AFRI­CA TRIP

Ce­la fait plus de cinq mois que nous avons com­men­cé notre voyage de cinq ans. Nous avons tra­ver­sé la France, l’es­pagne et le Por­tu­gal as­sez vite. C’est en Afrique que nous vou­lions être, le plus vite pos­sible, Ca­ro­line et moi !

Moto Journal - - CONTACT - PAR Ca­ro­line et Tom de Mits, TEXTE et PHO­TOS

Par les su­perbes pistes du Ma­roc, nous sommes ar­ri­vés dans le bac à sable de la Mau­ri­ta­nie. Après le Sé­né­gal et la Gam­bie, nous en­trions au Ma­li. L’en­vi­ron­ne­ment évo­luait du sable sec entre le Ma­roc et le Bur­ki­na Fa­so, à la cha­leur et la ver­dure au centre du Gha­na. Nous avons tra­ver­sé le To­go, le Bé­nin et le Ni­gé­ria pour ar­ri­ver dans les fo­rêts tro­pi­cales du Ca­me­roun et du Ga­bon. Plus nous des­cen­dions vers le sud, plus il fai­sait hu­mide. De l’eau et de la boue, nous en avons vu beau­coup. Au­jourd’hui, nous sommes à Pointe Noire, au Con­go­braz­za­ville, pour quelques jours. Les mo­tos ont be­soin d’un peu d’at­ten­tion et nous de­vons at­tendre les vi­sas an­go­lais.

LE GOUDRON OU LA PISTE ?

Même pour nous qui ai­mons tant les pistes, il est dif­fi­cile de tra­ver­ser l’afrique sans suivre des routes as­phal­tées. La plu­part des grands axes sont gou­dron­nés, quoi que ce soit un grand mot dans la plu­part des cas. La route est sou­vent par­se­mée de trous pro­fonds, dus aux gros ca­mions. Heu­reu­se­ment, nos mo­tos sont agiles, mais nous de­vons faire fort at­ten­tion aux chauf­feurs fous qui es­saient d’évi­ter ces grands trous et vous en­voient lit­té­ra­le­ment dans le dé­cor. Les pistes sont moins fré­quen­tées, mais le ter­rain est sou­vent beau­coup plus dif­fi­cile. Et il y a le sable aus­si. Dé­tes­té par beau­coup de mo­tards, ado­ré par d’autres. Ca­ro­line en a hor­reur, mais moi, j’ap­pré­cie un bout de piste sa­blon­neuse de temps en temps. Quand on tra­verse le Sa­ha­ra, on n’a pas vrai­ment le choix. Main­te­nant, nous avons trou­vé un équi­libre : Ca­ro se dé­brouille plu­tôt bien, quant à moi, j’ai dû adap­ter un peu mes at­tentes. Mais quand je vois une dune ten­tante de­vant moi, je ne ré­siste pas et je me laisse al­ler. Boys will be boys. Nos Hus­kies sup­portent bien le voyage. Nous avons dû nous y ha­bi­tuer, mais elles s’avèrent gé­niales pour ce type de voyage. Elles sont lé­gères, puis­santes et elles portent le poids des ba­gages sans pro­blème. Et il y a leur fia­bi­li­té aus­si : à part trois cre­vai­sons et quelques filtres à air cras­seux, nous n’avons pas en­core dû nous sa­lir les mains. En gé­né­ral, en Afrique oc­ci­den­tale, les gens sont plu­tôt chill, cu­rieux et ser­viables, tant que nous nous adap­tons à leur rythme. Ce qui n’est pas trop dif­fi­cile pour nous… Nous avons été ar­rê­tés par des po­li­ciers ou des mi­li­taires des mil­liers de fois.

Au dé­but, tou­jours, une ins­pec­tion mi­nu­tieuse de nos do­cu­ments ou même un contrôle des coffres. Jus­qu’à ce que nous ap­pre­nions que se ser­rer la main – tout comme les ras­ta­fa­ris –, un poing ou sim­ple­ment le ré­cit de notre his­toire fai­saient des mi­racles. Nous n’avons plus ja­mais dû mon­trer un seul pa­pier. Les contrôles of­fi­ciels ont fait place à la sur­prise et l’éton­ne­ment : «Wooooooow, de Bel­gique en Afrique du Sud ? A mo­to ? Avec une femme ? » Ils vont vite cher­cher leurs col­lègues et es­saient d’ob­te­nir notre nu­mé­ro de té­lé­phone, parce qu’ils veulent tous être des amis. La tente de­vait être notre mai­son pen­dant le voyage, mais cette idée a été re­con­si­dé­rée après quelques mois. Il n’est pas du tout dif­fi­cile de trou­ver un bon en­droit pour la mon­ter, on en trouve par­tout. Mais à me­sure que le temps pas­sait, les chambres de­ve­naient tel­le­ment bon mar­ché que nous n’avions plus en­vie de cher­cher l’en­droit idéal – sans cailloux ni in­sectes –, de fi­cher les pi­quets dans la terre, de gon­fler les ma­te­las et de dé­mé­na­ger tout ce qui n’est pas at­ta­ché à la mo­to. La plu­part du temps nous trou­vions un lo­ge­ment pour 8 €, voire moins. Dans les pe­tits vil­lages dé­ser­tés, nous avons même dor­mi gra­tui­te­ment. Sans luxe bien sûr : il n’y avait presque ja­mais d’eau cou­rante, ni d’élec­tri­ci­té. Et quand il fait beau, nous dor­mons au bord de la piste, sous les étoiles ! Les deux der­niers jours, nous avons dé­cou­vert le couch­sur­fing : un ap­par­te­ment avec trois chambres avec tout ce qu’il nous faut au coeur de Pointe Noire au Con­go, tout à fait gra­tuit ! Nous au­rions pu tom­ber plus mal.

