BOL D'OR

LA 81e édi­tion Du Bol d’or ou­vrait la sai­son d’en­du­rance mon­diale 2017-2018. Si la ba­garre a été om­ni­pré­sente avec, en point d’orgue, la su­perbe vic­toire du GMT 94, le tout frais cham­pion du monde, plu­sieurs in­ter­ro­ga­tions planent au-des­sus du cham­pion­nat

Moto Journal - - SOMMAIRE - PAR NOS EN­VOYÉS SPÉ­CIAUX Va­len­tin Rous­sel et Fran­çois Le­maur, avec Va­lé­rie Mo­re­no et Pi­lar Do­merge PHO­TOS Good-shoot et VR

Vic­toire du GMT 94 et in­ter­ro­ga­tions

L’En­du­rance est sans doute la seule dis­ci­pline dans l’uni­vers des sports mo­to à pro­po­ser ce genre d’images. Il y a bien sûr cette fa­meuse course à pied pour re­joindre sa ma­chine et en­ta­mer cette longue aven­ture à la fois hu­maine et spor­tive. Les lu­mières du cou­cher et du le­ver de so­leil par­ti­cipent éga­le­ment à créer une am­biance unique. Comme ces phares qui brillent tout au long de la nuit à des vi­tesses folles. Au fur et à me­sure des heures, on peut éga­le­ment consta­ter les ef­fets de la fa­tigue et de la du­re­té de la course.

HIS­TOIRES PASSIONNANTES

Entre les mé­ca­ni­ciens qui trouvent le som­meil pour seule­ment quelques mi­nutes avant un pro­chain ra­vi­taille­ment et des ma­chines de plus en plus mar­quées par le rythme im­po­sé par leurs pi­lotes, l’en­du­rance offre aus­si des his­toires passionnantes. Ce­la a d’ailleurs été le cas au cours de ce Bol, qui ou­vrait la nou­velle sai­son du cham­pion­nat du monde, sai­son se dis­pu­tant dé­sor­mais – de­puis un an – à che­val sur deux. Après seule­ment un peu plus de trente mi­nutes de course, la Ka­wa­sa­ki SRC, qui s’était élan­cée de la pole, a en ef­fet vu ses chances de vic­toires s’en­vo­ler. Do­mi­na­trice de­puis le dé­but des es­sais libres, la for­ma­tion de Gilles Sta­fler a connu une casse mo­teur. Les vi­sages de Ran­dy de Pu­niet, Fa­bien Fo­ret et Ma­thieu Gi­nès en di­saient d’ailleurs long sur leur dé­cep­tion. La course de la Hon­da du team Na­tio­nal Mo­tos a éga­le­ment consti­tué un fil rouge in­tense. Alors que Da­mian Cud­lin de­vait dis­pu­ter la course avec Eme­ric Jon­chière et Sté­phane Egea, l’aus­tra­lien a fi­na­le­ment dé­ci­dé de ne pas prendre le dé­part suite à ses chro­nos aux es­sais. « C’était dif­fi­cile à vivre pour lui d’être moins ra­pide que ses deux com­pères. Nous avons donc dé­ci­dé d’un com­mun ac­cord de mettre fin à notre col­la­bo­ra­tion », di­sait Sté­phane Had­dadj, le team-ma­na­ger, peu avant le dé­part. L’équipe ba­sée à La Ga­ren­ne­co­lombes a bien es­sayé de trou­ver un rem­pla­çant ; en vain. « Ce­la ap­porte en tout cas de la mo­ti­va­tion au sein de toute l’équipe. C’est un sa­cré chal­lenge », nous confiait en­core Sté­phane Had­dadj. Ce­la se­ra une réus­site. Mal­gré

des pro­blèmes au ni­veau du mo­teur dans les der­nières mi­nutes, les deux hommes sont par­ve­nus à pas­ser la ligne d’ar­ri­vée à la vingt-sep­tième place, perf qui leur vau­dra d’ailleurs de rem­por­ter le tro­phée Anthony-del­halle. Cette course mar­quait éga­le­ment les dé­buts du Sert avec la nou­velle GSX-R. En tête en dé­but d’épreuve, les hommes de Do­mi­nique Hé­brard ont fi­na­le­ment connu des pro­blèmes tech­niques au ni­veau de la chaîne, du sé­lec­teur, ou en­core sur un cap­teur de roue ar­rière, qui an­ni­hi­le­ront leurs chances de mon­ter sur la plus haute marche du podium puis­qu’ils ter­mi­ne­ront à la sep­tième place.

