IN­TER­VIEW JEAN- LUC FOU­CHET

« À un mo­ment don­né, il faut res­ter rai­son­nable… »

Moto Crampons - - News -

Ouf, il semble que la si­tua­tion du cham­pion­nat de France de su­per­cross se nor­ma­lise après une pé­riode de conflit entre la Fé­dé­ra­tion, Jean- Luc Fou­chet Or­ga­ni­sa­tion ( JL­FO), le pres­ta­taire at­ti­tré des clubs or­ga­ni­sa­teurs, et les pi­lotes. Après avoir clai­re­ment in­di­qué qu’ils boy­cot­te­raient le cham­pion­nat si leurs do­léances ne ren­con­traient pas de suites fa­vo­rables, tous ont fi­na­le­ment ac­cep­té de s’ali­gner à Es­tillac pour la pre­mière. Il faut dire aus­si que la Fé­dé­ra­tion a consen­ti à abais­ser les droits d’en­ga­ge­ment sur les courses ( droits qui avaient pris 30 eu­ros cette an­née, en pas­sant de 55 à 85 eu­ros), l’un des prin­ci­paux points de dis­corde entre les pi­lotes et les au­to­ri­tés ! Une bonne nou­velle, même si nous vou­lions re­ve­nir sur cet épi­sode mou­ve­men­té avec l’in­ter­view de Jean- Luc, prin­ci­pal maître d’oeuvre de la sé­rie. Afin de sai­sir la por­tée du ma­laise qui plombe en ce mo­ment l’am­biance en cham­pion­nat de France. Et pour don­ner un droit de ré­ponse à quel­qu’un qui n’a pas du tout ap­pré­cié une in­fo du der­nier nu­mé­ro re­la­tant toute cette af­faire, se sen­tant in­jus­te­ment ac­cu­sé par nos écrits. Jean- Luc, les pi­lotes se plaignent d’un manque de consi­dé­ra­tion des clubs et d’une dé­té­rio­ra­tion de leurs condi­tions de vie, com­prends- tu leurs re­ven­di­ca­tions ? À vrai dire, je ne com­prends pas la ques­tion… À un mo­ment don­né, il faut re­mettre les choses à leur place. Le fond du pro­blème n’est pas com­ment on les consi­dère ou on les traite, c’est juste un pro­blème d’ar­gent. Nous avons tou­jours été clairs, si nous pou­vons ins­tal­ler un pad­dock sous abri lors des SX in­door, nous le fai­sons. Mais qu’est- ce qui est pré­fé­rable ? Que les pi­lotes res­tent de­hors et que l’épreuve per­dure, ou que le club dé­pense 10 à 15 000 eu­ros pour louer une tente, la mon­ter, la chauf­fer et la faire gar­dien­ner, et qu’il de­vienne dé­fi­ci­taire ? La pro­blé­ma­tique reste la même de­puis 15 ans, pour­quoi su­bi­te­ment de­vient- elle si vi­vace ? Soit on est conscient que la pé­riode est dif­fi­cile et on est prêt à faire tous des ef­forts, soit on ne voit pas plus loin que le bout de son nez, et tout s’ar­rête. Il y a au­jourd’hui du pu­blic sur les pistes de su­per­cross, mais il faut sa­voir qu’il y a 20 ans, j’avais 10 fois plus de bud­get et de par­te­naires qu’au­jourd’hui. 10 fois ! Et puis, les condi­tions ne sont pas d’un coup de­ve­nues ca­tas­tro­phiques. Les pa­lais des sports sont les mêmes de­puis 20 ans. C’est ça ou l’on n’a rien ! Le ca­hier des charges est tel­le­ment lourd en plus au­jourd’hui qu’il n’y a pas de so­lu­tion. Qu’ils sachent en tout cas que je fais tout pour y re­mé­dier cette an­née ! Le sou­ci, comme tu le sou­lèves, est