DEN­VER

Mondial Basket - - Édito -

LA RE­CON­QUêTE D’ISAIAH THO­MAS

DOUBLE ALL-STAR ET AN­CIEN « DIEU VI­VANT » DES CEL­TICS, ISAIAH THO­MAS A SI­GNÉ AUX NUGGETS POUR UN AN, AU SA­LAIRE MI­NI­MUM, APRÈS UNE AN­NÉE COM­PLI­QUÉE PAR­TA­GÉE ENTRE CLE­VE­LAND ET LOS AN­GELES (LA­KERS). EN UNE SAI­SON, TOUT A BASCULÉ POUR LE ME­NEUR DE 29 ANS. MAIS IL NE LÂCHE RIEN ET COMPTE PRO­FI­TER DE CE DÉ­MÉ­NA­GE­MENT DANS LE CO­LO­RA­DO POUR RECONQUÉRIR LA NBA.

Son parcours est loin d’être un long fleuve tran­quille, c’est peu de le dire. Isaiah Tho­mas, der­nier pick de la draft 2011, a si­gné pour une sai­son - au sa­laire mi­ni­mum - à Den­ver, qui se­ra sa sixième équipe NBA. Et sa troi­sième de­puis douze mois ! Draf­té par Sa­cra­men­to, le me­neur au­jourd’hui âgé de 29 ans avait évo­lué un an à Phoe­nix, où il n’avait pas trou­vé sa place (il y avait em­bou­teillage à l’ar­rière avec Eric Gor­don, Go­ran Dra­gic et Bran­don Knight), avant de re­joindre, le 19 fé­vrier 2015, l’équipe qui a su le mettre en lu­mière et le faire gran­dir (pas en taille, il fait tou­jours 1,75 m) : les Cel­tics de Bos­ton. Dans le Mas­sa­chu­setts, le na­tif de Ta­co­ma (Etat de Wa­shing­ton) avait ex­plo­sé, s’af­fi­chant à 28.9 points par match lors de la sai­son 201617. C’est là qu’il avait dé­cro­ché ses deux convo­ca­tions au All-Star Game. Il au­rait dû pou­voir vi­ser un jo­li contrat à long terme chez les Verts et Blancs mais une vi­laine bles­sure à la hanche droite est ve­nue tout gâ­cher. Il a dû s’éclip­ser après les deux pre­miers matches de la fi­nale de Confé­rence Est 2017 contre Cle­ve­land (sé­rie per­due 4-1 par l’équipe de Brad Ste­vens) et s’at­ta­quer à huit mois de ré­édu­ca­tion. Sa lé­gende était dé­jà écrite : re­cord en car­rière de 44 puis 52 points (4e meilleur to­tal de l’his­toire de Bos­ton), dont 29 dans le der­nier quart­temps (re­cord de fran­chise), un mois de jan­vier à 32.9 pions de moyenne (3e meilleure perf de l’his­toire des Cel­tics), 43 matches de suite à 20 uni­tés au moins (re­cord de John Hav­li­cek bat­tu), 200 « treys » réus­sis dans la sai­son (seuls An­toine Wal­ker et Paul Pierce avaient fait aus­si bien), 2 000 points ins­crits dans l’an­née (6e Cel­tic à si­gner pa­reille perf), 50 matches de suite avec au moins un 3-points plan­té (re­cord de fran­chise). Et on n’a pas ou­blié qu’il avait dis­pu­té le 1er tour des playoffs 2017 contre Chi­ca­go (4-2) après avoir ap­pris le décès de sa soeur Chy­na dans un ac­ci­dent de la route. Ni qu’il avait ins­crit 53 points sur la tête des Wi­zards dans le Game 2 de la de­mi-fi­nale de Conf’ (qua­li­fi­ca­tion 4-3), le 2e meilleur to­tal de l’his­toire des Cel­tics en playoffs, à une lon­gueur de la marque de John Hav­li­cek. Mais cette in­dis­po­ni­bi­li­té a coû­té cher. Le staff n’était pas cer­tain de le re­voir à son meilleur ni­veau et à Cle­ve­land, Ky­rie Ir­ving ré­cla­mait un trans­fert. Dan­ny Ainge, le GM de « Bean­town », n’a pas hé­si­té long­temps. « I.T. » s’est ain­si re­trou­vé ex­pé­dié dans l’Ohio le 30 août 2017 avec Jae Crow­der et Ante Zi­zic (Bos­ton a mis un tour de draft dans la balance lorsque l’in­quié­tude a gran­di, cô­té Cle­ve­land, au su­jet de l’état de forme réel d’Isaiah). On a alors ap­pris que l’an­cien point guard des Kings et des Suns avait joué plu­sieurs sai­sons en étant di­mi­nué à la hanche (perte de car­ti­lage, ar­throse). Et c’était un autre en­fer qui l’at­ten­dait à Cle­ve­land, sur les terres du Roi LeB­ron. La greffe n’a ja­mais pris. Le ves­tiaire des Cavs s’est to­ta­le­ment dé­li­té. Et le « King » a gen­ti­ment souf­flé l’idée, à sa di­rec­tion, de mon­trer la porte de sor­tie à l’an­cien Cel­tic. Le 8 fé­vrier 2018, il a été en­voyé chez les La­kers - la nou­velle équipe de LeB­ron, que lui-même vient de quit­ter -, en com­pa­gnie de Chan­ning Frye, contre Jor­dan Clark­son et Lar­ry Nance Jr. Tout ce­ci ap­par­tient à un pas­sé qui n’a rien de glo­rieux. Tho­mas a dû s’as­seoir sur ses es­poirs de contrat à long terme. Il n’au­ra joué que 15 matches avec les Ca­va­liers et 17 avec les La­kers. Sur l’en­semble de l’an­née écou­lée, sa ligne de stats s’est lo­gi­que­ment ef­fon­drée (de 28.9 pts, à 46.3% de réus­site, à 15.2, à 37.3, lui qui n’était ja­mais des­cen­du sous les 41%). Il n’a pas par­ti­ci­pé aux der­niers playoffs puisque l’équipe de Luke Wal­ton a fi­ni 11e à l’Ouest. Et au­jourd’hui en­core, ses fans s’ar­rachent les che­veux, es­ti­mant que du­rant les playoffs 2017 avec les Cel­tics, il au­rait dû s’ac­cor­der du re­pos, au lieu de ti­rer sur cette hanche bles­sée. Car le « lil­li­pu­tien » qui met­tait au­tre­fois le feu aux par­quets est de­ve­nu une sorte de pa­ria dont plus per­sonne ou presque ne veut, après le bide qu’a consti­tué son sé­jour sur les bords du lac Erié. « Il était com­pli­qué pour moi de m’ar­rê­ter, com-

