HORIZONS GUIDES NOU­VELLES PERS­PEC­TIVES POUR LE SNGM

Le 8 dé­cembre der­nier, le Syn­di­cat na­tio­nal des guides de haute mon­tagne (SNGM) cé­lé­brait en grande pompe son soixante-dixième an­ni­ver­saire à Cha­mo­nix. À cette oc­ca­sion, il lan­çait of­fi­ciel­le­ment une dé­marche in­ti­tu­lée Horizons Guides. Entre in­tros­pec­tion

Montagnes - - ACTU - Par Ulysse Le­febvre

MM : Quel constat ini­tial vous a ame­né à lan­cer Horizons Guides ?

Ch­ris­tian Jac­quier : Les guides dis­cutent beau­coup entre eux, no­tam­ment via des co­mi­tés du syn­di­cat ou des fo­rums in­ternes. La ques­tion qui res­sort sou­vent est celle du re­gard ex­té­rieur por­té sur la pro­fes­sion. La per­cep­tion a chan­gé et nous vou­lons évo­luer en pa­ral­lèle. Une en­quête-mé­tier (ndlr : voir en­ca­dré) montre que deux tiers de l’ac­ti­vi­té de guide concerne du ski hors­piste et de rando. Les ac­ti­vi­tés plus en­ga­gées ou à risque telles que l’al­pi­nisme, l’es­ca­lade ou la cas­cade res­tent mi­no­ri­taires. Nous vou­lons donc ap­por­ter une image moins éli­tiste du guide, et mon­trer que les prix ne sont pas for­cé­ment éle­vés dès lors que l’on évo­lue à plu­sieurs clients en cor­dée ou à skis. Nous vou­lons clai­re­ment re­des­cendre du pié­des­tal, du som­met de la py­ra­mide où le guide a long­temps été can­ton­né, afin de tou­cher une plus large clien­tèle.

Ni­co­las Lo­chu : On constate aus­si que le guide de haute mon­tagne ne se suf­fit plus à lui-même. Le cô­té pit­to­resque du mé­tier n’est plus un ar­gu­ment suf­fi­sant et la pro­fes­sion doit re­pen­ser son fonc­tion­ne­ment et son image. MM : Mo­der­ni­sa­tion, op­ti­mi­sa­tion, com­mu­ni­ca­tion… le SNGM cher­che­rait-il à s’or­ga­ni­ser de ma­nière plus ra­tion­nelle, à l’image d’une en­tre­prise à part en­tière ?

NL : Oui, l’élé­ment dé­clen­cheur est d’ailleurs la ren­contre avec Jean-Phi­lippe De­maël. Ce po­ly­tech­ni­cien a eu de hautes res­pon­sa­bi­li­tés chez Ar­cel­lor ou Som­fy. Il a été l’un des rares à re­struc­tu­rer les en­tre­prises sans li­cen­cier. Son re­gard d’entrepreneur de haut ni­veau va nous per­mettre de mo­der­ni­ser le syn­di­cat.

CJ : Nous sou­hai­tons re­pen­ser notre offre, l’adap­ter à la de­mande du mo­ment et trou­ver les res­sorts les plus ef­fi­caces pour l’ame­ner à la clien­tèle. Pour ce­la, nous avons en­ta­mé la ré­flexion avec les guides au sein des com­mis­sions dé­jà en place ou grâce à un ques­tion­naire trans­mis par email, mais aus­si avec des ac­teurs d’autres secteurs du mi­lieu de la mon­tagne (po­li­tique, cultu­rel, mé­dia­tique…). L’ob­jec­tif est de dé­fi­nir des axes afin que, suite à la pro­chaine as­sem­blée gé­né­rale, en no­vembre 2017, le fu­tur co­mi­té di­rec­teur ait un vé­ri­table plan stra­té­gique pour son man­dat jus­qu’en 2020. Nous en­vi­sa­geons aus­si de chan­ger de lo­go et de nom, pour que la struc­ture soit mieux per­çue comme un opé­ra­teur de tou­risme à part en­tière. Sans re­nier évi­dem­ment notre rôle de dé­fense des in­té­rêts des guides de haute mon­tagne. MM : In­ter­net et des pla­te­formes telles que Ka­za­den ou Di­rect Moun­tain son­tils re­pré­sen­ta­tifs du re­nou­veau de la de­mande des clients ?

