Sous la barbe se cache le MVP

Mondial Basket - - Mvp -

L’image de la sai­son 2017-18 res­te­ra sans doute ce cros­so­ver my­thique qu’a in­fli­gé James Har­den à Wes­ley John­son. Le Clip­per s’est em­mê­lé les pin­ceaux face aux ap­puis lé­gen­daires du bar­bu et s’est re­trou­vé les quatre fers en l’air. Le n°13 des Ro­ckets l’at­tend, le re­garde et fixe le pa­nier der­rière la ligne à 3 points. Un long mo­ment de so­li­tude. Et boum, un pa­nier pri­mé, comme une touche fi­nale à l’hu­mi­lia­tion. L’histoire re­tien­dra aus­si, de cette an­née, sa per­for­mance unique dans l’histoire de la NBA. Un triple-double à 60 points, 11 passes et 10 re­bonds aux dé­pens d’un Or­lan­do pas vrai­ment Ma­gic. C’était le 30 jan­vier. Même Rus­sell West­brook n’a ja­mais réus­si ça ! Sur ce coup, Har­den a bat­tu le re­cord de points de la fran­chise texane, dé­te­nu par Cal­vin Mur­phy, et pla­cé la barre très haut en étant im­pli­qué dans 86 points de son équipe (vic­toire 114-107). « C’est un sen­ti­ment agréable, ré­agis­sait-il so­bre­ment. J’es­saie d’avoir de l’im­pact tous les soirs, de n’im­porte quelle ma­nière. Que ce soit en sco­rant, en pre­nant des re­bonds, en fai­sant des passes ou des in­ter­cep­tions, qu’im­porte. Et ce soir, j’ima­gine que j’ai tout fait. » James Har­den brille aus­si, dé­sor­mais, par sa ré­gu­la­ri­té dans les per­for­mances. S’il a ter­mi­né deux fois se­cond pour le tro­phée de MVP (en 2015 et 2017), le titre ne risque pas de lui échap­per cette sai­son. D’au­tant qu’il a pla­cé son équipe tout en haut de la hié­rar­chie de la Ligue (57-14 au 21 mars), de­vant d’« in­vin­cibles » War­riors (53-18), tou­jours gran­dis­simes fa­vo­ris à leur propre suc­ces­sion. A titre per­son­nel, il s’im­pose comme le meilleur mar­queur de la NBA avec 31.2 points de moyenne, loin de­vant le Pe­li­can An­tho­ny Da­vis, qu’il dis­tance de trois lon­gueurs. Il est aus­si le 3e meilleur pas­seur de la Ligue, alors qu’il évo­lue aux cô­tés de Ch­ris Paul, doc­teur ès ca­viars, et il est le meilleur in­ter­cep­teur de Hous­ton (1.9) alors que son équipe s’est consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cée en ajou­tant d’ex­cel­lents dé­fen­seurs comme « CP3 » (en­core lui), Tre­vor Ari­za ou Luc Ri­chard Mbah a Moute. Com­ment contrô­ler un joueur qui va sur la ligne des lan­cers francs plus de dix fois par match (le top en NBA), sait créer le contact et s’en ser­vir, sen­tir l’avan­tage qu’il peut prendre, per­tur­ber ses ad­ver­saires en ar­tillant à 3 points ou en pé­né­trant, pour soit mar­quer lui-même, soit dé­li­vrer un ca­viar ? Peu - voire per­sonne - ar­rivent à le frei­ner, d’au­tant que les pick and roll s’en­chaînent, entre les eu­ro steps, step backs et autre job steps qui font tour­ner les têtes et cassent des che­villes… Avec un temps de jeu qua­si équi­valent à ce­lui de l’an pas­sé, James Har­den marque da­van­tage de points, prend moins de re­bonds et dé­livre à peine moins de passes. Mais il est plus adroit dans tous les sec­teurs (45.2% aux tirs, 37.5% de loin, 86.7% aux lan­cers francs) et il perd moins de bal­lons (4.3 contre 5.7 l’an der­nier). Il se dis­perse moins, en fait, garde du jus en ayant un top me­neur à ses cô­tés pour di­ri­ger la ma­noeuvre et peut ain­si da­van­tage se concen­trer sur le sco­ring, quand Ch­ris Paul di­rige le jeu. L’as­so­cia­tion des deux est une réus­site ab­so­lue. James Har­den avait ré­cla­mé du ren­fort car con­trai­re­ment aux ap­pa­rences, ce n’est pas un joueur égoïste. « On a fait ve­nir un autre lea­der, un autre créa­teur. Un joueur qui fa­ci­lite le jeu, qui peut sco­rer et pas­ser. Un lea­der sur et en de­hors du ter­rain. C’est très utile. Ça sim­pli­fie gran­de­ment mon bou­lot et j’es­père que je sim­pli­fie beau­coup le sien. Je sais que ce que je vaux et je ne suis pas du tout égoïste », clame-t-il. Le coach de Hous­ton, Mike D’Antoni, ap­pré­cie les ef­forts four­nis par ses deux lea­ders, dont au­cun ne veut ti­rer la couverture à lui. Ils ne jouent pas pour leur pomme, ils font vé­ri­ta­ble­ment équipe pour al­ler cher­cher ce titre qui fait cruel­le­ment dé­faut à leur pal­ma­rès (Paul, lui, n’a même pas joué de fi­nale de Confé­rence). Coach D’Antoni connaît la bête de tra­vail qu’est Har­den, son rôle dans le ves­tiaire, l’exemple qu’il donne. L’in­tel­li­gence de son ar­rière et son al­truisme font le reste. « Vous sa­vez, si vous lais­sez de cô­té les pe­tites choses, comme les stats ou le fait de savoir qui va être in­ter­viewé à la fin du match, et que vous ne vou­lez que ga­gner, ça fonc­tionne. De toute fa­çon, ce sont deux su­per joueurs, ils ont eu et au­ront toutes les dis­tinc­tions pos­sibles. Ça ne les di­vise pas. C’est une su­per im­pres­sion de voir deux méga ve­dettes aban­don­ner une par­tie de leur jeu, sa­cri­fier une par­tie de leur pro­duc­tion et de leur gloire et en ti­rer une sym­biose qui les rend toutes deux meilleures », se ré­jouit-il.

