con­nu. Comme elle n’avan­çait pas dans le noir lorsque San An­to­nio et les Clip­pers l’avaient sor­tie en playoffs, en 2013 et 2014 (4-2 en de­mi-fi­nales de Confé­rence et 4-3 au 1er tour). Elle marche vers le pou­voir ab­so­lu en NBA, n’en dé­plaise aux an­ciens de­ve­nus grin­cheux. Reste à sa­voir quelle peut être la du­rée de ce règne. C’est plu­tôt la con­cur­rence qui dé­tient la ré­ponse car il dé­pend d’elle de s’ar­mer dès à pré­sent pour com­battre ce nou­vel épou­van­tail. Si elle ne fait rien, le règne jaune et bleu du­re­ra long­temps. Bon cou­rage quand même…

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