QUAND MI­CHAEL REN­CONTRE BA­BY JOR­DAN

MI­CHAEL JOR­DAN A BOTTÉ LE CUL À UNE CLASSE EN­TIÈRE DE « BA­BY JOR­DAN » TOUT AU LONG DE SA CAR­RIÈRE. UN SEUL A OB­TE­NU LA RE­CON­NAIS­SANCE DU MAÎTRE : KOBE BRYANT. EN DÉ­CEMBRE 1997 À CHI­CA­GO, LA MATCH-UP « AIR JOR­DAN » VERSUS KOBE, 19 ANS, EST L’ACTE FON­DA­TEUR

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Le 17 dé­cembre 1997 au Uni­ted Cen­ter de Chi­ca­go, les Bulls af­frontent les La­kers. L’équipe de Mi­chael Jor­dan joue très moyen­ne­ment de­puis le dé­but de la sai­son, contrai­re­ment à des An­ge­li­nos à plus de 50% de vic­toires. La presse US a sur­mé­dia­ti­sé ce ren­dez-vous en an­non­çant un duel au som­met. Les Amé­ri­cains pré­sentent l’af­faire sous la forme d’un af­fron­te­ment Mi­chael Jor­dan face à Kobe Bryant. Le Dieu du bas­ket face à un apôtre, dis­ciple et suc­ces­seur en puis­sance car ce­lui que l’on sur­nom­me­ra plus tard le « Black Mam­ba » est ar­ri­vé un an plus tôt dans la Ligue, en vé­né­rant « Sa Ma­jes­té ». D’ailleurs, Nick Van Exel, l’ar­rière des La­kers, lui avait of­fert une cas­sette vi­déo (an­cêtre des DVD et autres Blu-Ray) des meilleurs mo­ments de Jor­dan dès le trai­ning camp de l’équipe ca­li­for­nienne, tel­le­ment il en avait marre d’en­tendre le roo­kie lui se­ri­ner du Mi­chael à lon­gueur de jour­nées.

Il y a dé­jà eu deux matches entre Bulls et La­kers lors de la sai­son 1996-97 mais Kobe a joué à peine 15 mi­nutes en sor­tie de banc. Il n’a même pas fait par­tie de la All-Roo­kie First team à l’is­sue de l’exer­cice. Au­tant dire que Mi­chael n’avait pas vu le nu­mé­ro du gar­ne­ment de L.A. Un an plus tard, le so­pho­more des La­kers a ga­gné du temps de jeu. Certes, tou­jours en sor­tie de banc, mais il ob­tient 25 mi­nutes au mi­ni­mum chaque soir et il com­mence à ali­gner les stats. La match-up est lan­cée par « USA To­day », le « Los An­geles Times » et le « Chi­ca­go Tri­bune » entre lui aus­si en scène, évi­dem­ment. Même l’heb­do­ma­daire « Sports Il­lus­tra­ted » et « Mon­dial Bas­ket » suivent l’évé­ne­ment d’un oeil cu­rieux. De­puis le dé­but des an­nées 1990, les « nou­veaux Jor­dan » ont tous échoué. Ça a com­men­cé avec Ha­rold Mi­ner en 1992, un sur­doué de Sou­thern Cal. Puis il y eut Grant Hill en 1994 à De-

troit, avant qu’on ne s’aper­çoive qu’il res­sem­blait beau­coup plus à Scot­tie Pip­pen. Il y eut en­suite Jer­ry Stack­house, un Stack­house qui se fe­ra bot­ter les fesses par « His Air­ness » en 1995 à Phi­la­del­phie. C’est donc au tour de Kobe Bryant, un ga­min de 19 ans, de pas­ser au ré­vé­la­teur.

JOR­DAN SE PIQUE AU JEU

Ron Har­per, le me­neur de Chi­ca­go, a plan­té le dé­cor : « Mi­chael adore ce genre de dé­fi. Kobe Bryant est un très jeune joueur qui pour­ra peut- être prendre son trône un jour mais je ne pense pas que Mi­chael soit dé­jà prêt à le lui cé­der. Il est ve­nu pour mon­trer à tout le monde qu’il est tou­jours « Air Jor­dan ». » « MJ », 34 ans (il en au­ra 35 ans en fé­vrier), a pré­ve­nu pour sa part : « J’ai connu cette sorte de vi­bra­tion quand j’étais jeune. C’est ex­ci­tant de faire ri­va­li­ser les es­prits et les qua­li­tés phy­siques. Sa­chant que ça fait long­temps que je suis sur le cir­cuit et que je dois dé­fendre sur un Kobe Bryant en pleine as­cen­sion… Mais je peux en­core le faire. » Au me­nu du match : tirs en sus­pen­sion dans le pé­ri­mètre, drives ponc­tués de dunks plus fé­roces les uns que les autres, sans ou­blier un pe­tit concours der­rière la ligne à 3 points avec du dribble en cas­cade pour les deux cro­queurs de bal­lons. Un vrai show ! Mi­chael Jor­dan a dé­jà cinq bagues de cham­pion NBA et deux titres olym­piques sous la cein­ture alors que dix-huit mois plus tôt, Kobe Bryant était au ly­cée de Lo­wer Me­rion, en ban­lieue de Phi­la­del­phie… « MJ » es­saie de jouer avec un peu de re­te­nue car les La­kers ne font pas le poids. « C’était un chal­lenge à cause du dé­chaî­ne­ment mé­dia­tique, di­ra Mike, mais c’était aus­si un chal­lenge de ne pas tom­ber dans le piège de cette mé­dia­ti­sa­tion et de ne pas en faire un match dans le match entre Kobe et moi. J’ai dé­jà vé­cu ce genre de si­tua­tion plu­sieurs fois. Je de­vais évi­ter de tom­ber là­de­dans, sur­tout quand il sco­rait de­vant moi. Mais j’éprou­vais une ten­dance na­tu­relle à vou­loir lui rendre la mon­naie de sa pièce et à mar­quer de­vant lui… »