UNE SAI­SON SUR DEUX AN­NÉES QUI POSE QUES­TION

Do­mi­nique Hé­brard s’at­ten­dait ce­pen­dant à des dé­buts dif­fi­ciles. De­puis l’an­née der­nière, le cham­pion­nat du monde d’en­du­rance se dé­roule en ef­fet sur deux an­nées ci­viles. Un point qui, se­lon le ma­na­ger du Sert en l’ab­sence de Do­mi­nique Mé­liand, n’est pas sans po­ser pro­blème : « Ce for­mat nous met dans l’em­bar­ras. Pour tous les construc­teurs, à chaque fois qu’une nou­velle mo­to sor­ti­ra, ce­la se­ra com­pli­qué. En En­du­rance, nous ne sommes pas struc­tu­rés comme des équipes du cham­pion­nat du monde Su­per­bike ou de Mo­togp. Nous n’avons pas une équipe à l’ate­lier pour le dé­ve­lop­pe­ment. Nous, nos gars chargent les ca­mions, montent la struc­ture et s’oc­cupent éga­le­ment de la tech­nique et de la mise au point. » Fran­çois Ri­bei­ro, qui est à la tête d’eu­ro­sport Events, le pro­mo­teur du cham­pion­nat, en­tend ces contraintes. Sur­tout qu’il n’y a seule­ment que quelques se­maines d’écart entre la fin et le dé­but d’une nou­velle sai­son. Il ex­plique : « Ce­la re­pré­sente un pro­blème, oui et non. Nous avons dé­con­nec­té les ho­mo­lo­ga­tions des mo­tos avec les an­nées ca­len­daires pour lais­ser à un construc­teur la pos­si­bi­li­té d’ar­ri­ver avec une nou­velle mo­to à peu près quand il le sou­haite. » Fran­çois Ri­bei­ro est aus­si conscient qu’avec ce for­mat de ca­len­drier, il peut y avoir des pro­blèmes au ni­veau des contrats des pi­lotes. Par exemple, Hu­go Clere, qui a si­gné avec le Ju­nior Team Su­zu­ki, va dis­pu­ter la der­nière course du cham­pion­nat de France Su­per­bike sur la Ya­ma­ha du team Mo­to Ain. « Pour les plus grosses

équipes, je n’ai pas l’im­pres­sion que ce­la a re­pré­sen­té des dif­fi­cul­tés in­sur­mon­tables, loin de là, conti­nue Ri­bei­ro. Pour les autres, l’in­sta­bi­li­té qu’ils ont dans les équi­pages n’est pas for­cé­ment liée au ca­len­drier qui est à che­val sur deux an­nées. » Les spon­sors ont, quant à eux, sou­vent des bud­gets sur une seule an­née. Si cer­tains confirment qu’ils ren­contrent des sou­cis dans leurs re­cherches, Eu­ro­sport Events, tou­jours par l’in­ter­mé­diaire de Fran­çois Ri­bei­ro, « pense que la contrainte n’est pas si forte ce­la. » Et si, pour l’ins­tant, il y a sept mois d’écart entre la pre­mière manche de la sai­son et la deuxième, le pro­mo­teur sait que ce “trou” n’est pas bon pour son cham­pion­nat. Il tra­vaille ain­si sur l’ins­tal­la­tion d’une manche en fé­vrier en Asie et, pour­quoi pas, à terme, à une autre épreuve dans

l’hé­mi­sphère sud en no­vembre ou en dé­cembre, après le Bol d’or.

CAR­TON PLEIN POUR LE GMT

En at­ten­dant, le pro­mo­teur se frotte les mains du spec­tacle en piste. Le Bol d’or en a d’ailleurs été la preuve cette an­née. Les ba­garres ont en ef­fet été nom­breuses du­rant ces 24 heures. Il y a eu la passe d’armes peu avant 20 h entre le Sert et le GMT 94, puis ce bras de fer qui s’est en­ga­gé entre la for­ma­tion de Ch­ris­tophe Guyot et la Hon­da du team FCC alors en tête. Pen­dant plu­sieurs heures, les pi­lotes de ces deux ma­chines n’ont ces­sé d’être sur le fil en bou­clant des tours sous la barre des deux mi­nutes. « Dans ce cas, on se de­mande qui va cra­quer avant l’autre. Et ce­la au­rait pu être nous ! », di­ra même Ch­ris­tophe Guyot après l’ar­ri­vée. C’est fi­na­le­ment la FCC qui cra­que­ra dans la ma­ti­née avec une chute d’alan Te­cher. Le GMT a en tout cas réa­li­sé un car­ton plein. Pas­sant en tête après huit puis seize heures de course avant de fran­chir la ligne d’ar­ri­vée en vain­queur, l’équipe d’ivry­sur-seine re­part du Cas­tel­let avec le maxi­mum de points pos­sibles dans sa be­sace. Si la BMW du team Penz13 est par­ve­nue à mon­ter sur la deuxième marche du podium, la lutte pour la troi­sième place a éga­le­ment été in­tense. Jusque dans les der­nières se­condes, la Hon­da En­du­rance Racing et la BMW du team Voëlk­per se sont ren­du coup pour coup. Sé­bas­tien Gim­bert trou­ve­ra fi­na­le­ment la faille sur Lu­cy Glö­ck­ner qui n’au­ra ces­sé d’épa­ter les ob­ser­va­teurs du­rant la course. Bien sûr, la route est en­core longue jus­qu’à la fi­nale qui se dé­rou­le­ra à Su­zu­ka, en juillet 2018. Les deux der­niers cham­pion­nats se sont d’ailleurs joués pour seule­ment un point. Le ba­rème des points est en plus va­lo­ri­sé pour la fi­nale au Ja­pon.

