HOM­MAGE

Éric Ge­boers, lé­gende du motocross avec ses cinq titres mon­diaux, n’est plus. “Le Kid”, comme était sur­nom­mé le Fla­mand en ré­fé­rence à sa pe­tite taille, s’est noyé en vou­lant sau­ver son chien. Le monde de la mo­to vient de perdre une de ses plus grandes fi

Moto Journal - - SOMMAIRE - Par Vincent Bou­det, pho­tos ar­chives MC avec l’ai­mable au­to­ri­sa­tion de la FFM

Eric Ge­boers, cham­pion dis­pa­ru

On a beau avoir été l'un des plus grands du sport mo­to, avoir dé­cro­ché cinq titres mon­diaux en motocross, dont un dans chaque ca­té­go­rie (125, 250 et 500), rem­por­té trois En­du­ro du Tou­quet consé­cu­ti­ve­ment et brillé à une époque où les pi­lotes vi­vaient comme des stars, on en est pas moins un homme. Éric Ge­boers vient de nous rap­pe­ler cette réa­li­té en dé­cé­dant le 6 mai der­nier d'hy­dro­cu­tion après avoir ten­té de ré­cu­pé­rer son chien, tom­bé à l'eau lors d'une pro­me­nade en ba­teau, au soir d'une jour­née in­croya­ble­ment chaude. A quelques mètres de chez lui, puisque le drame s'est pro­duit dans le lac qui fait face à sa de­meure de Mol, près d'an­vers. Si on l'avait ou­blié, même les plus grands des­tins peuvent fi­nir tra­gi­que­ment. Et de fa­çon pré­coce, car Éric n'avait que 55 ans.

LITTLE BIG MAN

L'homme était pour­tant cé­lèbre pour son grand coeur. C'était même sa marque de fa­brique, un en­ga­ge­ment au­de­là du rai­son­nable et du sup­por­table, lui qui s'im­po­sait des jog­gings, équi­pé de la tête aux pieds afin d'aug­men­ter son car­dio avant ses en­traî­ne­ments mo­to. Qu'im­porte s'il n'avait pas for­cé­ment le phy­sique de l'em­ploi avec son mètre soixante de hau­teur, son pal­pi­tant fai­sait le reste. Même dans ses plus jeunes an­nées : Éric a en

ef­fet par­ti­ci­pé à sa pre­mière course seule­ment deux se­maines après avoir po­sé les fesses pour la pre­mière fois sur une mo­to. Et pas n'im­porte la­quelle, une 500 Maï­co ! Un monstre qui au­rait im­pres­sion­né n'im­porte quel homme nor­mal. Mais pas lui, le ca­det d'une fra­trie de cinq frères, tous cross­men, et dont l'aî­né, Syl­vain, était le co­équi­pier du cé­lèbre Ro­ger De­cos­ter. Be­so­gneux et cou­ra­geux, le Kid ne tar­de­ra pas long­temps avant d'éclore sur la scène mon­diale. Un an après sa pre­mière ex­pé­rience de com­pé­ti­teur, il rem­porte quelques courses en Bel­gique sur une 125 Su­zu­ki, avant de si­gner, un an plus tard, ses pre­miers suc­cès en cham­pion­nat du monde. Aux âmes bien nées, la va­leur n'at­tend pas le nombre d'an­nées. Et s'il est contré en 1981 par son com­pa­triote Harry Everts, les deux sai­sons sui­vantes, c'est lui qui dé­croche les cou­ronnes mon­diales 125 avec fa­ci­li­té.

En­suite, le construc­teur d'ha­ma­mat­su quit­tant le mon­dial, il change de crè­me­rie pour in­té­grer la pres­ti­gieuse mai­son Hon­da et s'at­taque à un Eve­rest spor­tif, le titre en 500. Qui plus est chez les gros bras : les Carl­q­vist, Mal­herbe, Thorpe, Noyce, Vro­mans. Que des co­losses...

