DU­RANT, UN MVP SOUS LE FEU DES CRI­TIQUES

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SI TU NE PEUX PAS LES VAINCRE, REJOINS-LES ! KE­VIN DU­RANT A OB­TE­NU CE QU’IL VOU­LAIT, DE­VE­NANT CHAM­PION NBA POUR LA PRE­MIÈRE FOIS, DANS LES RANGS DE GOL­DEN STATE, UN AN APRÈS AVOIR QUIT­TÉ OK­LA­HO­MA CI­TY. AURÉOLÉ DU TITRE DE MVP DES FI­NALES, « KD » A FAIT D’UNE PIERRE DEUX COUPS MAIS À VAINCRE SANS PÉ­RIL, ON TRIOMPHE SANS GLOIRE… RESTE LA SA­TIS­FAC­TION DE L’EM­POR­TER EN REN­DANT UNE COPIE PAR­FAITE. CE QU’A FAIT LE NA­TIF DE WA­SHING­TON. RE­POR­TAGE DANS SES PAS.

Sur une scène mon­tée à la hâte dans l’Oracle Are­na, Ke­vin Du­rant vient de re­ce­voir le tro­phée de meilleur joueur des Fi­nales des mains d’un Bill Rus­sell vieillis­sant et af­fai­bli. Le MVP a la main droite lar­ge­ment ou­verte vers ses sup­por­ters, comme s’il se de­man­dait ce qu’il lui ar­rive. Ce 12 juin 2017 res­te­ra gra­vé dans sa mé­moire pour la vie. Il lui a fal­lu dix ans de la­beur pour ga­gner le titre de cham­pion NBA et de­ve­nir, au pas­sage, roi d’une Fi­nale. Une sé­rie qu’il a sur­vo­lée avec cinq matches à plus de 30 points. Peu de joueurs se sont éle­vés à ce ni­veau en playoffs. Le der­nier en date était Sha­quille O’Neal lors de la Fi­nale 2002 contre New Jer­sey, fu­tur Brook­lyn (4-0 pour les La­kers). Quelques mi­nutes plus tard, en confé­rence de presse, un « KD » af­fu­blé d’un masque de plon­geur - les bas­ket­teurs ont co­pié les ba­se­bal­leurs qui, à l’is­sue des World Se­ries, portent ce type de masque en ou­vrant les mag­nums de cham­pagne - rap­pe­lait à son au­di­toire que « rem­por­ter les Fi­nales NBA et en être élu meilleur joueur, c’est un rêve d’en­fant ». Le gar­çon né à Wa­shing­ton D.C. il y a 28 ans re- voyait dé­fi­ler de­vant ses yeux la sé­rie per­due contre Mia­mi en 2012 (1-4), ses quatre titres de meilleur sco­reur de la Ligue, sans ou­blier l’award de MVP de la sai­son 2013-14, quand il avait sur­vo­lé les dé­bats en s’af­fi­chant à 32 points de moyenne, as­sor­tis de 7.4 re­bonds et 5.5 passes. « Je suis content qu’on ait fait le bou­lot », ajou­ta ce­lui qui suc­cé­dait à Andre Iguo­da­la et LeB­ron James au pal­ma­rès du MVP des Fi­nales.

LA BLES­SURE QUI A FAILLI TOUT FAIRE CAPOTER

Quand il ri­gole avec Ste­phen Cur­ry et tous les War­riors, Du­rant sait qu’il re­vient de loin. Le 28 fé­vrier, la re­crue choc de la « Dub Na­tion » s’était bles­sée dans une col­li­sion avec son co­équi­pier Za­za Pa­chu­lia à Wa­shing­ton. Le pre­mier diag­nos­tic était ter­rible pour Ke­vin et le staff tech­nique de Gol­den State. On par­lait alors de six mois d’in­dis­po­ni­bi­li­té à cause d’une frac­ture. C’est aus­si la rai­son pour la­quelle la fran­chise ca­li­for­nienne fut ex­trê­me­ment pru­dente dans sa com­mu­ni­ca­tion, de­man­dant de nou­veaux exa­mens avant de fixer une date de re­tour. Le pre­mier diag­nos­tic fut ré­éva­lué : Du­rant pour­rait re­ve­nir pour le 1er tour des playoffs. L’an­cien ai­lier d’Ok­la­ho­ma Ci­ty en par­lait pen­dant l’af­fron­te­ment avec Cle­ve­land : « Ce fut une pé­riode très dif­fi­cile à vivre. Il y a la crainte de ne pas pou­voir re­ve­nir à temps dans l’équipe et même la peur d’un re­tour pré­ci­pi­té, alors qu’on n’a pas vrai­ment re­trou­vé la san­té. Le cas échéant, on n’est pas dans les meilleures dis­po­si­tions pour jouer car on est en­core di­mi­nué. Tout ce­la a été pen­sé et mû­ri avec notre coa­ching staff, un staff qui a été à mes cô­tés chaque jour. De mon cô­té, je pou­vais voir comment le groupe mon­tait en ré­gime. Je sa­vais que j’al­lais de­voir rat­tra­per le temps per­du en tra­vaillant plus dur pour me mettre au ni­veau. » L’ex-com­plice de Rus­sell West­brook au Thun­der re­vint trois matches avant le dé­but des playoffs, contre La Nou­velle Or­léans, Utah et les La­kers, pour re­prendre ses marques. Il était temps d’en­ta­mer le ma­ra­thon le plus im­por­tant de l’an­née (16-1), le 16 avril contre Port­land.

