POR­TRAIT

Alexis Mas­bou, des GP à l'en­du­rance

Moto Journal - - SOMMAIRE - PAR Va­len­tin Rous­sel PHO­TOS Gold and Goose

Il a pas­sé une grande par­tie de sa vie dans l’uni­vers im­pi­toyable des GP. Il y a connu des mo­ments d’une in­ten­si­té rare, comme sa pre­mière vic­toire en Mo­to3 à Br­no, en 2014, ou ce point mar­qué, pra­ti­que­ment pas­sé in­aper­çu, lors du Grand Prix de France 125 2008 sur une Lon­cin. Il y eut aus­si des mo­ments dif­fi­ciles avec des bles­sures ou avec cer­taines équipes, comme sa col­la­bo­ra­tion avec le Ra­cing Team Ger­ma­ny qui a conduit à son évic­tion de ce monde qu’il cô­toyait de­puis plus de dix ans. Une page de la car­rière, de la vie, d’alexis Mas­bou s’est tour­née en juillet 2016 quand il a quit­té la scène des GP. « Je ne peux pas en­core ti­rer un trait sur cette pé­riode à l'heure ac­tuelle. Il va me fal­loir du temps, avoue Alexis. Ce­la a fait par­tie de ma vie de­puis mon plus jeune âge, quand je n'étais en­core qu'un simple en­fant. Ce n'est donc pas évident de rayer une par­tie de sa vie comme ce­la. J'ai ce­pen­dant tel­le­ment man­gé de pain noir avec ma der­nière équipe pen­dant un an et de­mi que c'est vrai que les paillettes des GP, ce n'est pas quelque chose qui va me res­ter en tête. Je pré­fère me sou­ve­nir de toutes les ba­garres que j'ai pu li­vrer, mais aus­si de toute cette par­tie tech­nique que j'ai ap­pré­ciée, que ce soit avec Hon­da, où j'ai pu tra­vailler sur les meilleures 250 du monde, ou tout sim­ple­ment avec les équipes tech­niques que j'ai pu cô­toyer pen­dant ma car­rière et où j'ai pu m'amé­lio­rer en tant que pi­lote. » Même s’il a rem­por­té deux vic­toires et si­gné une pole po­si­tion, l’al­bi­geois a tout de même une pe­tite pointe de dé­cep­tion sur son pas­sage en Grands Prix. Tout en étant conscient qu’il a réa­li­sé de grandes choses : « Je suis dé­çu de ne pas avoir rem­pli mes ob­jec­tifs et je pense que cette dé­cep­tion va res­ter quelques an­nées au plus pro­fond de moi. J'ai tou­jours eu en tête de réus­sir en GP. Pen­dant toutes ces an­nées, j'ai aus­si mon­tré de quoi j'étais ca­pable. J'ai eu des hauts et des bas. J'ai éga­le­ment beau­coup ap­pris, mais c'est vrai que j'ai énor­mé­ment de re­grets de ne pas avoir été cham­pion du monde. J'ai aus­si eu des bonnes op­por­tu­ni­tés que j'au­rais éga­le­ment pu mieux sai­sir de

mon cô­té pour réus­sir. C'est tou­jours plus fa­cile de cri­ti­quer le ma­té­riel et de dire que si on avait eu une meilleure mo­to, on au­rait mieux per­for­mé ! Après, quand je re­garde ce que j'ai réa­li­sé, je me dis aus­si que ce­la m'a ap­por­té beau­coup plus que ce que j'es­pé­rais en com­men­çant ma car­rière de pi­lote. »

EN­DU­RANCE, LA NOU­VELLE AVEN­TURE

Alexis avoue aus­si qu’il a res­sen­ti une cer­taine forme de sou­la­ge­ment : « Quand j'ai eu cette sen­sa­tion, je me suis dit qu'en fait, ce­la fai­sait des mois que je me bat­tais dans quelque chose au­quel je ne croyais dé­jà plus de­puis quelque temps. » Loin de se lais­ser abattre, il a cher­ché à re­bon­dir. Mais si les pistes qu’il pou­vait avoir en GP ou en mon­dial Su­per­sport se sont ré­vé­lées in­fruc­tueuses, il est fi­na­le­ment par­ve­nu à trou­ver une place pour dis­pu­ter le Bol d’or 2016 au sein de la struc­ture Mo­to Ain de Pierre Cha­puis. Le ré­sul­tat fut au ren­dez-vous. Vain­queur de la ca­té­go­rie Su­per­stock avec Hu­go Clere et Jo­han Ni­gon, Alexis pou­vait af­fi­cher un sou­rire ra­dieux en mon­tant sur la plus haute marche du po­dium. Une pre­mière ex­pé­rience ga­gnante, donc, mais aus­si pleine de bonnes sur­prises : « Se re­trou­ver tout en haut du po­dium, c'est tou­jours quelque chose de gra­ti­fiant. Mais ce qui m'a plu pen­dant cette pre­mière course en En­du­rance, c'est le tra­vail d'équipe et le fait de par­ta­ger la mo­to avec deux autres pi­lotes. C'était quelque chose que je re­dou­tais, mais je me suis très bien en­ten­du avec Hu­go Clere, no­tam­ment. Nous avons vrai­ment tis­sé de bons liens tous les deux. Nous avons aus­si pas­sé de su­perbes mo­ments avec les tech­ni­ciens, les mé­ca­ni­ciens et les bé­né­voles pen­dant toute la se­maine de course. C'est beau­coup plus convi­vial qu'en GP, même si on passe énor­mé­ment de temps avec son équipe, car il y a beau­coup de courses, mais on passe ra­re­ment au­tant de temps d'af­fi­lée tous en­semble. C'était as­sez fort en émo­tion ! » Au le­ver du jour et alors qu’il res­tait en­core quelques heures à bou­cler pour voir le dra­peau à da­mier, Alexis Mas­bou s’est quand même de­man­dé pour­quoi tour­ner, en­core et tou­jours : « Je pense que tout le monde à cette sen­sa­tion pen­dant une course de 24 heures. A un mo­ment, ce­la nous tra­verse un pe­tit peu tous l'es­prit. Pour ma part, je m'en rap­pelle en­core très bien. C'était vers 7 h 30 du ma­tin et le ré­ser­voir n'ar­rê­tait pas de fuir. Nous avions plein d'es­sence sur nos cuirs et les va­peurs re­mon­taient dans le casque alors que j'étais dé­jà un pe­tit peu ma­lade. Et à ce mo­ment, on m'a an­non­cé qu'il al­lait fal­loir en­chaî­ner les re­lais pour al­ler cher­cher la vic­toire… Je me suis vrai­ment de­man­dé ce que je fai­sais là à cet ins­tant ! Mais l'en­du­rance est une grande aven­ture hu­maine et je pense que c'est un peu ce qu'on re­cherche en par­ti­ci­pant à ce type d'épreuve. »

