La mo­to Jivaro

Bob, c’est le type à qui il ne faut pas mettre une dis­queuse entre les mains. In­dian l’a pour­tant lais­sé faire, his­toire de trans­for­mer son cus­tom Scout en ver­sion Bob­ber…

Moto Journal - - CONTACT - PAR Ber­trand Thié­bault PHO­TOS In­dian

Le ther­mo­mètre af­fiche 25° sur la côte d’azur, mais au gui­don de cette In­dian Scout Bob­ber, les fesses à 649 mm du sol, j’ai plu­tôt l’im­pres­sion de faire de bobs­leigh dans les Alpes ! D’ailleurs, de bobs­leigh à Bob­ber, il n’y a qu’un pas, et j’avoue que je me marre au­tant que sur la neige, rem­pla­çant les prises de carres en vi­rage par de longs scriiiiiïïîîîîîît­chhhhh à chaque prise d’angle, re­pose-pieds plan­tés dans le bi­tume. Oh, rien ne m’y oblige, je pour­rais tout aus­si bien rou­ler un cran en des­sous, épar­gnant ain­si les er­gots et le bel échap­pe­ment noir sa­ti­né de mon Bob­ber. Mais voi­là, un pe­tit diable est ve­nu se coin­cer entre mon poi­gnet droit et la poi­gnée de gaz, his­toire de flat­ter mon ego dans d’élé­gantes gerbes d’étin­celles…

IN­DIEN JIVARO

Je ne sais pas trop ce qu’est l’es­prit bob­ber. Je peux juste vous dire que bob­bed si­gni­fie, à peu de choses près, re­cou­pé, rac­cour­ci, et c’est bien ce qui est ar­ri­vé à cette nou­velle dé­cli­nai­son de l’in­dian Scout – pro­non­cez “skâoutte” pour briller en so­cié­té ! La marque amé­ri­caine (oui, l’autre, parce qu’il n’y a pas que Har­ley-da­vid­son) a dû en­fer­mer un de ses em­ployés – le fa­meux Bob ? – dans un box avec une dis­queuse et pour mis­sion de cou­per tout ce qui dé­passe. Une sorte de Jivaro des temps mo­dernes. Le ré­sul­tat est là, sous vos yeux – et sous mes fesses –, avec une mo­to au look plus agres­sif ain­si trans­for­mée. Oh, ça ne tient pas à grand-chose : des garde-boue re­cou­pés au plus court, des sus­pen­sions abais­sées au maxi, un gui­don bas, un phare ca­po­té, des gros pneus, du noir plu­tôt que du chrome. Black is beau­ti­ful, même si le Bob­ber est pro­po­sé en d’autres co­lo­ris. Oui, ce mo­dèle a fière al­lure, cam­pé sur ces gros gom­mards sculp­tés. La fi­ni­tion est d’ailleurs des plus soi­gnées, tant au ni­veau des ma­té­riaux uti­li­sés, des trai­te­ments de sur­face, que de l’usi­nage des pièces. Il suf­fit de ta­po­ter du doigt sur le ca­po­tage de phare pour s’en convaincre, un élé­ment qui semble taillé dans la coque d’un croi­seur de com­bat ! Il y a juste le sup­port de plaque qui dé­tone, dé­pas­sant comme un porte-ba­gages à l’ar­rière de la mo­to, équi­pe­ment im­po­sé par les normes eu­ro­péennes quand les Etatsu­nis dis­posent d’une bien plus dis­crète plaque d’im­mat’ dé­por­tée au ni­veau du bras os­cil­lant, à gauche. Cô­té châs­sis, pas de cadre en mé­tal à fer­rer les ânes : le V-twin 1 133 cm3 est en­ser­ré par deux élé­ments en alu­mi­nium cou­lé, re­liés au-des­sus par deux tubes. Un châs­sis com­pact très mo­derne, à l’image de la gamme Scout pro­po­sée de­puis 2015, et le mo­teur est du même tonneau, conçu par le mo­to­riste Swis­sau­to : un V2 double arbre et quatre sou­papes re­froi­di par eau, un twin ca­pable de sor­tir près de 160 ch dans ses ver­sions ra­cing uti­li­sées par In­dian en dirt-track !

UN TWIN QUI DÉPOTE

D’ailleurs, si le mé­tal com­mence à man­quer au bout des re­pose-pieds, c’est un peu la faute de ce mo­teur. Il est ici dé­gon­flé à 94 ch afin de pou­voir être conver­ti en ver­sion A2 (47,5 ch) en res­pec­tant le rap­port poids/puis­sance im­po­sé par la norme, mais quelle santé ! Plu­tôt souple à bas ré­gime, il ré­pond avec vi­gueur à chaque coup de gaz, s’en­flamme au-de­là de 4 000 tr/ mn et dis­pose d’une belle al­longe, tout à l’op­po­sé d’un mo­teur culbu­té. Pas de vi­bra­tions désa­gréables sur ce bloc, mais juste un fu­cking good ca­rac­tère à peine es­tom­pé par le double échap­pe­ment aux normes Eu­ro 4. D’ailleurs, si Bob n’avait pas lu avec at­ten­tion le ca­hier des charges de nomes eu­ro­péennes en termes d’ho­mo­lo­ga­tion so­nore, soyez sûr qu’il au­rait col­lé là aus­si un bon coup de dis­queuse en sor­tie des tubes, his­toire de leur dé­ga­ger les trompes façon tra­chéo­to­mie ! Bon, on reste avant tout dans l’uni­vers du cus­tom, et le but du Scout Bob­ber n’est pas exac­te­ment de tor­piller une Du­ca­ti Pa­ni­gale à Phil­lip Is­land ni de dé­boî­ter une Haya­bu­sa sur au­to­route al­le­mande… Mais ce mo­teur est as­sez bluf­fant, à même de trô­ner pour­quoi pas dans un road­ster, un po­wer crui­ser, un flat-tra­cker. D’ailleurs, In­dian ne cache pas ses am­bi­tions en sou­hai­tant tri­pler ses ventes dans les trois pro­chaines an­nées avec une gamme bien plus large. Mais re­ve­nons à cette Bob­ber et au plai­sir que l’on peut prendre, à moins de 65 cm du sol, les pieds en avant (même si les re­pose-pieds ont été re­cu­lés par

