La ba­lade d’Har­mo­nie: de La Co­rogne à Baio­na ..............

Dans cette par­tie, le Bé­né­teau Swift Traw­ler 34 Har­mo­nie et son pro­prié­taire Di­dier ter­minent leur « pé­riode » es­pa­gnole. La côte de la Ga­lice re­cèle des baies ma­gni­fiques dont Di­dier a pu avoir un bel aper­çu avant de dé­cou­vrir le Por­tu­gal…

Moteur Boat Magazine - - SOMMAIRE - TEXTE ET PHO­TOS: DI­DIER MAINTENANT.

Lun­di 29 août, le so­leil éclaire en­fin La Co­rogne alors que je la quitte. Je peux ain­si voir dans sa to­ta­li­té l’im­mense tour construite sur la digue, vrai­ment im­po­sante. Quelques ins­tants plus tard, et la cé­lèbre tour ro­maine Her­cule, le plus an­cien phare en­core en ac­ti­vi­té, s’in­vite à son tour dans un large pa­no­ra­ma à la hau­teur de ce sé­jour si riche... Je pars en di­rec­tion de Ca­ra­miñas, dont le guide Im­ray dit le plus grand bien. Le re­tour dans l’océan est pour le moins agi­té et je prends la per­pen­di­cu­laire pour dé­pas­ser le plus gros de la forte houle. Il y a long­temps que le com­pas n’avait pas dé­pas­sé les 300° en pleine mer ! Je ne re­prends le cap pré­vu que trois quarts d’heure plus tard avec une navigation plus confor­table, quoique tou­jours un peu in­quié­tante, au surf. Le vent souffle en­core quand j’entre dans la ria de Ca­ra­miñas où je pense être mieux pro­té­gé, mais les nom­breuses éo­liennes sur mon tri­bord se donnent à fond, ce qui n’est pas bon signe... Quelques voi­liers sortent du port quand j’y entre et se mettent au mouillage. Je com­prends pour­quoi quand je double la courte digue. Le vent est si fort que, de l’en­droit où je me trouve, j’ai l’im­pres­sion de voir les pon­tons on­du­ler. Pi­lo­ter un ST34 dans ces condi­tions re­vien­drait à vou­loir gra­vir le mont Blanc pieds nus ! Je fais donc de­mi-tour en di­rec­tion de Muxia, un pe­tit port de l’autre cô­té de la ria. Éton­nant port que ce­lui de Muxia : ré­cent, très bien abri­té... mais vide, si ce n’est quelques ba­teaux à de­meure et deux ou trois vi­si­teurs. Mal­gré son as­pect peu pro­pice au tou­risme, je dé­cide de vi­si­ter le vil­lage, puis de suivre la route vers une col­line. Je dé­couvre alors un en­droit rare. Après quelques bâ­ti­ments re­li­gieux an­ciens, je me re­trouve, face à l’ouest, sur un pi­ton ro­cheux do­mi­nant l’océan et sem­blant

of­frir à l’eau bouillon­nante une su­perbe église en pierre et, au même ni­veau, mais à quelques di­zaines de mètres d’écart, une im­pres­sion­nante sculp­ture rec­tan­gu­laire très haute, en deux mor­ceaux, comme un ro­cher cas­sé par une faille. Le spec­tacle est ma­gni­fique et je re­mer­cie les aléas cli­ma­tiques qui m’ont per­mis d’ad­mi­rer un tel en­droit... Une belle navigation de cinq heures me per­met de pas­ser le len­de­main de Muxia à Mu­ros. Mais avant, il me fau­dra pas­ser le cap Fi­nis­terre, la pointe la plus à l’est de l’Espagne consti­tuée d’une fa­laise très haute sur la­quelle les pè­le­rins de Com­pos­telle ve­naient brû­ler leurs vieux ha­bits avant de ren­trer dans leur pays. Une fois ce cap pas­sé, le tour de la grosse boule ga­li­cienne s’achè­ve­ra.

Dans la ria de Mu­ros et de Noia

À l’op­po­sé de la dis­crète mais sur­pre­nante Muxia, Mu­ros est un bourg tou­ris­tique éta­lé tout au­tour d’une anse, au nord de la grande baie de Mu­ros et Noia. Vil­lage cos­su en pierre, pal­miers, vé­gé­ta­tion fleu­rie le long de la longue es­pla­nade ma­ri­time, plages, ports di­vers, l’en­semble vaut vrai­ment une halte. De l’autre cô­té de la baie, je me rends au pe­tit ma­tin au port de Por­to­sin dont l’ac­cueil cha­leu­reux à la ca­pi­tai­ne­rie reste l’un des rares at­traits. Je m’y suis amar­ré ce­pen­dant pour une rai­son pré­cise : Por­to­sin est ma porte d’en­trée, en trans­port en com­mun, pour une ville de­ve­nue in­ac­ces­sible en ba­teau, Noia ! Cette ville im­por­tante, si­tuée au fond de la baie dans l’anse la plus au sud, était au Moyen Âge une place riche et im­por­tante. Mais le port com­mer­cial le mieux pro­té­gé de Ga­lice, porte ma­ri­time de Saint-Jacques-de-Com­pos­telle, n’est plus au­jourd’hui qu’un im­mense ré­ser­voir pour les boues qui ter­minent ici leur course. Mal­gré les nom­breux ef­forts pour pré­ser­ver

