LA LE­ÇON DU MAÎTRE

Mondial Basket - - ALL-STAR GAME -

«C ’était le jour de Mi­chael. Il est en­core le « King », au­cun doute à ce su­jet ! » Kobe Bryant est tout sou­rire en confir­mant ce dont per­sonne n’a ja­mais dou­té, puisque le roi « MJ » le se­ra… à vie. Mais comme tout sou­ve­rain, il au­ra un des­cen­dant ou un prince suc­ces­seur. Ce­lui-là, ne le cher­chez plus ! Kobe Bryant est son nom. Un mois et de­mi plus tôt, les deux joueurs s’étaient li­vré une ba­taille mé­mo­rable au Uni­ted Cen­ter (33 pts pour « MJ », 31 pour « KB »). Le Maître face à l’Elève, avec le Gar­den comme théâtre. Que rê­ver de mieux ? Mi­chael vs Kobe. C’est l’af­fiche an­non­cée en pré­sen­ta­tion de ce qua­rante-hui­tième All-Star Game. His­toire de vendre une fois de plus la fa­meuse ap­pel­la­tion « New Jor­dan ». Sim­pli­fions… Il n’y en au­ra pas, tant Mi­chael est unique. En re­vanche, une nou­velle star va bien naître en ce di­manche de fé­vrier au Ma­di­son Square Gar­den de New York. Mi­chael va naître, au sens propre, dans la ca­pi­tale mon­diale du bas­ket. La nais­sance, au fi­gu­ré, de Kobe-Star a lieu dans la même ville, comme un sym­bole. Le jeune La­ker montre ré­gu­liè­re­ment de­puis son ar­ri­vée en NBA, la sai­son pré­cé­dente, des bribes d’un fu­tur do­mi­nant. Et ce jour­là, dans ce contexte, avec un tel en­tou­rage sur le ter­rain et un par­terre de cé­lé­bri­tés au­tour, le mes­sage va dé­fi­ni­ti­ve­ment pas­ser. « J’avais des fris­sons, la chair de poule avant le match… C’est grand d’être All-Star ! », com­men­ta Kobe, le plus jeune sé­lec­tion­né de l’his­toire. Grâce à une bonne grippe ca­ra­bi­née, Mi­chael a lui aus­si eu sa dose de fris­sons (40° de fièvre). Il

« MA STRA­TÉ­GIE SUR LE ALL-STAR GAME FUT SIMPLE. DON­NER LA BALLE À MI­CHAEL ET DÉ­GA­GER… S’IL DE­VAIT UN JOUR DE­VE­NIR EN­TRAέNEUR, SUR­TOUT, QU’IL DE­VIENNE ENTRAÎNEURJOUEUR ! » Lar­ry Bird (coach de la sé­lec­tion Est)

a même dû pas­ser à l’hos­to, la veille, pour sur­veiller une sé­rieuse in­fec­tion res­pi­ra­toire. « Je vou­lais me joindre au show et sur­tout m’as­su­rer que Kobe ne me do­mi­ne­rait pas », dé­clare « Son Al­tesse », en riant, après la ren­contre. Donc, gen­ti­ment, « Air Jor­dan » ba­lance un pe­tit fa­de­way pour ou­vrir le score. Kobe, une mi­nute plus tard, rentre son pre­mier jump shot de All-Star. Avec une dé­fense plu­tôt com­plai­sante, le dé­but du match voit une suc­ces­sion de tirs d’école et de passes « ni­ckel », sui­vis de lay-ups d’acro­bates réa­li­sés par des bas­ket­teurs de luxe. Six mi­nutes de jeu et la jeune mer­veille va mettre le feu aux poudres. D’abord avec un fake and go - dribble sur place avec feintes de dé­part en­chaî­nées - qui laisse Jor­dan off ba­lance, s’il vous plaît ! Puis, sur une longue passe de Sha­quille O’Neal, Kobe, seul en contre-at­taque, pète un punk 360° ma­gis­tral. A peine le temps de sa­vou­rer qu’ar­rive un al­leyoop de Ke­vin Gar­nett pour le même Bryant ! Le Ma­di­son, im­pres­sion­né, gronde de plai­sir. L’élas­ti­ci­té et la fa­ci­li­té de ses en­vo­lées font peur et rap­pellent bien sûr quel­qu’un. Que voi­ci aus­si­tôt ! Mi­chael ex­plose une cla­quette dunk d’une main, sur le nez de Da­vid Robinson. Non, mais… Je ne vais pas me faire vo­ler la ve­dette comme ça ! Suivent deux tur­na­round jum­pers du Dieu, sur le pe­tit nou­veau. C’est bon, on va al­ler s’as­seoir tous les deux. Lais­sons un peu les autres s’amu­ser… Deux 3-points de Tim Har­da­way, une sé­rie de Mitch Richmond et tou­jours un « smash » qui traîne, his­toire de faire re­gret­ter le concours de dunks qui, cette an­née-là, a été an­nu­lé faute de can­di­dats cré­dibles. Jor­dan re­vient pour les quatre der­nières mi­nutes du deuxième quart-temps. Aus­si­tôt, George Karl, coach de l’Ouest, re­met Bryant. Il a bien com­pris que leur af­fron­te­ment était le clou de la soi­rée. Les deux joueurs se marquent mu­tuel­le­ment, se parlent, ri­golent… Ils sont bien de la même fa­mille ! Le banc de l’Est, bran­cheur-bon es­prit, em­me­né par Tim Har­da­way et Reg­gie Miller, conti­nue à se mar­rer et chambre d’un « Good luck, young boy ! » dès que « Air Jor­dan » s’ap­prête à dé­mar­rer un un contre un. « MJ » se contente de deux jum­pers soyeux pen­dant que Kobe en­voie un dunk mor­tel de plus pour at­teindre la mi­temps. East, 67.

