MATCH 2 : MOU­RIR DER­RIÈRE L’ARC

LES AJUS­TE­MENTS OPÉRÉS PAR CLE­VE­LAND SONT INSUFFISANTS. SI LES PERTES DE BALLE SONT LI­MI­TÉES DU CÔ­TÉ DES CA­VA­LIERS, QUI PRO­POSENT UN JEU PHY­SIQUE, PLUS AGRES­SIF, C’EST EN­CORE GOL­DEN STATE QUI RA­MASSE LA MISE AVEC UN KE­VIN DU­RANT IM­PLA­CABLE DES DEUX CÔ­TÉS

Mondial Basket - - NEWS - Par Ar­mel Le Bes­con, en­voyé spé­cial à Oak­land

Un chan­ge­ment de peau est par­fois sa­lu­taire. C’est ce que les Ca­va­liers es­pé­raient le 4 juin à l’Oracle Are­na en en­fi­lant ce « black jer­sey » qui leur avait por­té chance douze mois plus tôt lors des Matches 5 et 7 des Fi­nales 2016, deux « must win » pour dé­cro­cher le pre­mier titre NBA de l’his­toire de la fran­chise. Mais la grande his­toire de la Ligue peut par­fois se mo­quer de la pe­tite. Cle­ve­land l’a ap­pris à ses dé­pens. D’ailleurs, Ty­ronn Lue n’est pas su­per­sti­tieux. « Je ne pense pas que la cou­leur d’un maillot contri­bue à la réus­site ou à l’échec d’une équipe… » Le coach des Cavs se vou­lait tout sim­ple­ment réa­liste à la lec­ture de la boxs­core du Game 2 où Ke­vin Du­rant s’af­fi­chait à 33 points, 13 re­bonds, 6 passes, 3 in­ter­cep­tions et 5 contres alors que Ste­phen Cur­ry avait si­gné son pre­mier tri­ple­double en playoffs en car­rière (32 pts, 10 rbds, 11 pds). Per­sonne, à Cle­ve­land, n’a pu les stop­per et comme un an au­pa­ra­vant, les joueurs de l’Ohio se re­trou­vaient me­nés 2-0. Mais cette fois, le « sweep » pa­rais­sait pos­sible et cette pen­sée tra­ver­sait tous les es­prits. LeB­ron James n’écar­tait pas cette éven­tua­li­té mais il s’ef­for­çait de ba­layer le scé­na­rio cau­che­mar avec une once de sub­ti­li­té. « Si on n’est pas maître chez nous, on sait ce qui ar­ri­ve­ra, non ? » L’état d’ur­gence était dé­cré­té cô­té Cavs. Le « King », Ke­vin Love et Ky­rie Ir­ving avaient com­bi­né 75 points, tout en pro­vo­quant 20 pertes de balle de Gol­den State, mais c’était en­core in­suf­fi­sant pour trai­ter d’égal à égal avec ces War­riors par­ti­cu­liè­re­ment co­riaces ! Mieux : « LBJ » avait en­re­gis­tré un hui­tième triple-double (29 pts, 11 rbds, 14 pds) en Fi­nales NBA, fai­sant aus­si bien que l’illustre Ma­gic John­son. Mais rien à faire car Cle­ve­land jouait aus­si avec des fan­tômes. De­ron Williams, J.R. Smith, Iman Shum­pert et Tris­tan Thomp­son. Quatre gar­çons aus­si in­si­pides que trans­pa­rents. Steve Kerr, re­ve­nu aux af­faires après qua­si­ment deux mois de soins in­ten­sifs pour un sé­rieux pro­blème au dos, avait pour­tant dû gé­rer les fautes de son ai­lier fort Dray­mond Green, no­tam­ment dans le troi­sième quart-temps. Mais c’est en­core là que les re­pré­sen­tants de la « Dub Na­tion » furent les plus sai­gnants. Coach Kerr joua « small ball » en ins­tal­lant Ke­vin Du­rant au poste de pi­vot, Andre Iguo­da­la dé­fen­dant sur LeB­ron James avec les re­lais de Klay Thomp­son. A chaque fois que Cle­ve­land ten­tait de re­col­ler à 4 ou 5 points, une er­reur, une faute ou un bal­lon per­du étaient im­mé­dia­te­ment sanc­tion­nés. « Ma­gic Du­rant » ali­men­ta ré­gu­liè­re­ment la marque (13/22 et 4/8 der­rière l’arc) tan­dis que Steph Cur­ry frap­pa les es­prits en ba­la­dant LeB­ron James en one on one, tout en as­su­rant un 14/14 sur la ligne des lan­cers. Le me­neur californien était tran­chant en at­taque, l’ai­lier in­trai­table en dé­fense. Coach Kerr fut ova­tion­né par plus de 19 000 fans au mo­ment du tip-off mais ce n’était rien en com­pa­rai­son des ac­cla­ma­tions ré­ser­vées à un « KD » qui gal­va­ni­sa la foule en jouant à un ni­veau ex­cep­tion­nel des deux cô­tés du ter­rain. « Sa dé­fense a été fan­tas­tique dans ce match, no­tait Kerr, et nous en avions be­soin, no­tam­ment quand Dray­mond était sur le banc. Ça jouait « small ball » avec des shoo­teurs par­tout et on de­vait pro­té­ger le cercle, sur­tout avec un LeB­ron tou­jours en mou­ve­ment et un Love dan­ge­reux en post-up. C’était com­pli­qué mais la dé­fense de Kev (Ke­vin Du­rant) était ir­réelle… Ç’a été l’élé­ment clé du­rant tout ce match. » Autre mo­tif de sa­tis­fac­tion pour le coach des War­riors, la pro­duc­tion glo­bale de l’an­cien double MVP de la Ligue. Elle fut en de­mi-teinte l’es­pace d’un quart-temps seule­ment, le deuxième. « Même quand il n’a pas mis ses tirs, il a at­ti­ré les dé­fen­seurs sur lui, ce qui a ou­vert des es­paces. En deuxième mi-temps, il a chan­gé le jeu en at­ta­quant avec beau­coup d’agres­si­vi­té. » On no­te­ra que c’est ce deuxième