« JE PENSE QU’ISAIAH EST EF­FI­CACE QUAND VOUS LUI MET­TEZ LA BALLE DANS LES MAINS. QUAND JE L’AI EU À SA­CRA­MEN­TO, JE LUI AI DIT : «JEVEUX QUE TU JOUES TON BAS­KET. JE NE VEUX PAS QUE TU SOIS JOHN STOCK TON .» IL A ÉTÉ AU­TO­RI­SÉ À LE FAIRE AVEC BRAD STE­VENS À BOS­TON ET LÀ, IL A MON­TRÉ QU’IL ÉTAIT L’UN DES MEILLEURS ME­NEURS NBA » Mike Ma­lone (coach Den­ver)

mente un gar­çon qui ne veut pas s’ap­pe­san­tir sur le pas­sé et sur­tout pas en­tendre par­ler de ce qu’il a man­qué en quit­tant Bos­ton (éli­mi­né 3-4 par Cle­ve­land lors de la der­nière fi­nale de Confé­rence Est, alors que Ky­rie Ir­ving et Gor­don Hay­ward étaient in­dis­po­nibles). Je ve­nais de perdre ma soeur, l’une des per­sonnes dont j’étais le plus proche. Le bas­ket était la seule chose qui pou­vait m’ai­der à m’en sor­tir. J’ai joué jus­qu’à ce que je ne puisse lit­té­ra­le­ment plus le faire. Ce n’était pas une bonne dé­ci­sion d’un point de vue bu­si­ness si je rai­son­nais sur du long terme mais je vou­lais du « tout de suite ». » L’autre er­reur re­con­nue par le joueur, c’est celle d’être re­ve­nu trop tôt de sa bles­sure, une fois chez les Cavs. « J’au­rais dû at­tendre la cou­pure du All-Star break. » Il s’était mis en te­nue le 2 jan­vier 2018 pour af­fron­ter Port­land à la Q Are­na (vic­toire 127-110). En­rô­lé par Den­ver pour un mon­tant dé­ri­soire au re­gard de son talent - 2 mil­lions de dol­lars -, Isaiah va re­par­tir de zé­ro. Et ten­ter de re­lan­cer sa car­rière, pour es­sayer de tu­toyer le ni­veau qui était en­core le sien il y a douze mois. Le me­neur for­mé chez les Hus­kies de Wa­shing­ton ne peut pas avoir tout per­du et être (re)de­ve­nu un joueur lamb­da. Il mise sur sa dé­ter­mi­na­tion et sa vo­lon­té pour sor­tir de cette nou­velle épreuve. Ce sont elles qui lui avaient per­mis de « sur­mon­ter » la dis­pa­ri­tion de sa soeur pen­dant les playoffs 2017 et de se battre au-de­là du rai­son­nable, alors qu’il n’était plus, de toute évi­dence, en ca­pa­ci­té phy­sique de le faire. Le staff des Nuggets ne s’em­bar­rasse pas de consi­dé­ra­tions in­utiles, comme le scé­na­rio du der­nier exer­cice. « I.T. » n’est pas un peintre. On sa­vait que c’était un gar­çon com­ba­tif. Et c’est sans doute aus­si un bon­homme re­van­chard après ce qu’il vient de tra­ver­ser.