Mi­chael Jor­dan avait éga­le­ment sur­vo­lé une Fi­nale NBA, celle face à Phoe­nix en 1993 (4-2 pour Chi­ca­go), avec six matches à plus de 30 points. Ke­vin Du­rant a réel­le­ment mis le grap­pin sur le tro­phée de meilleur joueur sur un match, le Game 3 à Cle­ve­land, lors­qu’il a sco­ré 7 points consé­cu­tifs dans le mo­ney-time et no­tam­ment un tir pri­mé sur la tête du « King » pour faire pas­ser le score à 114-113 et scel­ler le sort d’une par­tie mal en­ga­gée pour les War­riors. Ce shoot der­rière l’arc après un re­bond dé­fen­sif et cette re­mon­tée de balle ex­press ont mar­qué tous les es­prits et fi­gu­re­ront en bonne place dans toutes les com­pi­la­tions. Il res­tait 45,3 se­condes à jouer et face à lui, en dé­fense, il y avait le « King ». « Je peux être utile dans cette équipe en sco­rant mais pas seule­ment. Je dois jouer dur en dé­fense, écou­ter mes coaches, mes co­équi­piers, sa­voir uti­li­ser mes forces. C’est tout ce­la conju­gué qui aide l’équipe à ga­gner », rap­pe­lait-il après ce fa­meux match dans l’Ohio. Quand on l’in­ter­ro­gea pour sa­voir s’il es­ti­mait pra­ti­quer son meilleur bas­ket dans cette Fi­nale, il ré­pon­dit ce­ci : « Je ne pense pas à ce­la. J’es­saie juste d’être au maxi­mum, de jouer le plus dur pos­sible chaque se­conde où je suis sur le ter­rain. C’est-à-dire avec pas­sion, éner­gie et plai­sir. » On a l’im­pres­sion d’en­tendre Steve Kerr avec les trois der­niers mots choi­sis par Du­rant. Un head coach qui avait tout fait pour que le n°2 de la draft 2007 dé­barque à Oak­land il y a douze mois, à l’is­sue d’une fi­nale de Confé­rence Ouest au scé­na­rio fou (de 3-1 pour le Thun­der à 4-3 pour les War­riors). Ce scé­na­rio conti­nue de nour­rir les griefs de ceux qui re­prochent à « KD » d’avoir choi­si la fa­ci­li­té en re­joi­gnant un ad­ver­saire dé­jà do­mi­nant et qu’il avait été tout près d’ex­pé­dier au ta­pis. Steve Kerr connais­sait le sco­reur. Il fut im­pres­sion­né, aus­si, par le dé­fen­seur qu’il vit à l’oeuvre à Ok­la­ho­ma Ci­ty. « On avait be­soin de son vo­lume de jeu, souffle Coach Kerr. En at­taque, bien sûr. Mais on connais­sait le po­ten­tiel de Ke­vin dans ce do­maine. On avait aus­si be­soin de lui en dé­fense car il a la taille et la vi­tesse pour contrer et prendre des re­bonds. » Le cou­rant est vite pas­sé entre la nou­velle su­per­star des War­riors et le coach californien. « On a le même mode de pen­sée », rap­por­tait Du­rant. L’autre atout du cham­pion du monde 2010 et double cham­pion olym­pique, c’est sa co­ol at­ti­tude. Il a su se fondre dans le col­lec­tif dé­jà bien hui­lé des War­riors, un ef­fec­tif qui s’en­ten­dait à mer­veille - sur le ter­rain et en de­hors - avant son ar­ri­vée dans la Bay Area. « On peut s’écla­ter, jouer un bas­ket fun en étant dis­ci­pli­né, pré­ci­sait le MVP des Fi­nales 2017. C’est ce qui est im­pres­sion­nant dans cette équipe. On joue en confiance, on res­pecte les consignes et on s’amuse beau­coup. Cha­cun ap­porte ses qua­li­tés propres et trans­forme ce­la en bo­nus col­lec­tif. »