2017, AN­NÉE CHAR­NIÈRE

Suite à cette pre­mière ex­pé­rience réus­sie, Alexis a dé­ci­dé de conti­nuer en En­du­rance, tou­jours avec le team Mo­to Ain et la Ya­ma­ha R1. Il consi­dère 2017 comme une étape cru­ciale : « Je me vois per­sé­vé­rer en En­du­rance dans le fu­tur, comme je l'ai fait pen­dant de nom­breuses an­nées en GP. J'ai dé­cou­vert l'en­du­rance de la meilleure des ma­nières au Bol d'or et ça me donne vrai­ment en­vie de conti­nuer. Je pense que cette an­née 2017 se­ra une sai­son char­nière où

L'en­du­rance, c'est beau­coup plus convi­vial que les Grands Prix !

je vais beau­coup ap­prendre. Je pour­rai en­suite dé­ci­der si je veux vrai­ment conti­nuer en En­du­rance. J'ai de toute fa­çon l'im­pres­sion qu'un plan de car­rière se des­sine plus pour moi dans cette dis­ci­pline qu'en vi­tesse. » A 29 ans, il a en tout cas des rêves plein à la tête. « J'ai en­vie d'être cham­pion du monde d'en­du­rance, de ga­gner les 24 Heures du Mans. Mais ce sont des choses pour les­quelles je tra­vaille tous les jours. Je m'en­traîne dur pour être en forme dès le dé­but de la sai­son, comme quand j'étais en GP. J'es­père que ce tra­vail va payer. Des courses comme le Bol d'or, les 8 Heures de Su­zu­ka ou les 24 Heures du Mans, ce sont des épreuves qui font rê­ver, mais qui, au­pa­ra­vant, me fai­saient sur­tout peur ! Mais main­te­nant que j'ai ga­gné le Bol et que j'ai ter­mi­né une course de 24 heures, ce­la me fait rê­ver en­core plus, car je m'en sens ca­pable et je sais aus­si les sa­cri­fices et le tra­vail que ce­la de­mande. Je suis un guer­rier dans l'âme, donc j'ai en­vie de me battre pour dé­cro­cher la vic­toire sur ces épreuves my­thiques. »

La dé­ter­mi­na­tion est tou­jours dans le re­gard d'alexis Mas­bou. Après plus de dix ans en GP, l'al­bi­geois est prêt à se confron­ter aux plus grandes courses d'en­du­rance. Comme d'autres ex-pi­lotes de GP, Ran­dy de Pu­niet et Mike di Me­glio, par exemple. ►

1 [1] A l’at­taque à la sor­tie de la chi­cane Dun­lop sur une mo­deste Lon­cin. Quelques heures plus tard, il par­vien­dra à ins­crire le point de la 15e place. Un sou­ve­nir en­core bien pré­sent.

[2] Après une lutte achar­née, Alexis (10) peut souf­fler et lais­ser ex­plo­ser sa joie. Il vient de ga­gner sa pre­mière vic­toire en GP, à Br­no, en 2014. La ré­com­pense de tous les ef­forts ac­com­plis du­rant des an­nées.

[3] Après avoir si­gné la pole po­si­tion, l’al­bi­geois en­chaîne en rem­por­tant la pre­mière course de la sai­son 2015 au Qa­tar. Et une roue ar­rière pour fê­ter ça ! [4] S’il avait dé­jà pu pi­lo­ter au so­leil cou­chant en GP pen­dant le warm-up au Qa­tar, Alexis a dé­cou­vert en sep­tembre der­nier le pi­lo­tage de nuit, sans ar­ti­fices lu­mi­neux, au Bol d’or, sur le cir­cuit Paul-ri­card.

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