LEB­RON JAMES PLUS FORT QUE JA­MAIS

LEB­RON JAMES RESTE LE MEILLEUR JOUEUR DU MONDE EN DÉ­PIT D’UN SIXIÈME ÉCHEC DANS UNE FI­NALE NBA (POUR TROIS VIC­TOIRES). À 33 ANS, PAS SÛR QUE L’AVE­NIR DU « KING » S’ÉCRIVE EN­CORE À CLE­VE­LAND.

Mondial Basket - - ÉDITO -

Un match à 51 points à Oak­land (Game 1), son nou­veau re­cord en playoffs, et trois autres pres­ta­tions de même fac­ture pour une sor­tie frus­trante, vé­cue comme un K.-O. sur un ring de boxe. LeB­ron James se se­ra bat­tu comme un chien dans cette Fi­nale 2018 pour main­te­nir la tête des Ca­va­liers hors de l’eau. Mais rien n’y a fait, pas même son triple-double lors du match clé de cette sé­rie (33 pts, 10 rbds, 11 pds dans le Game 3, où il joua 47 mi­nutes). La marche était trop haute, bien trop haute, même pour le meilleur joueur de la pla­nète, face à six AllS­tars et une bande de jeunes loups af­fa­més, ap­pâ­tés par la pro­messe d’une pre­mière bague de cham­pion NBA. On gar­de­ra l’image d’un guer­rier bles­sé, au propre comme au fi­gu­ré, au sor­tir de cette sixième dé­faite en Fi­nales (pour trois vic­toires). Il a pré­ci­sé qu’il avait ter­mi­né la sé­rie avec une frac­ture de la main. James ou la co­lère de Dieu… A l’is­sue d’un Match 1 per­du après pro­lon­ga­tion à l’Oracle Are­na, le « King » était tom­bé dans l’ex­cès in­con­trô­lé car in­con­trô­lable, dans l’in­ti­mi­té des Cavs. J.R. Smith avait lais­sé s’écou­ler les der­nières se­condes du temps ré­gle­men­taire, alors que le score était à éga­li­té, au lieu de ten­ter le tir de la gagne après avoir cap­té le re­bond sur un lan­cer franc man­qué par George Hill. « LBJ » s’en ex­pli­quait à l’is­sue de la Fi­nale, en dres­sant le bi­lan de son équipe : « Il y avait tel­le­ment d’émo­tions dif­fi­ciles à gé­rer

POUR MOI, IL N’Y A JA­MAIS DE SUC­CÈS QUAND VOUS PER­DEZ… LEB­RON JAMES

après ce match… La ma­nière dont ça s’est joué, les coups de sif­flet contre nous… J’ai eu l’im­pres­sion qu’on nous en­le­vait la vic­toire. J’ai lais­sé mes émo­tions prendre le des­sus et j’ai fi­na­le­ment dis­pu­té les trois der­niers matches avec la main pra­ti­que­ment frac­tu­rée. » Dans ces condi­tions, sa ligne de sta­tis­tiques dans la sé­rie contre Gol­den State prend en­core plus d’am­pleur. Ses stats ? 34 points, 8.5 re­bonds et 10 as­sists de moyenne, à 52.7% aux tirs ! Ke­vin Love, com­plice du front­court, ai­me­rait bien pro­lon­ger l’aven­ture avec ce phé­no­mène, même si les trois échecs en quatre ans su­bis face aux War­riors de­vraient pe­ser lourd. « J’ai­me­rais jouer avec LeB­ron tout le reste de ma car­rière mais ce se­ra son choix de conti­nuer l’aven­ture dans l’Ohio ou pas. » L’ai­lier de 33 ans pou­vait ac­ti­ver une clause pour se re­mettre sur le mar­ché. Il fal­lait alors re­non­cer à une der­nière an­née de contrat à 35,6 M$. Steve Kerr avait été un dis­ciple de Mi­chael Jor­dan à Chi­ca­go. Le coach des doubles cham­pions reste convain­cu d’une chose, es­sen­tielle après cet acte IV entre War­riors et Ca­va­liers : « Il y a cinq ans, LeB­ron était l’un des plus grands joueurs de l’his­toire. De­puis cinq ans main­te­nant, il est peut-être dix fois meilleur parce qu’il a ajou­té beau­coup d’élé­ments fon­da­men­taux à son jeu. On me de­mande sou­vent de com­pa­rer « MJ » et LeB­ron et c’est une ques­tion très dif­fi­cile… Tout ce que je sais, c’est que j’ai été té­moin du rayon­ne­ment de deux des meilleurs joueurs de l’his­toire. Ils sont très dif­fé­rents et peu im­porte le rang dans le­quel vous les clas­sez, ils vont bien en­semble. » James ? In­clas­sable pour l’éter­ni­té. Le coach de Cle­ve­land, Ty­ronn Lue, qui a su­bi tout au long de la sai­son le cours des choses plus qu’il ne l’a chan­gé, ré­su­mait le per­son­nage au-de­là de la Fi­nale, en re­te­nant l’image d’un bas­ket­teur hors du com­mun : « Il est le meilleur joueur du monde et l’a dé­mon­tré en­core une fois dans sa 15e sai- son NBA, en dis­pu­tant la to­ta­li­té des 82 matches. Il a fait l’une des plus grandes cam­pagnes de playoffs de l’his­toire d’un joueur qui por­tait son équipe, en as­su­rant le lea­der­ship. » Son­dé sur l’ave­nir du « King » à Cle­ve­land, il ajou­tait : « J’es­père qu’il res­te­ra… » Le sou­ve­nir de l’été 2010 est tou­jours bien pré­sent dans les es­prits dans l’Ohio.