rap­port à la Scout stan­dard), agrip­pé à ce gui­don bas dont les ré­tros in­ver­sés semblent pendre dans le vide – et dans les­quels on ne voit rien d’autre que ses coudes. Ou­bliez le confort avec 50 mm de dé­bat­te­ment ar­rière, mais l’en­gin tient la route, stable sur l’angle, avec un avant pas si lour­dingue dans les vi­re­ments de bord mal­gré le gros pneu avant de 130 de large sur une jo­lie jante de 16 pouces. On pour­rait émettre des doutes quant à ces pneus Ken­da K 761 au pro­fil mixte, mais ils n’ont pas les tra­vers de cer­tains que l’on voit gref­fés sur quelques scram­blers. Ici, pas de bruit de rou­le­ment dé­ran­geants et, sur le sec, ça tient tout à fait cor­rec­te­ment, vu les li­mites d’angle im­po­sées par la garde au sol. Ce sont peut-être des sa­von­nettes sur le mouillé (dé­so­lé, pas de pluie lors de notre essai…), mais qui sor­ti­rait une mo­to comme ça sous la pluie, pour en­suite pas­ser deux heures chif­fon à la main afin de re­don­ner un as­pect pré­sen­table à une si jo­lie mo­to ? Qui, hein ? Alors oui, j’ai un peu mal aux tripes en pon­çant gé­né­reu­se­ment les 255 kg du Scout Bob­ber sur les jo­lies routes de Pro­vence, telle une luge de plomb. En­core 100 bornes de vi­ro­los à ce rythme et le coude d’échap­pe­ment in­fé­rieur pour­rait bien s’ou­vrir comme une boîte de sar­dines, sans que Bob et sa dis­queuse viennent m’ai­der… At­ten­tion à ne pas trop prendre ap­pui sur l’échap­pe­ment dans les vi­rages à droite, l’ar­rière de la mo­to se sou­lève ! Eh oui, der­rière son ca­rac­tère mo­teur af­fir­mé, le Bob­ber n’est pas un road­ster spor­tif et montre vite ses li­mites, no­tam­ment avec un frei­nage à simple disque un poil lé­ger. L’in­dian est bien une mo­to amé­ri­caine : les Ri­cains ont da­van­tage le pied droit lourd que les doigts agiles sur un fin le­vier. Alors on s’adapte, et L’ABS est là au cas où, dis­cret et ef­fi­cace. En re­vanche, pas de contrôle de trac­tion ni de mode mo­teur, ce qui ne manque ab­so­lu­ment pas mal­gré les près de 100 Nm. Pas plus que ne manque une selle bi­place sur cette mo­to d’égoïste as­su­mé. Seul à bord, ca­lé sur mon so­fa en cuir, je me marre à ex­ploi­ter ce Scout à 100 % sans pour au­tant rou­ler à mach 10 ! Je ne sais tou­jours pas trop ce qu’est l’es­prit bob­ber, mais l’es­sen­tiel est de se faire plai­sir, libre, nez au vent, même en se traî­nant, sans prendre 58° d’angle comme Mar­quez, ni en frei­nant comme Do­vi­zio­so. C’est peut-être tout sim­ple­ment ça, l’es­prit bob­ber.

Le Scout Bob­ber est bien plus qu’une élé­gante mo­to de fri­meur : son V2 de 94 ch dépote gé­né­reu­se­ment !

1 Le gui­don bas colle bien avec la per­son­na­li­té du Bob­ber. L’af­fi­chage est as­sez riche – ex­cep­tion faite de la jauge à es­sence, man­quante – et com­man­dé au gui­don. Le compte-tours est di­gi­tal, dans la pe­tite fe­nêtre LCD. Pas be­soin d’an­gler comme Mar­quez pour pon­cer gé­né­reu­se­ment les re­pose-pieds ! Les er­gots ont fi­ni par dis­pa­raître et le pot su­bit lui aus­si les cha­touilles du bi­tume. At­ten­tion à ne pas al­ler trop loin… Le V-twin de la Scout est une réus­site : un mo­teur mo­derne et per­for­mant qui bluffe par son al­longe. Les Amé­ri­cains ont doit à une jo­lie pe­tite plaque d’im­mat’ dé­por­tée au ni­veau du bras os­cil­lant. En Eu­rope, In­dian est contraint de gref­fer ce dis­gra­cieux sup­port ho­mo­lo­gué. Les bri­co­leurs pour­ront cer­tai­ne­ment y fixer un bar­be­cue, les hors-la-loi op­te­ront plus cer­tai­ne­ment pour l’abla­tion sans anes­thé­sie. Le Bob­ber est une vraie mo­to d’égoïste, li­vrée avec une selle mo­no­place. Cette Scout est tout de même ho­mo­lo­guée bi­place : une selle pas­sa­ger est pro­po­sée en ac­ces­soire. 2

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Les gros gom­mards du Bob­ber ne han­di­capent pas trop son agi­li­té. La conduite est plu­tôt ri­go­lote, mal­gré la faible garde au sol !

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