BRYANT IN­TER­PELLE JOR­DAN

Le jeune ar­rière des La­kers joue 29 mi­nutes face au n°23 des Bulls. Il a lar­ge­ment le temps de mon­trer à « Sa Ma­jes­té » son ar­se­nal of­fen­sif en shoo­tant à 60% (12/20) avec un jo­li 3/5 der­rière l’arc. Ce soir-là, Kobe dope son sco­ring en car­rière avec 33 points. Il prend 3 re­bonds et adresse 2 passes dé­ci­sives. Mais sa boxs­core ne compte au­cune in­ter­cep­tion et pas un seul block. Jor­dan l’a contrô­lé avec 36 points (12/22 aux tirs) et 1/2 à 3 points mais éga­le­ment 5 re­bonds, 4 as­sists, 1 in­ter­cep­tion et 1 contre. C’est propre et lim­pide. Les Bulls ont - ac­ces­soi­re­ment - lar­ge­ment do­mi­né les La­kers 104-83. Mi­chael ex­pli­quait après le match la ma­nière dont il avait gé­ré le cas Kobe : « Dé­fen­si­ve­ment, je de­vais m’ha­bi­tuer à jouer contre un gars qui avait des qua­li­tés si­mi­laires aux miennes. J’ai es­sayé de re­pé­rer une fai­blesse et de l’ex­ploi­ter. » Jor­dan ré­vé­la une anec­dote. Dans le qua­trième quart­temps, leur match-up mon­tait en puis­sance. « Il m’a de­man­dé un truc en plein match, sur mon re­verse au poste. Il m’a car­ré­ment de­man­dé : «Gardes-tu les jambes écar­té es ouest-ce que tu les­rap­proches?» C’était un peu cho­quant… Je me suis sen­ti comme un vieux ! Je lui ai dit qu’en at­taque, on es­saie tou­jours de sen­tir, de voir où est le dé­fen­seur. Quand je poste avec mon re­verse, j’uti­lise tou­jours mes jambes pour « sen­tir » où est la dé­fense. Je tente de ré­agir de la meilleure fa­çon pos­sible en fonc­tion de ce que je vois. » Bryant, taillé comme un grin­ga­let, af­fir­mait de son cô­té à pro­pos de son idole : « C’est un com­pé­ti­teur très in­tel­li­gent. Il pense le jeu, son bas­ket se nour­rit de mul­tiples consi­dé­ra­tions tac­tiques. Il y a plein de pe­tites stra­té­gies qu’il dé­ve­loppe sur le ter­rain. » Dé­nué de com­plexes, le jeune La­ker ajou­tait : « Je scrute son jeu et je l’ana­lyse pour pou­voir faire la même chose. Là, il est meilleur car ça fait long­temps qu’il le pra­tique. Il est très tech­nique aus­si. On ne peut pas ac­qué­rir ça en un jour. Quand vous avez le ta­lent qui va avec tout ça, vous pos­sé­dez ce qu’on ap­pelle le pa­ckage com­plet. » Jor­dan voyait plu­tôt d’un bon oeil l’ar­ri­vée du n°13 de la draft 1996, même s’il le met­tait en garde ami­ca­le­ment : « Son plus grand chal­lenge se­ra d’ex­ploi­ter ce qu’il a ap­pris et de l’uti­li­ser en l’en­ri-

« C’ÉTAIT UN CHAL­LENGE À CAUSE DU DÉ­CHAέNE­MENT MÉ­DIA­TIQUE MAIS C’ÉTAIT AUS­SI UN CHAL­LENGE DE NE PAS TOM­BER DANS LE PIÈGE DE CETTE MÉ­DIA­TI­SA­TION ET DE NE PAS EN FAIRE UN MATCH DANS LE MATCH ENTRE KOBE ET MOI » Mi­chael Jor­dan

chis­sant sur le ter­rain. C’est dif­fi­cile car l’ex­pé­rience entre aus­si en jeu. Ce sont des choses que Lar­ry Bird et Ma­gic John­son m’ont ap­prises. » Bryant rap­pe­lait qu’il avait été à bonne école avec son père Joe « Jel­ly­bean », qui avait fait une pe­tite car­rière NBA et eu­ro­péenne, mais « His Air­ness » lui don­na cent le­çons pour le prix d’une ce soir-là à Chi­ca­go. « Mi­chael adore les dé­fis, c’est bien connu. Il aime ré­pondre pré­sent dans l’ad­ver­si­té, no­tait Kobe. Mon père m’a tou­jours ap­pris à ne ja­mais re­cu­ler de­vant per­sonne, même une lé­gende du bas­ket. S’il se trans­cende, tu dois te trans­cen­der toi aus­si. » Pré­mo­ni­toire en cet hi­ver 1997… Le Ca­li­for­nien concluait en dé­cla­rant : « Tu vas dans l’arène. Tu fais front, tu te bats de toutes tes forces et tu rends coup pour coup. » Le vé­ri­table « Ba­by Jor­dan » est né à ce mo­ment-là, avec la re­con­nais­sance du Maître him­self. Kobe Bryant rem­por­te­ra cinq titres NBA mais il se­ra une seule fois MVP de la Ligue.

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