un mi­ni­mum na­vi­gable, toute l’anse est au­jourd’hui rem­plie d’al­lu­vions. Les au­to­ri­tés peinent à main­te­nir un étroit che­nal, de quelques mètres de large sur près d’un ki­lo­mètre de long, qui ne peut être em­prun­té que par de pe­tites em­bar­ca­tions pri­vées. Un contraste sai­sis­sant s’est ain­si im­po­sé au fil du temps, entre la ville tou­jours ac­tive et très tou­ris­tique et les quar­tiers plus ou moins dé­ser­tés de l’ex-zone ma­ri­time. Le der­nier ate­lier, ins­tal­lé pour­tant ré­cem­ment juste à l’en­trée de l’anse, a été, à son tour, aban­don­né. À l’in­té­rieur d’un han­gar ou­vert au vent, une grande coque en ré­sine reste po­sée sur son tri­bord dans une at­tente in­ter­mi­nable. Le court quai de mise à l’eau plonge maintenant dans un ma­rais. Juste à cô­té, les an­ciennes tours de dé­fense, qui fai­saient la ré­pu­ta­tion d’in­vio­la­bi­li­té de Noia, sont, elles, « inon­dées » dans la vé­gé­ta­tion.

Baio­na, le der­nier ca­deau de la Ga­lice…

Loin de l’émo­tion sus­ci­tée par cer­tains lieux comme Muxia ou Saint-Jacques-de-Com­pos­telle, un sen­ti­ment par­ti­cu­lier, tein­té d’hu­mi­li­té, pré­do­mine dans la contem­pla­tion de cet en­droit où le temps s’im­pose len­te­ment par des ef­fets na­tu­rels im­pos­sibles à conte­nir. Après deux jours pas­sés à Por­to­sin, en ce 2 sep­tembre, huit heures de navigation tranquille m’amènent à Baio­na. À l’en­trée de l’im­mense ria de Vi­go, de grands voi­liers semblent s’en­traî­ner pour une pro­chaine ré­gate. Un peu stres­sé, je tente de me fau­fi­ler au mieux pos­sible, heu­reux que le port de Baio­na soit le plus proche. Comme un der­nier ca­deau de la Ga­lice, un pa­no­ra­ma à cou­per le souffle s’offre dès qu’Har­mo­nie glisse sa pointe à l’est d’une courte digue. D’abord, face à moi, s’étend une longue plage puis, au fur et à me­sure que je m’ap­proche sur mon tri­bord, le bourg ap­pa­raît. Pour ter­mi­ner, les longues en­ceintes d’un châ­teau es­ca­ladent la col­line qui pro­tège la baie. En plein centre de ce spec­tacle, sur l’eau, se trouve la ré­plique d’une ca­ra­velle. Je contourne par l’est le pre­mier cat­way for­mant comme une deuxième digue et, avec l’ac­cord ra­dio de la ca­pi­tai­ne­rie, me di­rige vers une des nom­breuses places dis­po­nibles. Six cat­ways sont at­ta­chés à un seul pon­ton prin­ci­pal, qui dé­passe lar­ge­ment en gran­deur tout ce que j’ai pu pra­ti­quer jus­qu’ici : 330 mètres li­néaires... Com­men­cée vers 17 heures, ma pro­me­nade se ter­mine tard dans la nuit. Quel en­droit ! Je suis ar­ri­vé à Ri­ba­deo le 20 août et je quitte Baio­na le 3 sep­tembre. Quel ir­res­pect pour la Ga­lice et ses mul­tiples baies qui mé­ritent tel­le­ment plus de temps, et qui, à elles seules, pour­raient faire le bon­heur de tout ma­rin ! Mais je me suis fixé un but et je me dois de m’y te­nir. Le sa­me­di 3 sep­tembre, à 12 h 45, je passe la fron­tière entre l’Espagne et le Por­tu­gal. La der­nière par­tie du rio Min­ho concré­tise la ligne de sé­pa­ra­tion. Ses eaux vives dé­coupent l’océan per­pen­di­cu­lai­re­ment à la côte à perte de vue. Pen­dant quelques ins­tants, Har­mo­nie na­vigue donc bien sur cette fron­tière ma­ri­time. Ce soir, je dors au Por­tu­gal ! ■

Le cap Fi­nis­terre est re­con­nais­sable à son phare construit en 1853.

La vieille ville de Mu­ros a été dé­cla­rée « Bien d’in­té­rêt cultu­rel » et mé­rite une vi­site.

Char­mante es­cale que Muxia qui dis­pose d’un port de plai­sance de 230 places, mais conserve l’au­then­ti­ci­té d’un vil­lage de pê­cheurs.

Le port de Baio­na est sur­plom­bé par le châ­teau de Mon­ter­real, construit au XVIe siècle et qui ac­cueille au­jourd’hui un hô­tel et un res­tau­rant. Noia est éga­le­ment ap­pe­lé « le port de Com­pos­telle » pour sa proxi­mi­té avec Saint-Jac­quesde-Com­pos­telle.

Ce port dis­pose d’un beau mar­ché aux pois­sons.

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