LA TEN­TA­TION DU DÉPART

La su­per­star ne s’est pas at­tar­dée sur les en­sei­gne­ments de cette Fi­nale ra­pi­de­ment ex­pé­diée, son deuxième « sweep » après ce­lui es­suyé en 2007 contre San An­to­nio. C’était sa neu­vième et sa hui­tième consé­cu­tive. Elle lui lais­se­ra le goût de l’amer­tume, comme une sai­son toute en­tière faite de hauts et de bas, avec un ros­ter to­ta­le­ment re­loo­ké à mi-par­cours. « Je n’ai au­cune idée de la ma­nière dont l’his­toire se­ra ra­con­tée à propos de mon an­née mais ce que je sais, c’est que je me suis bat­tu pour don­ner le meilleur, chaque jour. C’est ce que j’ai­me­rais qu’on com­prenne et qu’on ad­mette. » James avouait avoir voya­gé dans une sphère aus­si né­bu­leuse qu’in­cer­taine, en s’ef­for­çant de re­le­ver les chal­lenges et de dé­jouer les pièges pour rendre la meilleure co­pie pos­sible. Etait-ce pos­sible ? « Tout a été com­pli­qué cette an­née… Il y a eu du bon et du moins bon. Vous (ndlr:re­por­ters) m’avez de­man­dé beau­coup ! Tout au long de la