MON­SIEUR 875

Cette fois, il se cas­se­ra les dents deux sai­sons de suite, en­chaî­nant les bles­sures ; une jambe cas­sée en 1984, un pé­ro­né, une che­ville et un ge­nou en 1985. Ce n'est qu'en 1986 qu'il pour­ra li­vrer ba­taille à armes égales, sans ce­pen­dant triom­pher du duo an­glo-belge Thorpe-mal­herbe. L'an­née sui­vante, à la de­mande de Hon­da qui cherche à ré­par­tir ses forces dans les ca­té­go­ries, il re­des­cend en 250 où il rem­porte le titre tout de suite.

Alors, comme pro­mis, les Rouges le re­montent chez les gros bras pour la sai­son sui­vante. Cette fois-ci, l'his­toire est dif­fé­rente. Gon­flé par son titre, le pe­tit Lim­bour­geois fait plier le duo bri­tan­nique Ni­coll-thorpe en dé­cro­chant la cou­ronne mon­diale avec vingt points d'avance. Il y gagne un nou­veau sur­nom : Mon­sieur 875, soit la somme des cy­lin­drées des ca­té­go­ries qu'il a rem­por­tées. Une pre­mière dans l'his­toire du motocross. Il re­met le cou­vert deux ans plus tard, en 1990, en rem­por­tant six GP et en par­ve­nant à être ti­tré à deux courses de la fin, sur ses terres, à Na­mur. Une vic­toire en forme de ju­bi­lé pour le Belge qui, quelques heures plus tard, an­non­ce­ra son re­trait de la com­pé­ti­tion. A 28 ans seule­ment. Il faut dire qu'en à peine une dé­cen­nie de car­rière, “le Kid” s'est consti­tué l'un des pal­ma­rès les plus pres­ti­gieux du pla­teau : cinq titres mon­diaux, 39 vic­toires en GP, trois titres belges, cinq po­diums aux Motocross des Na­tions, trois vic­toires au Tou­quet… Seuls trois hommes, Ste­fan Everts, An­to­nio Cai­ro­li et Joël Robert peuvent se tar­guer d'avoir fait mieux. Et puis, il l'avouait vo­lon­tiers, sur la fin, il pra­ti­quait sur­tout la mo­to pour faire du sport. L'heure était ve­nue de s'ar­rê­ter.

Sa re­con­ver­sion se­ra ce­pen­dant réus­sie. Après avoir par­ti­ci­pé à quelques courses au­to­mo­biles, no­tam­ment en En­du­rance (il a même tes­té une For­mule 1 sur le cir­cuit Paul Ricard), il mon­te­ra une agence d'évé­ne­men­tiels, EG Events, qui or­ga­ni­se­ra le cham­pion­nat belge de triath­lon, un tro­phée de motocross qui

fe­ra long feu, les Mas­ters, et quelques Grands Prix, à Na­mur, puis à Lom­mel. Il as­sis­te­ra éga­le­ment son frère Syl­vain à la di­rec­tion du team Su­zu­ki, im­pli­qué en mon­dial de motocross. Mais, de­puis quelques an­nées, le Kid avait cou­pé avec la mo­to et se conten­tait de jouir de la vie et des choses simples. Comme une ba­lade en ba­teau.

En 1989, Eric signe une sai­son moyenne : il est dé­bor­dé par son co­équi­pier du team Hon­da HRC, l’an­glais Dave Thorpe, qui dé­croche la cou­ronne mon­diale en fin d’an­née. Le Belge ex­pli­que­ra avoir souf­fert de la mal­chance et d’un men­tal dé­faillant toute l’an­née !

en 1990. Ti­tré en 1982 et 1983 en 125, le Kid ne s’at­tar­de­ra pas long­temps dans la ca­té­go­rie, pré­fé­rant af­fron­ter les gros bras en 500. Il rem­por­te­ra deux titres, en 1988 et

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