MATCH 3 FI­NALES : LA GLACE ET LE FEU

DANS UN MATCH D’UNE DENSITÉ EX­TRA­OR­DI­NAIRE, AVEC DE LA DU­RE­TÉ EN DÉ­FENSE ET DU RYTHME EN AT­TAQUE, GOL­DEN STATE A FAIT PREUVE DE RÉ­SI­LIENCE POUR VE­NIR À BOUT DE CLE­VE­LAND DANS LE MONEYTIME. S’ILS ÉTAIENT ABAT­TUS, LES CA­VA­LIERS REJETAIENT TOU­JOURS L’IDÉE D’

Mondial Basket - - NEWS - Par Ar­mel Le Bes­con, en­voyé spé­cial à Cle­ve­land

On peut tou­jours ef­fec­tuer des com­pa­rai­sons pour se si­tuer. C’est va­lable dans une classe d’école, ça l’est éga­le­ment en playoffs NBA. Cle­ve­land avait mon­tré du mieux dans le Match 2 à Oak­land, alors on pou­vait es­pé­rer de nou­veaux pro­grès dans le Match 3 à la Q Are­na. Ce fut le cas avec les dis­pa­rus de la pre­mière heure en Ca­li­for­nie, revenus à de meilleures in­ten­tions. On veut par­ler de J.R. Smith (16 pts, 5/10 der­rière l’arc), Kyle Kor­ver (8 pts) et à un de­gré moindre Ri­chard Jef­fer­son. Mais Gol­den State n’al­lait pas cé­der à la pa­nique en re­pen­sant au scé­na­rio de la Fi­nale 2016 (la « Dub Na­tion » me­nait éga­le­ment 2-0). Steve Kerr avait un plan. Une stra­té­gie ga­gnante quand les deux équipes ont abor­dé le moneytime. Alors que son équipe dé­fen­dait la ligne à 3 points et ver­rouillait du mieux pos­sible l’es­pace in­té­rieur, le coach des War­riors joua sur un dé­tail. Une fai­blesse re­pé­rée dans le camp ad­verse et qui al­lait s’avé­rer ca­pi­tale pour l’is­sue de la ren­contre. La di­men­sion psy­cho­lo­gique en­trait en ligne de compte mais moins que la di­men­sion phy­sique, avec une prise de risques maxi­male, comme il l’ex­pli­qua un peu plus tard. « Ky­rie (Ir­ving) et LeB­ron (James) avaient joué pra­ti­que­ment tout le match. Ils ont été fan­tas­tiques, ap­por­tant du sco­ring et de la dé­fense, tra­vaillant ef­fi­ca­ce­ment et se dé­me­nant des deux cô­tés du par­quet. Mais faire ce­la vous épuise. On a dit à nos gars qu’ils al­laient être fa­ti­gués. Il fal­lait res­ter so­lide, leur faire face, les for­cer à prendre des tirs ex­té­rieurs. La fa­tigue fe­rait son oeuvre à la fin. On ne peut pas jouer 45 et 44 mi­nutes à fond, at­ta­quer sans re­lâche en un contre un, comme ils l’ont fait, sans y lais­ser de l’éner­gie et de la gomme. Ils ont ter­mi­né rin­cés. » Dans l’em­bal­lage fi­nal, Ke­vin Du­rant dé­coche la flèche qui tue à 3 points, de­vant « LBJ », pour faire pas­ser Gol­den State de­vant (114-113). Coach Kerr avoua quand même qu’il était moins sûr de son plan à me­sure que le match avan­çait. Car Cle­ve­land n’a rien cé­dé avant les trois der­nières mi­nutes. « Ils (LeB­ron et Ky­rie) étaient tel­le­ment fou­gueux que je me suis de­man­dé si j’avais rai­son d’in­sis­ter, de mi­ser sur ce fac­teur. Mais bon, j’ai pen­sé que notre dé­fense al­lait cli­quer et faire la dif­fé­rence… » Le scé­na­rio es­pé­ré par le tech­ni­cien californien al­lait ef­fec­ti­ve­ment se réa­li­ser. James com­men­ça à ti­rer la langue, après avoir eu droit à 30 se­condes de re­pos seule­ment en deuxième mi-temps. Ir­ving, qui avait at­ta­qué le cercle des War­riors sans re­lâche, n’était pas plus frais pour abor­der les der­nières mi­nutes. Le me­neur des Ca­va­liers n’a pas mis un shoot ex­té­rieur,