IL RÉ­POND AUX CRI­TIQUES MALADROITEMENT

A vaincre sans pé­ril, on triomphe sans gloire, dit-on, et c’est la pre­mière cri­tique qui est adres­sée à Ke­vin Du­rant. Il lui est évi­dem­ment re­pro­ché d’avoir re­joint une su­per­team avec un « Big Th­ree » dé­jà in­jouable, ce­lui com­po­sé de Steph Cur­ry, Klay Thomp­son et « Dray » Green, trois gar­çons dans la force de l’âge, comme lui. Cette sé­rie contre les Ca­va­liers bou­clée en douze jours, avec un ra­pide 4-1, ajoute à la po­lé­mique (voir aus­si le 16-1 sur une cam­pagne de playoffs ju­gée trop fa­cile, donc dé­nuée d’in­té­rêt). Ce n’est pas sur ce ter­rain que Du­rant est le plus brillant pour se dé­fendre. Ou plu­tôt, on ne croit pas à sa ligne de dé­fense quand il dit que son chal­lenge le plus dur, cette an­née, était de rendre meilleurs ses nou­veaux co­équi­piers. « Je de­vais faire en sorte que des gars comme Ste­phen, Klay et Dray­mond soient plus forts, clame-t-il maladroitement. Il fal­lait que je com­prenne ce que je pou­vais faire pour les ai­der. » Pas convain­cant. Pas convain­cant du tout car « KD » n’ap­por­tait rien de nou­veau ni de dé­ter­mi­nant, au fond, sur­tout par rap­port au contexte qu’il connais­sait à Ok­la­ho­ma Ci­ty, où il de­vait as­su­rer avec son ex-ami Rus­sell West­brook. Chez les War­riors, il a ajou­té ses ta­lents à ceux d’un col­lec­tif qui avait ob­te­nu un titre NBA en 2015 et éta­bli un bi­lan re­cord de 73-9 en 2016 sans lui. Pour­tant, Du­rant in­sis­tait : « Je suis heu­reux de prou­ver aux ha­ters qu’ils avaient tort. Tout ce­la est sym­pa, ça dis­cute beau­coup sur Ins­ta­gram ou Twit­ter mais ça ne me tra­casse pas quand je viens bos­ser tous les jours. Dans le fond, vous pou­vez par­ler au­tant que vous le vou­lez, per­sonne n’aime plus le bas­ket que moi et je di­rais même que per­sonne ne tra­vaille plus dur que moi sur son jeu. » LeB­ron James, entre autres, ap­pré­cie­ra, même si on doit re­pla­cer ce type de dé­cla­ra­tions dans le contexte : l’eu­pho­rie d’un pre­mier titre NBA. Le dis­cours de « KD » sur les su­per­teams

fut une co­quille vide, com­pa­ré aux pro­pos du « King » sur le même su­jet. Il ex­pli­quait tout de A à Z. L’at­tente des fans avec ce genre d’as­sem­blages. Le chal­lenge que ça re­pré­sen­tait, pour lui ou pour tel joueur, de battre des su­per­teams. Du­rant n’avait rien à op­po­ser, si ce n’est que « LeB­ron (avait) ou­vert cette voie des su­per­teams » en quit­tant Cle­ve­land en 2010 pour re­joindre ses potes de South Beach. Un peu court.

UN JOUEUR QUI MANQUE DE CHA­LEUR

Dans la confi­gu­ra­tion du Thun­der, Ke­vin fai­sait tout ou presque avec West­brook. Un peu comme dans une grande sur­face, il as­su­rait la vente et le ser­vice après-vente, avec toutes les ap­proxi­ma­tions que ce­la im­pli­quait à l’époque avec un co­équi­pier aus­si in­con­trô­lable que « Russ ». Beau­coup de choses étaient ain­si par­don­nées à Ok­la­ho­ma Ci­ty, la team « blue col­lar » de la Wes­tern Con­fe­rence. Ces sou­cis n’existent pas dans la baie de San Fran­cis­co avec l’équipe qui pra­tique le jeu le plus lé­ché - et propre - de la Ligue. Au­jourd’hui, Du­rant se concentre uni-