fi­nan­cier. Jus­te­ment, est- ce que tu confirmes que les primes n’ont pas bais­sé ces der­nières an­nées ? Même sur la dé­cen­nie qui vient de s’écou­ler ? Tu te doutes bien que de­puis 10 ans, elles ont aug­men­té… Je le confirme, elles n’ont pas bais­sé der­niè­re­ment. Après, il faut com­prendre qu’avec la créa­tion de la ca­té­go­rie Cup, il a fal­lu di­vi­ser le mon­tant glo­bal des primes par 3 et non plus par 2 ( 250 et 450 4T), ce qui a ré­duit les gains par pi­lote. Sans par­ler de l’ar­ri­vée du free­style, une 4e ca­té­go­rie, qui nous a aus­si contraints à une re­dis­tri­bu­tion plus large. OK, mais si­non, comme sur l’Élite, aux primes d’ar­ri­vée par épreuves s’ajoutent en fin d’an­née les primes pour le cham­pion­nat ? Oui. À ce pro­pos, je vou­drais ajou­ter que moi aus­si, j’au­rais pu, comme le font la plu­part des pro­mo­teurs, pro­duire un peu de té­lé et gar­der pour moi l’en­ve­loppe des par­te­naires. Ceux que j’ai dé­mar­chés. Mais non, j’ai dé­ci­dé de la re­ver­ser afin de pou­voir fi­dé­li­ser les pi­lotes… Quand je vois le pro­cès qui nous est fait, ça m’in­sup­porte d’au­tant plus. Il faut peut- être pré­ci­ser ton rôle sur le SX Tour. Tu n’es pas pro­mo­teur, mais pres­ta­taire de ser­vices pour les clubs ? Oui. Mais at­ten­tion, je suis pres­ta­taire à la carte. Les pré­si­dents de club, les pro­mo­teurs, sont des grands gar­çons. Ils n’ont pas be­soin de moi pour or­ga­ni­ser une course et mon rôle se borne à des tâches pré­cises. Comme four­nir une per­sonne pour la piste, Cé­dric Lu­cas. Mon­ter des dos­siers de presse, créer des vi­suels, dea­ler des pages de pu­bli­ci­té chez votre concur­rent, et as­su­rer le se­cré­ta­riat de course pour que l’épreuve res­pecte un ti­ming. S’ils veulent des mo­dules Air­pro­tek, je peux leur en four­nir, mais ce n’est pas une obli­ga­tion. Idem s’ils sou­haitent un pont d’ar­ri­vée… Après, il est vrai que la confu­sion se fait chez cer­tains, parce que c’est nous qui as­su­rons la paye des pi­lotes au soir des courses. Mais nous n’en sommes pas res­pon­sables. Nous ren­dons juste ser­vice aux clubs. Et j’ajou­te­rai qu’elle est cal­cu­lée se­lon les ba­rèmes de la Fé­dé. Nous sommes seule­ment res­pon­sables des primes de fin d’an­née. Là, tu re­dis­tri­bues l’en­ve­loppe de tes par­te­naires… Oui, et je ne cache pas que c’est de plus en plus dif­fi­cile de la main­te­nir à flot. La si­tua­tion est ten­due. Je viens de perdre la moi­tié de l’en­ve­loppe de Col­bert, ça nous a fait mal… Mal­gré ce­la, je conti­nue­rai à don­ner le même mon­tant. Voire même 1 000 eu­ros de plus parce que j’ai te­nu à com­pen­ser l’aug­men­ta­tion des en­ga­ge­ments. Trou­ver d’autres par­te­naires est im­pos­sible ? Pas fa­cile en tout cas. J’ai aus­si le sou­ci de ne pas em­pié­ter sur les es­paces pu­bli­ci­taires des clubs. Si­non, ils vont me de­man­der leur part. Pour que l’on soit à l’aise, il fau­drait dé­cro­cher des en­ve­loppes aus­si éle­vées