JE SAIS CE QUE JE VAUX ET JE NE SUIS PAS DU TOUT ÉGOÏSTE JAMES HAR­DEN (HOUS­TON)

En tête de la meur­trière Confé­rence Ouest, James Har­den ne se cache plus der­rière sa barbe four­nie. Comme un coup de lame ai­gui­sée, il lance « C’est l’an­née ou ja­mais » pour évo­quer le chal­lenge qui at­tend les Ro­ckets en playoffs. Ceux-ci ont en­chaî­né les sé­ries de vic­toires pour lar­guer les War­riors et s’ad­ju­ger, tran­quille­ment, la pole po­si­tion qui leur of­fri­ra l’avan­tage du ter­rain. Une équipe dé­sor­mais com­plète jus­qu’au bout du banc, construite étape après étape, avec une touche plus dé­fen­sive, ce cô­té « ca­de­nas » qui fait tou­jours ga­gner les grandes équipes. « Les di­ri­geants, Da­ryl Mo­rey (ndlr:GM) et Tad Brown (CEO), ont fait un bou­lot in­croyable, com­mente le sex­tuple All-Star. Entre les ar­ri­vées d’Eric Gor­don et Ryan An­der­son l’an­née der­nière et celles de Ch­ris Paul, Luc Mbah a Moute et P.J. Tu­cker cette an­née, sans ou­blier les si­gna­tures de Ge­rald Green et Joe John­son, on s’est sa­cré­ment ren­for­cés », sa­voure le na­tif de Los An­geles. Oui, il sa­voure, es­ti­mant même qu’il n’a ja­mais évo­lué dans une équipe aus­si ta­len­tueuse en neuf sai­sons de NBA. Ok­la­ho­ma Ci­ty, fi­na­liste 2012 (1-4 contre Mia­mi), ap­pré­cie­ra… « C’est sans doute la meilleure équipe dont j’ai fait par­tie du­rant ma car­rière, en pre­nant l’en­semble de l’ef­fec­tif, in­siste le n°3 de la draft 2009. On s’en­tend hy­per bien, y com­pris avec le coa­ching staff, et on prend beau­coup de plai­sir sur le ter­rain. » James Har­den est conscient de l’im­por­tance, pour les Ro­ckets, de ne pas se re­po­ser sur leurs lau­riers. S’il se fé­li­cite de re­trou­ver quelques soirs une « at­mo­sphère playoffs », tout le monde at­tend de voir quel se­ra le com­por­te­ment de ce groupe en phase fi­nale. Pour beau­coup de fans de la NBA, le vé­ri­table ni­veau de l’an­cien com­plice de Dwight Ho­ward se­ra fi­na­le­ment dé­ter­mi­né par ce qu’il ac­com­pli­ra lors des playoffs. Il n’a pas été ex­cellent, tout au long de son par­cours, dans les sé­ries fi­nales. Les der­nières sai­sons ont été as­sez dé­ce­vantes sur ce plan. Le ta­bleau chan­ge­ra peut-être en ce prin­temps 2018. Evi­dem­ment, les Ro­ckets - y com­pris Har­den - échan­ge­raient vo­lon­tiers un prix de MVP pour une belle bague mais au­tant tout prendre. Meilleur mar­queur, MVP, cham­pion NBA ? Le der­nier à avoir réus­si cet ex­ploit n’est autre que Sha­quille O’Neal. C’était en 2000. James Har­den n’avait pas de barbe.

C’EST L’AN­NÉE OU JA­MAIS JAMES HAR­DEN (HOUS­TON)

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