MAUDITS CHAMEAUX !

Quand on voyage à mo­to, ça tourne for­cé­ment mal à un mo­ment don­né sur la piste. Mais que ce­la ar­rive tel­le­ment vite, nous ne l’avions pas pré­vu. Ca­ro­line a été je­tée de sa mo­to sur une piste en Mau­ri­ta­nie et s’est fê­lé une sé­rie de côtes. Moi-même, je me suis cas­sé le pied sur une piste ma­lienne. Heu­reu­se­ment, les mo­tos s’en sont sor­ties sans dé­gâts consi­dé­rables. Au­jourd’hui, le pied est gué­ri et Ca­ro­line peut à nou­veau dor­mir sur les deux cô­tés, mais nous avons ti­ré des le­çons de nos er­reurs : nous y al­lons plus dou­ce­ment. La roue avant monte moins sou­vent en l’air et la du­rée de vie des pneus ar­rière s’al­longe. Nous vou­lons ren­trer en­tiers de ce voyage. Mal­gré les muscles fes­siers cri­blés de vac­cins avant notre dé­part, les mé­di­ca­ments contre le

pa­lu­disme et toutes les pré­cau­tions que nous pre­nons, nous avons quand même été très ma­lades. Ces sa­crés mous­tiques m’ont bien eu au Bur­ki­na Fa­so, et nous avons tous les deux souf­fert de sal­mo­nel­lose au Ni­gé­ria. Ce qui n’est pas vrai­ment éton­nant quand on voit l’état cras­seux de la plu­part des cui­sines ici. Mais c’est l’afrique. On s’y fait… Au dé­but de notre voyage, nous voyions plein de chèvres, de mou­tons et sur­tout de chameaux. Après, il y eut les vaches et les chiens. C’est vrai, ce ne sont pas les ani­maux les plus im­pres­sion­nants, mais ils nous ont quand même pro­cu­ré des mo­ments de sus­pense. Les chèvres et les mou­tons ont conscience du dan­ger, c’est cer­tain. Quand on ar­rive à mo­to, ils s’en vont le plus vite pos­sible. Ils sont pré­vi­sibles. Les vaches sont bien or­ga­ni­sées. Sous la sur­veillance des plus âgées du trou­peau, elles font tra­ver­ser le groupe en toute sé­cu­ri­té, pour – avec beau­coup de dis­ci­pline – faire place au tra­fic en­suite. Les chameaux sont un vrai cau­che­mar ! Ils ne se sont pas du tout conscients du dan­ger et tra­versent tou­jours la route juste au mo­ment où on veut les dé­pas­ser… tout en pre­nant leur temps. Ils vous re­gardent avec l’air de dire : « Quoi ? Qu’est-ce que tu re­gardes ? » Ce n’est donc pas éton­nant que des ca­davres de chameaux gisent par­tout sur les routes ma­ro­caines et sé­né­ga­laises. En avan­çant, les ani­maux que nous croi­sions de­ve­naient plus exo­tiques : des pha­co­chères, des ser­pents, des fla­mants roses, des oi­seaux de proie, des ge­ckos, des va­rans et des singes. Nous al­lions re­pé­rer des hip­po­po­tames au Bur­ki­na et nous voyions des cro­co­diles, des an­ti­lopes et d’autres pe­tits ani­maux sau­vages. Mais le plus beau mo­ment reste la ren­contre avec un trou­peau de sept

élé­phants co­los­saux au Gha­na. Ils man­geaient à 30 m de nous… In­croyable ! Nous pro­gres­sons vite en Afrique Cen­trale en ce mo­ment et, si tout se passe bien pour les vi­sas, nous conti­nue­rons notre route par le Con­go-kin­sha­sa, l’an­go­la, la Zam­bie, le Ma­la­wi et le Mo­zam­bique. Nous de­vrons en­core suivre quelques routes boueuses, mais après l’an­go­la, le temps de­vien­dra plus sec, heu­reu­se­ment. Nous vou­lons ar­ri­ver au Cap fin juillet. De là, les mo­tos se­ront ex­pé­diées en Amé­rique du Sud… Mais nous n’en sommes pas en­core là. Per­sonne ne peut dire ce qui va se pas­ser d’ici là !

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1 [1] Tom sur la piste d’as­sa à Sma­ra, au Sa­ha­ra Oc­ci­den­tal.

[2] La piste vers Tchi­ban­ga, au Ga­bon.

[3] Les dunes d’erg Cheb­bi, au Ma­roc.

[4] A Kan­dé, au nord du To­go, cet homme a fixé nos mo­tos pen­dant plus de dix mi­nutes. Sans au­cun signe d’ex­ci­ta­tion…

[5] De­re­chef, la piste qui conduit d’as­sa à Sma­ra.

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[11] Les chutes de Goui­na à l’ouest du Ma­li.

[10] Plein d’en­thou­siasme sur la piste vers Wli, au Gha­na.

[7] Ca­ro­line sur la piste près du lac Bo­sumt­wi.

[9] Ago­go, au Gha­na.

[8] Des plages dé­sertes, Lim­bé, Ca­me­roun.

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