qu’il y a 20 ans, ce qui me semble im­pos­sible. Quoi qu’il en soit, le pro­blème de fond reste d’avoir des tri­bunes pleines et des pi­lotes fau­chés… Là, je vais ré­pondre clai­re­ment ! Avant de pen­ser que les clubs se gavent, il faut dé­jà re­gar­der la co­lonne des dé­penses. Sans ou­blier qu’ils doivent mettre de cô­té pour le jour où, comme à La Bosse- deB­re­tagne l’an­née der­nière, ils de­vront an­nu­ler à cause de la pluie et perdre une for­tune. Les pi­lotes de­vraient être ra­vis que les courses at­tirent du pu­blic, pour les fi­nances du club. Mais qu’il y ait 500 spec­ta­teurs, 2 000, 10 000, JL­FO per­çoit la même somme. Je n’ai pas de vues sur les re­cettes. Je suis juste le fu­sible entre les clubs et la Fé­dé, le ga­rant que les pistes soient bien tra­cés, que tout suive les di­rec­tives de la Fé­dé…

Quid de la piste, et no­tam­ment de cette bosse d’ar­ri­vée qui est ju­gée dan­ge­reuse par cer­tains ? Il est vrai que nous avons re­le­vé la hau­teur de la bosse d’ar­ri­vée de 30 cen­ti­mètres en­vi­ron l’an­née der­nière, mais il faut com­prendre que c’est à la de­mande des free­sty­lers qui, après la mort de Sa­to, ont vou­lu que l’on aug­mente la taille de la ré­cep­tion et qu’on l’élar­gisse. Ce qui bé­né­fi cie aux su­per­cros­seurs, puis­qu’il est pré­fé­rable de sau­ter sur une ré­cep­tion de 9 mètres que de 6 ! Mais en­core une fois, est- ce qu’on en est là ? À sa­voir qu’un pi­lote de SX n’est plus ca­pable de sau­ter un obs­tacle de 12 à 14 mètres de long, comme à Lyon ou à Gre­noble ? Au­jourd’hui, je ne trace plus des triples de 20- 22 mètres comme avant. Bref, pour moi, on reste dans le dé­tail. Le saut d’ar­ri­vée de Ge­nève, les fi lles l’ont pas­sé. Et n’ou­blions sur­tout pas une chose : si les salles sont pleines au­jourd’hui, c’est aus­si grâce au free­style, qu’il faut soi­gner. Les pi­lotes de SX doivent le com­prendre. Jus­te­ment, ne sont- ils pas trop soi­gnés fi nan­ciè­re­ment ?… Alors là, je suis content que tu me poses la ques­tion. Oui, ils sont bien payés, en­fi n cor­rec­te­ment, mais de qui on parle ? De Tom Pa­gès, le meilleur free­sty­ler au monde. Est- ce que le pla­teau pi­lotes est le meilleur de la pla­nète ? Je suis cer­tain que non. On est en plein pa­ra­doxe : on a le pla­teau qui râle le plus dans l’his­toire du SX alors que je ne pense pas qu’il ait le ni­veau le plus éle­vé. Il ne faut pas se leur­rer, nous ne sommes pas au ni­veau d’an­tan… Et l’ave­nir ne me ras­sure pas. Si nous ar­rê­tons la ca­té­go­rie 125 à la de­mande de la Fé­dé, qui n’ap­pré­ciait qu’à moi­tié de consta­ter que l’in­fi rme­rie se rem­plis­sait après les pre­mières courses, ce n’est pas par sou­hait. Car de­main, quel se­ra le ni­veau du SX fran­çais ? L’aug­men­ta­tion des en­ga­ge­ments par course, de 55 à 85 eu­ros, res­te­ra comme le dé­clen­cheur de cette his­toire. Tu confi rmes que vous n’en pro­fi te­rez pas ? Ah oui ! Ni JL­FO, ni les clubs ne