LES NUGGETS FONT DES ÉCO­NO­MIES…

L’opé­ra­tion est hy­per ren­table pour Den­ver qui ré­cu­père un sco­reur d’élite à un prix ri­sible, sans le moindre risque pour le long terme. « The Lit­tle Guy » est là pour re­lan­cer sa car­rière, dans sa hui­tième sai­son NBA, avant de tes­ter à nou­veau la free-agen­cy l’an­née pro­chaine et de mon­nayer ses ta­lents en fonc­tion de son po­ten­tiel du mo­ment. Une bonne sai­son lui per­met­trait de vi­ser plus haut spor­ti­ve­ment et fi­nan­ciè­re­ment, un peu comme DeMarcus Cou­sins à Gol­den State (lui se­ra a prio­ri com­blé ques­tion ter­rain). Isaiah Tho­mas a l’avan­tage de re­trou­ver Mike Ma­lone qu’il avait connu lors de sa sai­son aux Kings, en 2013-14. Un coach qui l’ap­pré­cie vrai­ment. « Je pense qu’Isaiah est ef­fi­cace quand vous lui met­tez la balle dans les mains. Quand je l’ai eu à Sa­cra­men­to, il a tour­né à 20 points et 6 passes parce que je lui ai dit : «Je­veuxque tu joues ton bas­ket. Je ne veux pas que tu sois John Stock­ton. Cen’ est pas­toi.» Il a été au­to­ri­sé à le faire avec Brad Ste­vens à Bos­ton et là, il a mon­tré qu’il était l’un des meilleurs me­neurs NBA. » Les Nuggets se sont sé­pa­rés de plu­sieurs joueurs afin d’al­lé­ger leur masse sa­la­riale et sur­tout évi­ter de payer la luxu­ry tax. A com­men­cer par l’ai­lier Wil­son Chand­ler. Après sept sai­sons à Den­ver, l’ai­lier de 31 ans va de­ve­nir le sixième homme des Sixers. Ce­la lui im­porte peu, du mo­ment qu’il joue : « J’ai été ti­tu­laire, j’ai été rem­pla­çant. Je n’y suis pas du tout op­po­sé. Je veux juste ga­gner. Je suis content d’être de re­tour dans une équipe de playoffs et j’ai hâte de me battre pour al­ler le plus loin pos­sible », a dé­cla­ré l’an­cien Knick. Autre éco­no­mie non né­gli­geable : le dé­part de l’ai­lier fort Ken­neth Fa­ried (28 ans), en­voyé à Brook­lyn trois jours avant l’ar­ri­vée d’Isaiah Tho­mas. Den­ver a aus­si cé­dé aux Nets le po­wer for­ward Dar­rell Arthur, un pre­mier tour de draft (2019) et un se­cond tour de draft (2020). L’ar--

rière Isaiah Whi­te­hea head a fait le che­min in­verse avant d’être cou­pé. éC Ce sont presque 33 mil­lions de dol­lars qui peuvent être re­tran­chés de la masse sa­la­riale des Nuggets. Comme sou­hai­té, Den­ver a bien dé­grais­sé son ef­fec­tif.

