La pi­lule ne passe pas

En se pro­non­çant pour le pas­sage à 80 km/h des routes se­con­daires dès juillet pro­chain, les pou­voirs pu­blics ont ba­lan­cé de l’huile sur le bra­sier in­can­des­cent de la sé­cu­ri­té rou­tière, sans vrai­ment te­nir compte de l’opi­nion pu­blique, de la re­pré­sen­ta­tion

Moto Journal - - ACTUS -

La grande ma­jo­ri­té des Fran­çais sont op­po­sés au pas­sage de 90 à 80 km/h sur le ré­seau rou­tier se­con­daire. Ce n’est un se­cret pour per­sonne de­puis plu­sieurs an­nées. Pas même pour nos édiles, tant les son­dages – se­lon la source, entre six et huit Fran­çais sur dix n’en veulent pas – sem­blaient clairs. A l’in­verse, ce n’est un se­cret pour per­sonne non plus, le der­nier Co­mi­té in­ter­mi­nis­té­riel de la sé­cu­ri­té rou­tière du 9 jan­vier l’a tout de même ac­té (MJ 2223).

LES SÉ­NA­TEURS AU FRONT

A comp­ter du 1er juillet 2018, il nous se­ra in­ter­dit de dé­pas­ser 80 km/h sur les routes

bi­di­rec­tion­nelles sans sé­pa­ra­teur cen­tral. Mais si la lé­gis­la­tion change, l’opi­nion, elle, ne change pas. Pas même celle des sé­na­teurs, qui se sont éle­vés contre il y a plu­sieurs se­maines dé­jà ; ils avaient alors ré­di­gé une lettre ou­verte au gou­ver­ne­ment, lui de­man­dant de com­mu­ni­quer les fa­meux ré­sul­tats de l’ex­pé­rience me­née sur les trois por­tions de na­tio­nales (80 km en tout) pen­dant deux ans. Une dé­marche qui n’est pas com­mune. Il faut dire qu’au-de­là du fond, le mode d’em­ploi uti­li­sé par le gou­ver­ne­ment sur ce su­jet laisse per­plexe. In­co­hé­rences dans le dos­sier de presse, mo­di­fi­ca­tions in­jus­ti­fiées des do­cu­ments avant pu­bli­ca­tion, il y a de quoi se po­ser des ques­tions ; ce que Mo­to Jour­nal n’a pas man­qué de faire dans son der­nier nu­mé­ro. Mais sur­tout, ne se­rait-ce pas la moindre des choses que de rendre pu­blics les ré­sul­tats de l’expérimentation me­née entre 2015 et 2017 ? A quoi bon des ex­pé­riences, si elles ne servent pas à prou­ver l’in­té­rêt de la mise en place d’un pro­jet ? Qui, si­non l’etat, a le de­voir de trans­pa­rence, de co­hé­rence et de cré­di­bi­li­té au­près des ci­toyens ? A ces ques­tions, le Sé­nat exige tou­jours des ré­ponses et ne s’est donc pas pri­vé de convo­quer Em­ma­nuel Barbe, le dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière, pour une au­di­tion au pa­lais du Luxem­bourg le 24 jan­vier. Ob­jec­tif des com­mis­sions des Lois et de l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable : ob­te­nir en­fin les ré­sul­tats com­plets de l’expérimentation des 80 km/h. De l’aveu même de M. Barbe de­vant les sé­na­teurs, « une étude sur deux ans n’a pas de per­ti­nence. » En­core moins lors­qu’elle n’est même pas des­ti­née à éva­luer l’ac­ci­den­ta­li­té, ce que nous in­di­quions dé­jà dans notre der­nier nu­mé­ro. Et l’aber­ra­tion est d’au­tant plus belle lorsque le Pre­mier mi­nistre lui-même se sert des­dits chiffres lors du compte-ren­du du CISR de­vant la presse. Bref, on n’au­ra de cesse de sou­li­gner la désar­mante mal­adresse du gou­ver­ne­ment dans l’an­nonce et la mise en place de cette me­sure.

MO­BI­LI­SA­TION GÉ­NÉ­RALE

Alors que les pé­ti­tions contre le 80 km/h en­re­gistrent tou­jours plus de si­gna­taires, les as­so­cia­tions de dé­fense des conduc­teurs se mo­bi­lisent pour don­ner de la voix. Le 3 fé­vrier, la FFMC, la Fé­dé­ra­tion des bi­kers de France, 40 mil­lions d’au­to­mo­bi­listes, la Fé­dé­ra­tion fran­çaise des au­to­mo­bi­listes ci­toyens, l’udel­cim et Valve ap­pellent à ma­ni­fes­ter mas­si­ve­ment contre le 80 km/h et ceux qui le sou­tiennent. Plu­sieurs as­so­cia­tions mo­tardes ont par ailleurs dé­ci­dé de tra­vailler en com­mun pour rap­pe­ler au gou­ver­ne­ment les axes ma­jeurs pour sau­ver des vies (lire l’en­ca­dré). De son cô­té, Em­ma­nuel Barbe s’est en­ga­gé à four­nir tous les élé­ments de cette ban­cale expérimentation. Dans le même temps, un groupe de tra­vail de sé­na­teurs du Rhône, de la Haute-saône et du Fi­nis­tère, (Mme Vul­lien, M. Rai­son, M. Fi­chet) planchent sur le su­jet avec pour es­poir, presque vain, d’in­ver­ser la va­peur.

PAR Fran­çois Le­maur PHOTO Pierre Or­luc (ar­chives) et Sé­nat

Le dé­lé­gué in­ter­mi­nis­té­riel à la sé­cu­ri­té rou­tière, lors d'une confé­rence de presse en 2015, ci-contre, et, à droite, le 24 jan­vier der­nier lors de son au­di­tion par les sé­na­teurs. Il s'agis­sait pour lui de s'ex­pli­quer sur la baisse de li­mi­ta­tion de vi­tesse an­non­cée pour l'été.

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