touchent quelque chose… Là, il faut ques­tion­ner la Fé­dé sur l’uti­li­sa­tion de ces fonds ( à Es­tillac, la fé­dé a main­te­nu les en­ga­ge­ments à 55 eu­ros, comme en 2013). Le suc­cès de l’Al­le­magne ne met pas en re­lief les sou­cis du SX tri­co­lore ? On n’a pas le même cham­pion­nat. Je peux faire comme les Al­le­mands et les An­glais, prendre 15 pi­lotes et faire mon­ter les primes d’ar­ri­vée. Voire même in­vi­ter quelques 125 pour se faire plai­sir. Mais c’est un sys­tème qui vise le court terme. L’ob­jec­tif de JL­FO reste de pré­pa­rer l’ave­nir, comme on le fait de­puis 1996. Rap­pe­lez- vous, quand on a re­pris le SX tour, on est re­par­tis à la base. À Metz- Am­né­ville, pour la fi nale du cham­pion­nat, on avait Meo, Pour­cel et Coi­sy, des gars de 15 ans, au coude à coude. Ça tou­jours été ça et faut de­man­der à Pi­chon, Coi­sy, Pour­cel, si ça ne leur a pas été bé­né­fi que. Pour­quoi les étran­gers viennent cher­cher des Fran­çais ? Parce que nous avons une culture, du ni­veau… Après, notre liste de prix est quand même cor­recte… Et le pro­cès fait aux mo­dules Air­pro­tek, tu le com­prends ? Cite- moi un pi­lote qui se soit bles­sé en ac­cro­chant un Air­pro­tek ! Pau­lin, à Ber­cy, sans les cous­sins, il fon­çait dans la voi­ture pla­cée der­rière la bosse d’ar­ri­vée. Un bal­lot de paille, c’est 20 ki­los. Un mo­dule Air­pro­tek, c’est un ki­lo. Et puis, il ne faut pas confondre pro­tec­tion et ba­li­sage. Là, on parle de pro­tec­tions mises pour dé­li­mi­ter la piste. À par­tir du mo­ment où elles sont per­cu­tées, c’est parce que les pi­lotes sortent du tra­cé. Je suis ca­té­go­rique, c’est un pro­duit qui a per­mis de faire évo­luer la pro­tec­tion. Il faut juste les pla­cer très pré­ci­sé­ment, et sur­tout pas sur les ré­cep­tions. Mais en­core une fois, je suis ou­vert à la dis­cus­sion : si lors de la vé­ri­fi ca­tion de la piste faite par le dé­lé­gué des pi­lotes, Cé­dric, un of­fi ciel et moi, on voit un bal­lot sus­pect, on le dé­place. Donc, fi na­le­ment, tu penses qu’il n’y a pas de rai­sons à la contro­verse ? Non. Les pi­lotes ne doivent pas jouer les en­fants gâ­tés. Il y a du pu­blic, tant mieux. Ils de­vraient s’en ré­jouir et se dire ouf ! l’an­née pro­chaine, il y au­ra en­core une épreuve. Com­bien savent ce que ça coûte d’or­ga­ni­ser ? Un maître- chien, c’est 22 eu­ros de l’heure, et il en faut une bonne tren­taine par exemple à Es­tillac. Alors OK, il y a eu 7 000 en­trées payantes, mais com­bien au fi nal reste- t- il ? Main­te­nant, libre à ceux qui ne veulent pas ve­nir de res­ter chez eux, mais n’ou­blions pas qu’un pi­lote qui gagne les deux soirs sur un SX In­door gagne 2 500 eu­ros fois deux, plus nos 700 eu­ros de primes, soit 6 400 eu­ros. Ça me semble cor­rect. À un mo­ment don­né, il faut res­ter rai­son­nable.

La Ju­nior Cup passe à l’as pour rai­sons sé­cu­ri­taires et bud­gé­taires.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.