… ET MISENT SUR LA CONTI­NUI­TÉ

En pro­lon­geant Ni­ko­la Jo­kic (23 ans) et Will Bar­ton (27 ans) avec des contrats à long terme, le front of­fice a confir­mé qu’il les voyait in­car­ner l’ave­nir de la fran­chise du Co­lo­ra­do. Il es­père voir le noyau dur - dont font par­tie ces deux élé­ments - pro­gres­ser et ra­me­ner l’équipe en playoffs, elle qui ne les a plus dis­pu­tés de­puis 2013. Le pivot serbe, qui peut faire va­loir 2,21 m d’en­ver­gure, a dé­cro­ché un contrat de 148 mil­lions de dol­lars sur 5 ans, ré­com­pense XXL d’une sai­son de toute beau­té qui a vu « The Jo­ker » af­fi­cher une moyenne de 18.5 points (50% aux tirs et 40% à 3 points), 10.7 re­bonds et 6.1 passes, le tout payé 1,5 mil­lion ! La vé­ri­té, c’est que per­sonne n’avait pré­vu une as­cen­sion aus­si ra­pide et spec­ta­cu­laire pour le 41e choix de la draft 2014. Mais le staff croit en lui de­puis le dé­but et Jo­kic, All-Roo­kie First team en 2016, rend la confiance qu’on lui a ac­cor­dée. Cet ex­cellent pivot peut s’en­or­gueillir d’avoir si­gné une in­croyable pro­gres­sion ces der­nières an­nées. Il a pos­té 10 triples-doubles la sai­son pas­sée, der­rière Rus­sell West­brook, LeB­ron James et Ben Sim­mons. A l’ar­rière, le shoo­ting guard Will Bar­ton monte lui aus­si en puis­sance. Den­ver l’avait ob­te­nu en fé­vrier 2015, dans un échange avec Port­land. Il vient de bou­cler une jo­lie sai­son (sa sixième dans la Ligue) à 15.7 points (re­cord en car­rière), 5 re­bonds et 4.1 passes, ter­mi­nant 4e dans l’élec­tion du meilleur 6e homme. L’ar­rière de 27 ans, ans for­mé chez les Ti­gers de Mem­phis et qui a dis­pu­té 81 matches l’an der­nier, dont 40 comme rem­pla­çant, a re­si­gné pour 4 ans et 54 mil­lions de dol­lars. Il va s’at­ta­quer à sa qua­trième sai­son pleine chez les Nuggets. Re­par­tir avec Jo­kic et Bar­ton né­ces­si­tait une cer­taine gym­nas­tique fi­nan­cière (d’où les dé­parts de Chand­ler, Fa­ried et Arthur) mais c’était une prio­ri­té et une né­ces­si­té. Les deux Nuggets sont les pi­liers de la fran­chise avec le po­wer Paul Mill­sap et l’ar­rière Ga­ry Har­ris. Leur coach, Mike Ma­lone, se ré­jouit de ces pro­lon­ga­tions : « Ce­la té­moigne de leur vo­lon­té et de leur convic­tion par rap­port à ce que nous construi­sons ici. » Les pièces clés d’une jeune équipe vou­lant frap­per à la porte des playoffs après avoir fi­ni 9e au prin­temps, au der­nier match (46 vic­toires, une de moins que Min­ne­so­ta). Et donc pre­mière non-qua­li­fiée. Les fans s’at­tendent à voir Den­ver bâ­tir se­rei­ne­ment et sans pres­sion ex­ces­sive au­tour d’un ex­cellent noyau qui com­mence à de­ve­nir ro­buste. Il y a des jeunes ta­len­tueux (Mi­chael Por­ter Jr 20 ans, Ja­mal Mur­ray 21, Ga­ry Har­ris 23), un so­lide vé­té­ran (Paul Mill­sap), des scoreurs (Ni­ko­la Jo­kic, Will Bar­ton et main­te­nant Isaiah Tho­mas) : qua­li­fi­ca­tion en post­sea­son sou­hai­tée, même dans une Confé­rence Ouest tou­jours plus re­le­vée. Will Bar­ton ne doute pas : « L’Ouest s’est en­core ren­for­cé mais je pense qu’avec notre culture, at­teindre les playoffs n’est pas si dif­fi­cile. Je pense que nous avons mon­tré que nous pou­vons al­ler loin. Nous avons juste be­soin d’en­trer en pré-sai­son avec le même état d’es­prit que ce­lui que nous avions à la fin de l’an­née. Et le conser­ver du dé­but à la fin. »

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