CJ : Oui, la de­mande en ligne et le di­gi­tal mo­di­fient la ma­nière dont la clien­tèle vient à nous. Et nous de­vons pen­ser client ! Notre offre doit suivre les ten­dances : s’adres­ser aux nou­velles clien­tèles (pays émer­gents, Bré­sil, Chine, Ja­pon), dé­ve­lop­per les sé­jours clé en main pour les étran­gers et les voyages aven­ture dont les Fran­çais sont friands. Or,

« NOUS DE­VONS PEN­SER CLIENT ! NOTRE OFFRE DOIT SUIVRE LES TEN­DANCES »

65% des guides ont plus de qua­rante-cinq ans et ne sont pas tou­jours à l’aise avec ça. Nous de­vons donc trou­ver un moyen de dé­ve­lop­per l’offre en ligne tout en conser­vant la fi­dé­li­sa­tion guide-client qui pé­ren­nise l’ac­ti­vi­té.

NL : Le di­gi­tal im­plique ef­fec­ti­ve­ment des ef­forts de for­ma­tion, ce qui re­pré­sente un axe fort d’Horizons Guides. On parle évi­dem­ment de for­ma­tion ini­tiale et conti­nue (re­cy­clage), mais aus­si de for­ma­tions ponc­tuelles qui vont au-de­là des com­pé­tences tra­di­tion­nelles du guide : ma­na­ge­ment, com­mu­ni­ca­tion, pé­da­go­gie, re­la­tion­client. Au­tant de « soft skills » qui doivent aus­si amé­lio­rer l’image du guide et son ac­cès à la clien­tèle. MM : L’ou­ver­ture semble être au coeur de la ré­flexion. Quel in­té­rêt por­tez-vous sur d’autres ac­ti­vi­tés, qui pour­raient en­trer dans le gi­ron du guide et com­plé­ter son temps d’ac­ti­vi­té ? CJ : Comme je le di­sais, nous vou­lons mon­trer que le guide peut aus­si ame­ner le client vers une mon­tagne lu­dique et acces- sible. C’est pour­quoi nous vou­lons mettre l’ac­cent sur des pro­grammes des­ti­nés aux en­fants, tels que des sé­jours mul­ti-ac­ti­vi­tés (es­ca­lade, raf­ting, ba­lade sur la mer de glace). Pen­dant ces ac­ti­vi­tés, les pa­rents pour­raient s’adon­ner à d’autres sports de mon­tagne. Les trai­lers sont aus­si une ca­té­go­rie de pra­ti­quants que nous vou­drions cap­ter, en com­mu­ni­quant no­tam­ment sur l’obli­ga­tion d’assurer les moyens de sa sé­cu­ri­té en haute mon­tagne. Nous ré­flé­chis­sons aus­si à des fa­çons de se rap­pro­cher des grim­peurs de salle pour les sor­tir en fa­laise ou en mon­tagne. MM : Comment in­té­grez-vous les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales ? CJ : Elles sont pré­sentes de ma­nière trans­ver­sale. Rap­pe­lons que nous avons de­puis long­temps une com­mis­sion « en­vi­ron­ne­ment» ain­si qu’une charte en­vi­ron­ne­men­tale. Nous tra­vaillons sur l’éthique vis-à-vis des po­pu­la­tions lo­cales lors d’ex­pé­di­tions. Nous fai­sons éga­le­ment un gros tra­vail de car­to­gra­phie de zones de pré­sence du té­tras­lyre en Va­noise, au­tour de Me­gève, etc. L’ob­jec­tif est de sen­si­bi­li­ser les guides à cette pré­sence afin qu’ils évitent les zones lors de sor­ties à skis no­tam­ment.

Réunion de tra­vail lors du fes­ti­val Let's be gui­ded à Cha­mo­nix. © SNGM

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