SU­ZU­KA, UNE MANCHE “HORS CHAM­PION­NAT ?”

Su­zu­ka est d’ailleurs sur toutes les lèvres des ac­teurs du cham­pion­nat du monde. Plu­sieurs la consi­dèrent même comme une épreuve ne fai­sant pas par­tie du cham­pion­nat. Par rap­port aux autres courses eu­ro­péennes, plu­sieurs points dif­fèrent. Il y a, par exemple, une su­per­pole au Ja­pon, alors que ce n’est pas le cas lors des autres

courses. Dès lors, pour­quoi ne pas avoir le même sché­ma de qua­li­fi­ca­tion sur l’en­semble du cham­pion­nat ? Fran­çois Ri­bei­ro ré­pond : « Ce n’est pas à l’ordre du jour. C’est une spé­ci­fi­ci­té de Su­zu­ka. Et puis, j’ai obli­gé les Ja­po­nais à chan­ger leurs règles pour que l’ac­cès à la Su­per­pole se fasse sur la moyenne des trois pi­lotes. La phi­lo­so­phie du cham­pion­nat est donc res­pec­tée. » Les dif­fé­rences entre les équipes ja­po­naises et les équipes eu­ro­péennes sont aus­si im­por­tantes. Alors que sur une course de huit heures en Eu­rope, l’écart entre le pre­mier et le deuxième est en gé­né­ral d’une ving­taine de se­condes, la dif­fé­rence entre la ma­chine de tête à Su­zu­ka et la pre­mière ma­chine dis­pu­tant l’in­té­gra­li­té du cham­pion­nat est de plu­sieurs tours. Pour­quoi tant de dif­fé­rence ? Cette an­née, la Fé­dé in­ter­na­tio­nale et le pro­mo­teur ont pris la dé­ci­sion de contrô­ler les dix pre­mières ma­chines à l’ar­ri­vée, ain­si

que les trois pre­mières mo­tos par­ti­ci­pant à l’in­té­gra­li­té du cham­pion­nat. Rien d’anor­mal n’a été dé­ce­lé. Si le choix des pi­lotes, avec des pen­sion­naires du Su­per­bike ou des Grands Prix peut être un fac­teur, comme les pneus, on a du mal à ima­gi­ner qu’il re­pré­sente au­tant d’écart. A l’heure ac­tuelle, le rè­gle­ment com­porte des res­tric­tions au ni­veau du mo­teur et du châs­sis, mais au­cune sur la par­tie élec­tro­nique. Est-ce dû à ce­la ? C’est ce que cer­tains avancent. Du cô­té de la Fim, une res­tric­tion n’est en tout cas pas à l’ordre du jour. « On en dis­cute mais pour le mo­ment, il n’y a au­cune avan­cée no­toire sur ce su­jet, in­forme Pa­trick Cou­tant, le di­rec­teur de l’épreuve. Je ne dis pas que ce­la se­ra tou­jours le cas dans cinq ans, mais pour l’ins­tant… » Fran­çois Ri­bei­ro ajoute : « On veut que ce­la reste un ter­rain d’ex­pres­sion tech­no­lo­gique. Après, si ce­la oc­ca­sionne une flam­bée des coûts et que ce­la im­pacte les équipes… » En at­ten­dant, le cham­pion­nat va en­trer dans sa pé­riode d’hi­ber­na­tion. La pro­chaine épreuve se dé­rou­le­ra en ef­fet en avril 2018 à l’oc­ca­sion des 24 Heures du Mans.

Sixième sur la grille de dé­part, le GMT 94 ne fai­sait pas for­cé­ment par­tie des fa­vo­ris. Mais la R1 a brillé par sa fia­bi­li­té. Au­cun sou­ci tech­nique en2 4 heures et une vic­toire avec neuf tours d'avance sur le deuxième.