West, 58. Jor­dan, 13 points. Bryant, 10 points. Les deux mènent la marque de chaque cô­té. Le troi­sième quart-temps se­ra Bry-Ant. Avec deux 3-points sur deux, fa­ciles, qui rap­pellent que Mi­chael ne sa­vait pas trop faire ce­la au dé­but de sa car­rière NBA. Sur­vient alors « LE » geste de ce All-Star Game. En fin de contre-at­taque, Kobe ar­rive face à Di­kembe Mu­tom­bo, le meilleur dé­fen­seur de la Ligue. A une vi­tesse rare, il es­quisse un dé­but de passe dans le dos qui se trans­forme en dribble dans le dos pour fi­nir par un shoot cro­chet en dés­équi­libre. Da­vid Robinson ra­con­te­ra à la fin de la par­tie : « In­croyable ! Je viens d’es­sayer de le faire dans le cou­loir des ves­tiaires. Pas la peine. J’ai cru que j’al­lais me bles­ser et me dé­boî­ter l’épaule… » Ain­si est né le « Kobe move » ! Ajou­tez à ces mer­veilles deux in­ter­cep­tions coup sur coup sur des passes de Tim Har­da­way. Le « Good Boy » peut al­ler s’as­seoir fiè­re­ment sur le banc. Il ne re­vien­dra plus. Mi­chael, lui, re­pren­dra son ré­ci­tal de classe dans le qua­trième quart-temps. Il fi­ni­ra meilleur mar­queur de la soi­rée avec 23 points en 32 mi­nutes, de­vant Kobe Bryant et ses 18 points en 22 mi­nutes. A la fin du match, Kobe et « MJ » se donnent une ac­co­lade et sa­vourent ce game « real­ly fun ». L’Est a mis une vo­lée à l’Ouest 135-114. Le MVP est tout trou­vé, même si des mau­vaises langues re­pro­che­ront à George Karl d’avoir trop lais­sé Bryant sur le banc… parce qu’il est pas­sé par North Ca­ro­li­na, comme Mike. Ou pour obéir aux « ordres » de la NBA qui vou­lait, se­lon eux, of­frir ce der­nier tro­phée de All-Star au maître, à New York, pour bou­cler le cycle Jor­dan de ma­nière sym­bo­lique. Lar­ry Bird, le coach vic­to­rieux, sa­vou­rait sa tac­tique payante : « Ma stra­té­gie sur ce All-Star Game fut simple. Don­ner la balle à Mi­chael et dé­ga­ger… Mike fait exac­te­ment ce qu’il veut. Il connaît le bas­ket comme per­sonne. C’est sur­tout un su­per joueur d’équipe, tou­jours prêt. S’il de­vait un jour de­ve­nir en­traî­neur, sur­tout, qu’il de­vienne en­traî­neur-joueur ! » Mi­chael Jor­dan n’a plus ses jambes de 20 ou 25 ans mais sa pa­no­plie of­fen­sive est alors à son apo­gée d’un point de vue tech­nique. Sa maî­trise est telle que Kobe Bryant ne peut que consta­ter, su­bir et ad­mi­rer. Le maes­tro a don­né la le­çon au ga­min. « Kobe va pas­ser par les mêmes mo­ments, an­nonce Jor­dan concer­nant l’évo­lu­tion de son jeu, ba­sé da­van­tage sur la tech­nique et non plus sur ses qua­li­tés ath­lé­tiques. Quand on ar­rive dans ce genre de match, c’est nor­mal de dé­ve­lop­per un jeu créa­tif mais c’est avec un so­lide et bon bas­ket qu’on peut dé­fier n’im­porte qui. » Le mes­sage se­ra par­fai­te­ment com­pris par le fu­tur quin­tuple cham­pion des La­kers.

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