C’ÉTAIT SIM­PLE­MENT L’IN­CON­NU. MAIS TOUTE NOTRE SAI­SON A ÉTÉ QUELQUE PART UNE SORTE D’IN­CON­NUE

sai­son. Et on a fait des trades. En­suite, avant les playoffs, vous me de­man­diez en­core si l’équipe était prête. Je ne sa­vais pas ! C’était sim­ple­ment l’in­con­nu. Mais toute notre sai­son 2017-18 a été quelque part une sorte d’in­con­nue. » LeB­ron n’a sans doute ja­mais été aus­si proche de l’enfer car il n’est pas com­plè­te­ment in­sen­sé de pen­ser qu’il a ma­noeu­vré au-de­là des trades pour re­mettre cette équipe à flot, quand Coach Lue était lui-même hors cir­cuit pour cause de « burn-out ». Pour Cle­ve­land, « Doc­teur James » fut autre chose que le meilleur joueur du monde. Ce fut le thé­ra­peute du groupe, em­bar­qué dans des séances de psy­cha­na­lyse col­lec­tives. « Il fal­lait faire la bas­cule au meilleur mo­ment, adop­ter le bon état d’es­prit pour abor­der dif­fé­rentes sé­ries de post­sea­son de la meilleure ma­nière pos­sible, di­sait-il. Nous avons été ca­pables de faire ça grâce à notre ex­pé­rience. » Mais le « King » s’em­pres­sait d’ajou­ter : « Pour moi, il n’y a ja­mais de suc­cès quand vous per­dez… » Ter­rible aveu. « LBJ » s’est ar­ra­ché pour ra­me­ner ses co­équi­piers au plus haut ni­veau et re­jouer une Fi­nale NBA. Là, la barre était vrai­ment trop éle­vée. C’était un ex­tra­ter­restre seul contre un gang de sur­doués. Des joueurs comme Rod­ney Hood, Jor­dan Clark­son et Lar­ry Nance Jr étaient à des miles de ce pro­ces­sus et de ce de­gré de com­pé­ti­tion quand ils ont dé­bar­qué dans l’Ohio en fé­vrier. La donne n’était pas simple pour James. De même qu’il n’était pas fa­cile, pour ces role players, de prendre le train en marche et de per­for­mer avec une pres­sion au­tre­ment plus forte sur les épaules. Au­tant mettre un ly­céen de Se­conde dans une classe d’énarques… Les role players des Cavs sont pas­sés to­ta­le­ment à cô­té de la Fi­nale. Et ils ont en­traî­né LeB­ron James dans leur propre chute. Le « King » n’est pas nos­tal­gique, comme il n’est pas ré­si­gné. Ce n’est pas en­core le mo­ment de ti­rer sa ré­vé­rence ou de ré­di­ger son tes­ta­ment. Il sait qu’il au­ra mar­qué l’his­toire de Cle­ve­land en lui ap­por­tant le titre de cham­pion en 2016. « On s’en sou­vien­dra pour tou­jours. Dans cin­quante ans et bien plus, je pense qu’on se sou­vien­dra dans l’his­toire du sport amé­ri­cain. » Le groupe sa­cré il y a deux ans était dif­fé­rent, avec des joueurs plus cos­tauds. Un Ky­rie Ir­ving n’a ja­mais été rem­pla­cé. LeB­ron James le sait. Et ses propres en­vies d’ailleurs n’ont ja­mais été aus­si réelles et pres­santes. Comme en 2010, lors­qu’il mit le cap vers la Flo­ride et Mia­mi. Comme en 2010, il sait que ce squad n’a au­cune chance d’at­teindre la consé­cra­tion. Le na­tif d’Akron avait 27 ans à cette époque-là. Il était par­ti pour conquérir l’Amé­rique avec Ch­ris Bosh et Dwyane Wade. Une his­toire de co­pains, ren­for­cée par la pré­sence de Mike Miller et Udo­nis Has­lem. « Des joueurs ta­len­tueux, des cé­ré­braux qui voyaient les choses ar­ri­ver et qui étaient ca­pables d’an­ti­ci­per n’im­porte quelle si­tua­tion sur le ter­rain. Que ce soit en sai­son ré­gu­lière, en playoffs ou dans une Fi­nale NBA, no­tait LeB­ron pour mieux sou­li­gner les rai­sons de son départ il y a huit ans. Tout ce­la est im­por­tant dans le choix d’une équipe. Et ça n’a pas chan­gé fon­da­men­ta­le­ment au­jourd’hui… » Sû­re­ment mais le bu­si­ness, lui, a bien chan­gé. Et James n’est plus le même. Il a un droit de re­gard sur ce qui se passe dans la Ligue comme il a un droit de re­gard sur ce qui se passe dans son équipe. Une Ligue qui a gran­di en même temps que le « King », avec un nou­veau contrat té­lé à 24 mil­liards de dol­lars. L’ar­gent coule à flot mais l’équi­té n’a pas été ré­ta­blie. La NBA conti­nue de vi­vo­ter à Mem­phis, Mil­wau­kee, Sa­cra­men­to ou Char­lotte, qui n’ont au­cune chance de voir la cou­leur d’un titre. Et elle s’en­ri­chit dans les grands mar­chés : Los An­geles, New York, Hous­ton, Bos­ton, Chi­ca­go. Se­lon le bon vou­loir des pro­prié­taires qui se ré­par­tissent le gros gâ­teau. Un jour de dayoff pen­dant la Fi­nale, LeB­ron a ain­si eu une saillie ter­rible contre « les tré­so­riers du temple » qui veulent ou ne veulent pas, au gré de leurs hu­meurs. Une saillie igno­rée par les mé­dias amé­ri­cains, te­nus par les mêmes gou­ver­nants. James ne peut pas être in­sen­sible à l’at­trait des spots ci­tés plus haut, quoi qu’il en dise. L’en­vie d’ailleurs se fait à nou­veau très forte (trop ?). Il en par­le­ra en fa­mille, car il a de jeunes en­fants et l’épa­nouis­se­ment des uns et des autres est ex­trê­me­ment im­por­tant pour lui. Il a gran­di à Akron et il com­pren­drait très bien que ses deux fils et sa fille veuillent pas­ser leur jeu­nesse, comme lui, dans l’Ohio. Il sait aus­si que le ta­lent se mon­naye. Mais que tout a un prix. Sur­tout une vie de fa­mille. A 33 ans, le « King » a au moins une cer­ti­tude. Elle est dans son jeu. Son ta­lent. Unique. Le trône n’est pas va­cant. Mais il peut se conquérir. Alors, où veut-il sié­ger pour ré­gner à nou­veau ?

J’AI ÉTÉ TÉ­MOIN DU RAYON­NE­MENT DE DEUX DES MEILLEURS JOUEURS DE L’HIS­TOIRE STEVE KERR (HEAD COACH GOL­DEN STATE)

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