pro­vo­quant, pé­né­trant, mul­ti­pliant les one on one pour sco­rer 38 points. Son agres­si­vi­té ne fut pas ré­com­pen­sée avec 6 lan­cers francs seule­ment, tous réus­sis. Ke­vin Du­rant sor­tit de sa tor­peur dans le der­nier quart-temps pour plan­ter 14 points. James et Ir­ving n’avaient plus as­sez de jus pour lui ré­pondre. Im­pos­sible de mé­na­ger le sus­pense dans cette Fi­nale 2017 en re­ve­nant à 2-1. Et dé­jà, le spectre du « sweep » se pro­fi­lait. Le

coach de Cle­ve­land, Ty­ronn Lue, ten­ta de se jus­ti­fier au su­jet du temps de jeu de ses deux su­per­stars (45 et 44 mi­nutes, donc). « Je n’avais pas le choix. Je sa­vais que je de­vais leur don­ner un maxi­mum de mi­nutes pour re­col­ler dans la sé­rie. On était me­nés 2-0. Cette ren­contre, on de­vait à tout prix la ga­gner », concé­da-t-il 24 heures plus tard, lors du day-off. Sans LeB­ron James, les chiffres sont ac­ca­blants car ce sont une dou­zaine de points qui se sont en­vo­lés pour les Cavs entre la fin du pre­mier quart-temps et les 30 se­condes de re­pos du « King » dans le troi­sième quart ! Les deux fois où « LBJ » est al­lé sur le banc, Cle­ve­land a ti­ré la langue. Quelle que soit la com­po­si­tion de son line-up, Gol­den State a pro­fi­té de l’ab­sence de la su­per­star ad­verse pour sco­rer et re­col­ler. La stra­té­gie de Coach Kerr re­po­sait sur un gros pa­ri mais ce fut la bonne. Dé­fen­du par Klay Thomp­son sur l’une des der­nières pos­ses­sions, à 26 se­condes du buz­zer, un Ky­rie Ir­ving épui­sé fut obli­gé de re­cu­ler pour s’ou­vrir un angle à 3 points. Ga­melle. Tir trop court. LeB­ron James ne fut pas plus heu­reux 14 se­condes plus tard, contré par Andre Iguo­da­la dans un cor­ner, avec bal­lon per­du pour fi­nir ! La dé­bâcle. Le n°23 ba­layait pour­tant l’ex­pli­ca­tion de Steve Kerr au su­jet du fac­teur « Fa­tigue ». Cer­tai­ne­ment pour ne pas mettre son propre en­traî­neur, Ty­ronn Lue, dans l’em­bar­ras. On ima­gi­nait mal le fran­chise player des Ca­va­liers dire : « Coach Lue m’a fait jouer trop long­temps. J’étais cra­mé à la fin ! » Il dé­cla­ra plus sim­ple­ment, ce qui n’est pas faux : « On a man­qué les tirs qu’il ne fal­lait pas sur la fin. On ne perd pas ce match parce qu’on était fa­ti­gués. On le perd car on ne met pas nos tirs alors qu’eux rentrent les leurs. » Pour beau­coup d’ob­ser­va­teurs, la fraî­cheur des War­riors a in­dé­nia­ble­ment fait la dif­fé­rence. Si on ajoute leur jeu­nesse, qui leur per­met de cou­rir plus vite et plus long­temps que les Cavs, la ver­sion de Coach Kerr est cré­dible. Et celle de Shaun Li­ving­ston, le back-up de Ste­phen Cur­ry, l’est tout au­tant : « Ça a été un grand match des deux équipes mais on les a eus à l’usure, en res­tant à fond dans le com­bat. On a fait les stops dé­fen­sifs qu’il fal­lait à la fin. Ils étaient cuits, en tout cas plus que nous. » Coach Lue fai­sait l’in­ven­taire de cette troi­sième dé­faite en poin­tant « les tirs man­qués au mo­ment cru­cial et le jeu de tran­si­tion in­suf­fi­sant », tout en sou­li­gnant les qua­li­tés d’une équipe de Gol­den State « qui jouait plus vite et plus juste pour sai­sir les op­por­tu­ni­tés qui s’of­fraient à elle ». De l’autre cô­té, Coach Kerr louait l’abat­tage d’un Ke­vin Du­rant une nou­velle fois au dia­pa­son en at­taque et en dé­fense. Il sou­li­gnait aus­si la dé­fense de Klay Thomp­son, son shoo­ting guard, qui avait for­cé Ky­rie Ir­ving à re­cu­ler pour prendre un tir ex­trê­me­ment dif­fi­cile en toute fin de match alors que le score n’était pas en­core scel­lé. Et puis il re­ve­nait sur le conte­nu glo­bal d’une ren­contre qui fut la meilleure de la sé­rie, jus­qu’à son dé­noue­ment : « Cette par­tie fut d’une in­croyable du­re­té. C’est une per­for­mance qu’on met­tra sur le compte de notre ré­si­lience. Ce n’est pas le match le plus simple que nous ayons joué cette an­née mais c’était peut-être notre plus abou­ti. Et le plus gra­ti­fiant, pour notre ca­pa­ci­té à res­ter dans la ba­taille. » Gol­den State avait fait le bou­lot avec le ta­lent qu’on lui connais­sait. Jus­qu’au bout. C’était sur­tout bien vu de la part de Coach Kerr de mi­ser ain­si sur ce point sen­sible, presque ex­té­rieur au jeu, pour battre les Ca­va­liers dans un en­vi­ron­ne­ment hy­per hos­tile. La classe de Ke­vin Du­rant fit le reste. Elle eut rai­son une fois en­core de LeB­ron James dans cette match-up tou­jours pal­pi­tante. Au soir de ce Game 3, Ty­ronn Lue pou­vait ru­mi­ner. Cle­ve­land n’avait pas chas­sé ses vieux dé­mons, pé­na­li­sé par une dé­fense trop sou­vent po­reuse. Sans par­ler de l’at­taque, avec un jeu d’iso­la­tion in­ef­fi­cace car pra­ti­qué sans mou­ve­ment. Si la copie était meilleure à la Q Are­na, il y avait en­core trop de la­cunes puisque la « Dub Na­tion » trou­va les res­sources né­ces­saires dans les trois der­nières mi­nutes pour en­le­ver un troi­sième suc­cès consé­cu­tif. Ces res­sources com­mencent par les ro­ta­tions. Il s’agit d’éli­mi­ner le dé­chet et de gom­mer le su­per­flu pour al­ler d’abord à l’es­sen­tiel. Dray­mond Green joua à nou­veau en « foul trouble » mais avec Andre Iguo­da­la ou Da­vid West pour al­ler au char­bon, le fi­na­liste 2016 n’avait pas de rai­son de pa­ni­quer. Pour­quoi les War­riors au­raient-ils per­du la tête, d’ailleurs ? L’avance de Cle­ve­land n’ex­cé­da ja­mais les 7 points !