que­ment sur sa propre pro­duc­tion car Gol­den State est une ma­chine par­fai­te­ment ro­dée. Un édi­fice mer­veilleu­se­ment struc­tu­ré. Et cette Fi­nale 2017 en fut le meilleur exemple. Pas une seule fois, « KD » n’est sor­ti du cadre. On ap­prit même à l’is­sue de la sé­rie qu’il n’avait pas bu une seule bière de­puis le mois de fé­vrier ! Cet homme est un cha­meau en NBA. Et il de­vient vite une mule quand il n’a pas en­vie de don­ner, de ré­pondre, de par­ta­ger. On connais­sait un cer­tain Du­rant à « OKC », on en a dé­cou­vert un nou­veau à Oak­land. Ney­mar aus­si ! Le foot­bal­leur bré­si­lien, su­per­star du Bar­ça, a dû se conten­ter d’une brève pho­to en ca­ti­mi­ni avec le na­tif de D.C., sous nos yeux, dans un cou­loir aus­si étri­qué que mal éclai­ré ! Gla­cial. Ça man­quait ter­ri­ble­ment de convi­via­li­té. Mais le ver­dict de la sai­son 2016-17 donne rai­son au nou­veau mal-ai­mé de la NBA et ap­porte du cré­dit à la mé­thode à court terme, même si on se­ra at­ten­tif à son évo­lu­tion hors du ter­rain dans un contexte nou­veau, no­tam­ment à San Fran­cis­co (autre po­pu­la­tion de fans, très cer­tai­ne­ment) d’ici deux ans. Le po­dium man­quait de cha­leur au mo­ment de la re­mise de l’award de meilleur joueur des Fi­nales. Ce­la s’est vé­ri­fié tout au long de ce Gol­den State-Cle­ve­land, acte III. « KD » n’a pas sus­ci­té d’en­vie par­ti­cu­lière, comme un LeB­ron James, un Ste­phen Cur­ry, un Andre Iguo­da­la ou même un Ky­rie Ir­ving, pour­tant plus jeune que lui. Quand on lui de­man­da ce que re­pré­sen­tait ce pre­mier titre pour lui, il dé­cla­ra sim­ple­ment, comme s’il n’avait pas com­pris la ques­tion : « Je me sou­viens du pre­mier jour du camp d’en­traî­ne­ment. Je ne sa­vais pas à quoi m’at­tendre. Je ne sa­vais pas comment ces gars se com­por­taient, de quelle ma­nière ils bos­saient. Je ne sa­vais rien sur l’équipe. Je vou­lais juste ve­nir ici et être moi-même. C’est ce que j’ai es­sayé de faire chaque jour. » En de­hors du fait qu’il était hors su­jet, il est dif­fi­cile de croire qu’il a mis les pieds à Oak­land sans sa­voir ce qui s’y pas­sait. Sur­tout quand on sait que quatre joueurs des War­riors s’étaient dé­pla­cés à New York pour un pre­mier mee­ting avec la fu­ture re­crue de la « Dub Na­tion ». Faut-il rap­pe­ler que Du­rant connaît Iguo­da­la et Cur­ry de­puis 2010 ? Ils jouaient dans l’équipe amé­ri­caine de « Coach K » pour le cham­pion­nat du monde en Tur­quie. Il connaît ces deux gar­çons ain­si que leur mé­thode de tra­vail de­puis long­temps. Et on a ap­pris - si be­soin était - que les cadres de l’équipe ca­li­for­nienne avaient ap­pe­lé « KD » plu­sieurs fois l’an pas­sé pour le convaincre de re­joindre Gol­den State. Du­rant n’a pas en­core com­plè­te­ment aban­don­né le back­pack « Hel­lo Kit­ty » qu’il por­tait à Ok­la­ho­ma Ci­ty. C’est dom­mage pour un ex-MVP de la Ligue qui va sur ses 29 ans. Le joueur est certes pro­di­gieux mais l’homme doit de­ve­nir plus ami­cal. Il n’est pas vé­ri­ta­ble­ment sor­ti ga­gnant de son tête-à-tête avec LeB­ron James. Le ré­sul­tat, ac­té, de cette sé­rie ne trom­pe­ra per­sonne : il y a tou­jours une classe d’écart entre le meilleur joueur du monde et le MVP des Fi­nales 2017.

« UNE BLES­SURE EST UNE PÉ­RIODE TRÈS DIF­FI­CILE À VIVRE. IL Y A LA CRAINTE DE NE PAS RE­VE­NIR À TEMPS ET MÊME LA PEUR D’UN RE­TOUR PRÉ­CI­PI­TÉ »

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