VITE FAIT (BIEN FAIT)

Montagnes - - ÉDITO - Ulysse Le­febvre

Il ne fait pas bon al­ler vite par les temps qui courent (tiens, eux aus­si pour­tant). Mais au­jourd’hui tout va vite : les voi­tures, les trains, les avions, les évo­lu­tions tech­no­lo­giques, les plats ser­vis au fast-food du coin, les ren­dez-vous pris dans l’agen­da élec­tro­nique, les conquêtes (plus ou moins) amou­reuses sur Tin­der, et, pour ce qui nous concerne ici, les as­cen­sions en mon­tagne et leurs au­teurs. As­cen­sion éclair, al­ler-re­tour ex­press, fas­tascent, fas­thi­king, fast&light, n’en je­tez plus ! La vi­tesse est une va­leur forte qui a la cote (et qui monte). À l’in­verse, cer­tains prônent aus­si le temps long, pour pro­fi­ter de l’ins­tant pré­sent, s’im­pré­gner du lieu, n’être en re­la­tion qu’avec les per­sonnes pré­sentes, et pas dont en même temps, dont une par té­lé­phone, une autre sur Mes­sen­ger et une der­nière éven­tuel­le­ment en face de soi (quelle drôle d’idée). C’est dans l’air du temps de vou­loir le prendre, ce temps si cher (de l’ar­gent sou­ve­nez­vous). Slo­wat­ti­tude ! Alors je vous vois ve­nir. Vous vou­driez que l’on choi­sisse ici le bon et le mau­vais cô­té de la force, que l’on pointe les bons et les mé­chants, que l’on stig­ma­tise les for­ce­nés du chro­no ou au contraire les ra­mol­los de la ran­do. Que l’on dise qui est le bon ou le mau­vais al­pi­niste ce­lui qui grimpe ou alors ce­lui qui grimpe… mais vite). Que nen­ni cher lec­teur. Lais­sons ce­la à d’autres. Il n’y a pas qu’en mai que l’on fait ce qu’il nous plaît. Si l’on vous donne les clés pour oser cou­rir en haute mon­tagne (p.46) ou vo­ler de­puis les som­mets à la des­cente (p. 40), si nous don­nons la pa­role à l’un des plus ra­pides qui soient avec les bonnes feuilles du der­nier livre de Ueli Steck (p. 24), nous pre­nons éga­le­ment plai­sir à vous ra­con­ter l’his­toire d’une grim­peuse qui s’est pré­pa­rée un an pour grim­per… une voie (p. 32). Et que dire de ce re­fuge du Pro­mon­toire qui sort dou­ce­ment d’hi­ber­na­tion dans notre ar­ticle page 52 ? Ah oui… mais alors que pen­ser ? Com­ment éti­que­ter ? Dans quel ti­roir ca­ser ? Met­tons plu­tôt un grand coup de Ba­tu­ra, poin­ture 44,5 dans ces tas d’éti­quettes. Ou mieux, pas­sons à cô­té sans cil­ler et tra­çons notre mo­deste route, au rythme de l’es­car­got asth­ma­tique ou du lièvre olym­pique. Mieux, osons va­rier les plai­sirs et les ho­raires. Rien ne sert de cou­rir, il faut par­tir à point. Mais en frac­tion­né, s’il vous plaît.

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