Il y eut une di­zaine d’éga­li­tés au score et pas moins de 19 chan­ge­ments de lea­der. On était loin des « blo­wouts » des deux matches pré­cé­dents mais la vé­ri­té était là : Cle­ve­land avait beau contrô­ler la si­tua­tion, Gol­den State ne lâ­chait rien. Ce Match 3 fut in­tense. Dur mais ex­ci­tant, avec des pa­niers fa­bu­leux, à l’image des pé­né­tra­tions et lay-ups réus­sis par Ky­rie Ir­ving. LeB­ron James n’était pas loin d’un neu­vième triple-double en Fi­nales NBA. Il échoua pour une passe dé­ci­sive (39 pts, 11 rbds, 9 pds). Après une telle dé­bauche d’éner­gie et au vu du ré­sul­tat, il était nor­mal que l’am­biance dans le ves­tiaire de Cle­ve­land soit plom­bée. J.R. Smith, plus fort pour « twee­ter » que pour dé­fendre, avait osé un « Cavs in 7 ». Avant de dé­men­tir bê­te­ment. Loin de là, LeB­ron James fi­nis­sait par lâ­cher ce qui res­sem­blait à un aveu d’im­puis­sance, alors que la si­tua­tion lui échap­pait : « J’ai joué contre de grandes équipes mais je pense qu’au­cune n’avait une telle puis­sance de feu. » Sur le bû­cher des la­men­ta­tions, les Ca­va­liers n’étaient plus très loin d’être to­ta­le­ment consu­més. Comme il y a dix ans face à San An­to­nio. En ces mêmes lieux.

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