quart-temps - le seul - qui est re­ve­nu à Cle­ve­land (30-27). Comme par ha­sard, Cur­ry ne put ins­crire le moindre point avec 3 bal­lons per­dus. Mais comme Klay Thomp­son avait re­trou­vé une ba­lance de tirs po­si­tive (8/12 dont 4/7 à 3 points), ce mi­ni-pas­sage à vide n’eut au­cune consé­quence. Les 22 points du deuxième ar­rière consti­tuaient un pe­tit bo­nus bien­ve­nu pour dis­tan­cer dé­fi­ni­ti­ve­ment les Ca­va­liers. Thomp­son a la chance d’avoir deux cordes à son arc. L’une pour dé­fendre - ce qu’il fait tou­jours -, l’autre pour sco­rer - ce qu’il ne fai­sait plus de­puis le dé­but des playoffs 2017. Mais il jouit d’un pri­vi­lège, jus­ti­fié : plaire à Coach Kerr qui voit en lui un stop­peur de pre­mier plan sur son poste. Ce der­nier a sur­tout la chance de pou­voir s’ap­puyer sur une grosse ar­ma­da, des gar­çons in­tel­li­gents, sen­tant le jeu, ca­pables de s’en­tendre et de briller dans tous les sec­teurs. De s’ac­cor­der pour pro­duire le meilleur bas­ket pos­sible au meilleur mo­ment de la sai­son. « Evi­dem­ment, nous sommes bé­nis d’avoir un ros­ter aus­si com­plet, of­frant de mul­tiples op­tions pour chan­ger de re­gistre en fonc­tion de ce que fait l’ad­ver­saire, rap­pe­lait Steve Kerr. Il fal­lait être ca­pable de ré­pondre à de nom­breux chan­ge­ments par rap­port au Match 1. Les gars ont ré­pon­du aux at­tentes. » Avec quel brio ! 132-113. Il fal­lait re­mon­ter au 4 juin 1987 pour trou­ver trace d’une telle pro­duc­tion of­fen­sive pour une équipe en Fi­nales NBA. C’était évi­dem­ment l’époque du « show­time » des La­kers, qui avaient pas­sé la ba­ga- telle de 141 points à Bos­ton, sur un Match 2 éga­le­ment. Ce n’est tou­te­fois pas le re­cord de tous les temps dans l’his­toire des Fi­nales : il ap­par­tient à Bos­ton de­puis le 27 mai 1985 avec une marque hal­lu­ci­nante de 148-114 dans le fa­meux « Me­mo­rial Day Mas­sacre » (Game 1 contre les La­kers) dont on re­parle chaque an­née qua­si­ment. LeB­ron James n’a pas su­bi cet af­front. Mais il en a su­bi un autre et on com­prit pour­quoi il s’adres­sa à nous dans son ves­tiaire si­tôt le match ter­mi­né. Un ca­price du « King » ! « Ça n’a rien à voir avec le fait de perdre ou de ga­gner. J’ai une bonne rai­son, c’est tout. » Cette rai­son, on la connaît. LeB­ron avait dû pa­tien­ter lon­gue­ment, trois jours plus tôt, avant d’al­ler en salle de confé­rence. Il avait fal­lu pas­ser après tous les p’tits jeunes de Gol­den State ! Cer­tains y ver­ront une lu­bie de star, d’autres la marque d’un joueur bles­sé, qui avait de plus en plus de mal à as­seoir son au­to­ri­té de pa­tron de la Ligue (pour en­core com­bien de temps ?). Sur et donc en de­hors du ter­rain. James n’était pas mé­con­tent de ren­trer dans l’Ohio le 5 juin au ma­tin. Même s’il avouait : « Pour moi, ça ne change rien. Je suis le même à l’ex­té­rieur et à la mai­son. Bon, tu dors dans ton propre lit, tu as tes ha­bi­tudes, toutes les choses de cette na­ture, mais je conserve la même men­ta­li­té de toute fa­çon. Je suis blin­dé. » C’est ce que nous de­vions voir lors du Match 3 à Cle­ve­land trois jours plus tard.

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