[1] Dé­part confus Au­teur de la pole po­si­tion, Ran­dy de Pu­niet n'était pas en tête au pre­mier vi­rage. Cin­quième sur la grille, la Hon­da n° 111 du HER a pris un dé­part ca­non. [2] Le GMT constant Au­teur d'un dé­part moyen, le GMT94 s'est ra­pi­de­ment re­trou­vé en lutte pour la pre­mière place. Après 2 h 30 de course, la R1 pas­sait la Hon­da n° 5 du F.C.C. TSR. [3] Ka­wa part fort Ul­tra­do­mi­na­teur lors des qua­li­fi­ca­tions et au­teur de la pole, de Pu­niet avait dé­jà 6 se­condes d'avance au bout de 15 tours. En moyenne, la Ka­wa SRC tour­nait une se­conde plus 2

1

[4] Titre en vue Mike di Me­glio, David Chec­ca et Nic­co­lo Ca­ne­pa conti­nuent sur leur bonne lan­cée de 2016. Ils prennent lo­gi­que­ment la tête du cham­pion­nat du monde. [5] La Ka­wa lâche Stu­pé­fac­tion dans le pu­blic et dans la salle de presse lorsque Ran­dy De Pu­niet ra­mène la Ka­wa­sa­ki n° 11 au box après seule­ment 34 mi­nutes de course. Les mé­ca­nos s'ac­tivent ra­pi­de­ment sur la ZX-10R, mais, au fur et à me­sure que les mi­nutes passent, les vi­sages se ferment. Le ver­dict ne tarde pas : casse mo­teur. Après tout juste une de­mi-heure de course, le fa­vo­ri tombe ! Ça com­mence fort.

3

1

[1] Vieille lea­der Alors qu'on ne l'at­tend pas for­cé­ment, la Hon­da n° 5 se montre à la fois ra­pide et fiable. Elle s'avère même plus per­for­mante que la ma­chine du team of­fi­ciel. Une belle preuve que la pré­cé­dente Fi­re­blade, bien ré­glée, avait de la res­source. Elle fi­nit 6e. [2] Le Bol à deux Men­tion spé­ciale à Eme­ric Jon­chière et Sté­phane Egea, qui ont me­né toute la course à deux. 25e sur la grille de dé­part le sa­me­di, le team Na­tio­nal Mo­tos ter­mine 27e. Les deux hommes ont donc rou­lé cha­cun douze heures...

3

Le team of­fi­ciel Hon­da n'a pas connu un week-end fa­cile. Mais au fi­nal, la 3e place est là

2

[3] Lea­der lar­gué So­lide lea­der de la course en dé­but de nuit, le SERT, ici à la pour­suite de la Hon­da 111, a pro­gres­si­ve­ment vu son avance sur ses concur­rents fondre. A 23 h, la Su­zu­ki n° 2 connaît un pre­mier pé­pin au mo­ment d'un ar­rêt au stand. Elle fi­nit 7e.

1

[1] Out­si­der Sans faire de bruit, le team BMW We­pol a dé­bar­qué en fin de course sur le podium. On­zièmes sur la grille de dé­part, Mar­kus Rei­ter­ber­ger, Ales­san­dro Po­li­ta et Dan­ny Webb étaient sur­pris de leur ré­sul­tat en confé­rence de presse ! [2] Si près du but Les teams BMW étaient par­ti­cu­liè­re­ment en forme en fin de course. La S 1000 RR n° 48 a en­ta­mé le der­nier tour en troi­sième po­si­tion. Lu­cy Glo­ck­ner, une de ses pi­lotes, a même failli être la pre­mière femme sur le podium du Bol d'or ! 2

3

[3] Nuit sur­vol­tée Par leur lutte achar­née, le SERT et le GMT 94 ont ani­mé une bonne par­tie de la nuit. Les deux équipes tour­naient ré­gu­liè­re­ment en des­sous des deux mi­nutes. Ch­ris­tophe Guyot (GMT) di­ra même : « Si vous tour­nez dans ces temps en pleine nuit, il n'y a pas de marge d'er­reur. »

2 1

[1] Ges­tion de course La vic­toire du GMT s'est dé­ci­dée en dé­but de ma­ti­née. Après la chute de la Hon­da n° 5, la R1 avait en ef­fet dix tours d'avance sur la concur­rence. [2] Stock en forme En Su­per­stock, c'est le Ta­ti Team Beau­jo­lais Racing (9e) qui s'im­pose, de­vant les équipes Louit Mo­to (10e) et Ju­nior Team LMS Su­zu­ki (11e).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.