DA­NI­LO AU BOU­LOT

Au Qa­tar, Jules Da­ni­lo était per­du. En Ar­gen­tine, il a souf­fert d’une in­toxi­ca­tion ali­men­taire. Mais le Fran­çais ne lâche pas le mor­ceau. Et au Texas, il a re­trou­vé ses sen­sa­tions.

Moto Journal - - MOTO3 -

Ven­dre­di ma­tin, dans le pad­dock d’aus­tin, c’est un Jules tout sou­rire que je re­trouve après son steak ar­gen­tin em­poi­son­né : « J’avais ja­mais eu de per­fu­sion de ma vie, et là j’étais tel­le­ment ma­lade qu’ils m’ont in­jec­té un litre de ré­hy­dra­tant pour me re­ta­per ! J’ai per­du du poids et j’étais cre­vé ! Mais, de­puis, je suis ren­tré en France et je me suis bien en­traî­né avec ma Yam 125 4T do­tée de pneus Mo­to3. C’est la même que Jo­hann [Zar­co] uti­li­sait. »

LA­VAGE DE CER­VEAU

« Bon, alors, tu as pris la dé­ci­sion de te faire en­voû­ter ? » Jules se marre. Au Qa­tar, son père re­gret­tait que son re­je­ton n’ait pas re­cours à un psy­cho­logue du sport pour ré­soudre ses sou­cis de pi­lo­tage. Mais en pi­lote in­tel­li­gent, Jules a fi­na­le­ment chan­gé d’avis : « Ça n’a pas été trop com­pli­qué, j’ha­bite à Sant Cu­gat, dans la ban­lieue de Bar­ce­lone, et le Centre d’alt Ren­di­ment n’est qu’à un ki­lo­mètre. C’est comme l’in­sep (Ins­ti­tut na­tio­nal du sport). Là-bas, j’ai deux séances d’en­traî­ne­ment par se­maine, du­rant les­quelles je bosse la pro­prio­cep­tion, c’est-à-dire les ré­flexes et la co­or­di­na­tion. Ils me mettent en équi­libre sur un pla­teau, puis lancent une balle de ten­nis dans mon dos, que je dois rat­tra­per sans tom­ber. On fait aus­si de la vi­sua­li­sa­tion, c’est-à-dire qu’on se re­passe men­ta­le­ment tous les vi­rages d’un cir­cuit avec un bâ­ton, qui nous sert de gui­don pour mi­mer les courbes, et un chro­no pour voir si les images dé­filent à la bonne vi­tesse. Le but est de ré­pli­quer notre chro­no au dixième près, afin de voir si nos re­pères sont pré­cis. » Une tech­nique éga­le­ment uti­li­sée par Mar­quez et, sur­tout, Viñales. « En­fin, entre chaque course, je tra­vaille avec un psy­cho­logue du sport, le même que ce­lui de Lo­ren­zo. » Comme par ha­sard, dès après la pre­mière séance, Jules re­trouve le fee­ling qu’il avait per­du de­puis le Mu­gel­lo en 2016. Ce­la se tra­duit par le 14e chro­no en se­conde séance libre, alors que de­puis plu­sieurs mois, il ne dé­col­lait plus de la se­conde page du clas­se­ment, au-de­là

de la 21e place. « Ça fait vrai­ment plai­sir de pi­lo­ter à nou­veau en confiance. L’autre er­reur que j’avais com­mise, c’est de me ba­ser sur les ré­glages de mon co­équi­pier [Ro­ma­no Fe­na­ti], car il est plus ra­pide que moi. Mais ses ré­glages sont à l’op­po­sé de ceux qu’uti­lisent les autres pi­lotes Hon­da, et ne fonc­tionnent que pour lui. Il a donc fal­lu que je me fasse confiance et que j’aille dans ma propre di­rec­tion. » Et ça, c’est sû­re­ment le psy­cho­logue qui y a contri­bué.

JULES SE RE­TROUVE

Le len­de­main, Jules ne par­vient pas à sor­tir un tour ra­pide dans l’exer­cice dé­li­cat de la qua­lif, et ne signe que le 21e temps. Mal­gré tout, il reste se­rein, sa­chant que son rythme de course est bon. Et ça paye en course, avec les pre­miers points de la sai­son et une belle 13e place. « Je suis content pour les points mais dé­çu de ne pas fi­nir 10. J’étais 10e dans l’avant-der­nier vi­rage. Dar­ryn [Bin­der] s’est com­plè­te­ment lou­pé. Il a re­croi­sé la traj’ pour ve­nir me tas­ser. Ça a blo­qué mon frein avant et j’ai failli me prendre le mur à l’in­té­rieur. Je ne sais même pas com­ment je suis res­té sur mes roues. Mais bon, je sors de deux week-ends ca­tas­tro­phiques. On s’est vrai­ment re­mis en ques­tion. On a mis la mo­to à l’en­vers et par mi­racle, ça a fonc­tion­né. Je suis al­lé beau­coup plus vite que l’an der­nier Ma sai­son peut com­men­cer ! » Qu’est-ce que tu ap­pelles à l’en­vers ? « On a un res­sort de 12 new­tons en moins à l’ar­rière [soit une force de 1,22 kg]. Mon co­équi­pier est le seul qui ar­rive à rou­ler avec des res­sorts très très durs, et le fait de com­pa­rer les ac­qui­si­tions de don­nées nous a mal ai­guillés. De­puis les pre­miers tests à Va­lence, je n’avance pas sur cette mo­to. On a po­sé plein de ques­tions, on s’est ren­sei­gnés, et on a ap­pris qu’il fal­lait rou­ler avec des res­sorts beau­coup plus souples et une hy­drau­lique plus fer­mée. En fait, il y a une nou­velle biel­lette, et les ré­glages de l’an der­nier ne veulent plus rien dire. » Avec une bonne qua­lif, il y avait même de quoi se battre dans le top-10. Ce de­vra être l’ob­jec­tif à Je­rez.

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[1] Ça re­vient Da­ni­lo était 10e dans l'avant­der­nier vi­rage, quand Dar­ryn Bin­der a failli l'en­voyer dans le mur… Sa 13e place est tou­te­fois de bon au­gure après une sale pé­riode. [2] Ma­la suerte Pole po­si­tion et dé­part en tête, tout a bien com­men­cé pour Aron Ca­net. Mais la se­conde course lui a beau­coup moins bien réus­si. [3] Tri­plé Hon­da Large vic­toire de Ro­ma­no Fe­na­ti de­vant Mar­tin et Di Gian­nan­to­nio. Seules deux KTM se hissent dans le top-8 (Bu­le­ga, 5e, et Gue­va­ra, 6e). 2

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