NIMBUS KOMPRESSOR

Pas­cal Dietsche a gref­fé un com­pres­seur sur une Nimbus 750. Du tra­vail d'or­fèvre.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Ch­ris­tophe Gaime – Pho­tos : Alexandre Kras­sovs­ky

Pas­cal Dietsche, vous le connais­sez puis­qu’on vous a dé­jà par­lé de sa Triumph TR 17 réa­li­sée sur base Triumph T140 dans MR Clas­sic n° 74. Cette an­glaise à la cu­lasse re­tour­née a fait tour­ner bien des têtes et elle ve­nait après une autre T140, la Fine Blade. Rap­pe­lons que Pas­cal est un au­to­di­dacte, aus­si à l’aise pour res­tau­rer une mai­son qu’une mo­to et qu’à part quelques bri­coles, il fait tout de ses mains et pas avec un ou­tillage dé­men­tiel. Lors­qu’on l’avait quit­té au prin­temps 2014, il comp­tait s’at­ta­quer à un re­cord de Bon­ne­ville avec une Hon­da CRF 450 de son cru. Il semble que le projet ait été aban­don­né mais vous ver­rez plus loin qu’il va réus­sir à gar­der un lien avec ce lieu my­thique. Plus de Hon­da donc, il a en­vie de chan­ger un peu des Triumph. Il se met ain­si à la re­cherche d’une base dif­fé­rente pour sa troi­sième réa­li­sa­tion, et à l’oc­ca­sion du der­nier Bol d’or Clas­sic or­ga­ni­sé à Ma­gny-cours, il dis­cute avec Gaë­tan Ca­qui­neau de Hound Mo­tor­cyles (dont on vous a dé­jà par­lé aus­si) qui lui pro­pose une Nimbus quatre-cy­lindres. Il faut dire que le gar­çon en a ven­du une qua­ran­taine en France ces der­nières an­nées ! La mo­to com­plète, tour­nante mais à re­dé­mar­rer, fait illi­co le tra­jet entre les Deux-sèvres et l’isère et se re­trouve dans l’ate­lier de Pas­cal. À force de sur­fer sur In­ter­net, il tombe sur la Nimbus à com­pres­seur de Lars Niel­sen que vous pou­vez ad­mi­rer en page 38. Pas­cal le connaît puis­qu’il l’a ren­con­tré en 2013 à Bon­ne­ville, à l’époque ou le Da­nois rou­lait sur une In­dian : « Du coup, comme lui, j’ai dé­ci­dé de monter un com­pres­seur, en quelque sorte pour lui rendre hom­mage et pour gar­der le lien avec Bon­ne­ville » , ex­plique Pas­cal. Avant d’en ar­ri­ver là, la Nimbus est com­plè­te­ment dé­mon­tée. Une fois le mo­teur sur l’éta­bli, Pas­cal l’ouvre et constate qu’il a été re­fait et n’a sans doute ja­mais dé­mar­ré. En voi­là une bonne sur­prise : « Il s’agis­sait sû­re­ment d’une ma­chine de l’ad­mi­nis­tra­tion da­noise, vrai­sem­bla­ble­ment attelée ! »

5 000 tr/min, ça fait pas un peu beau­coup ?

Peut-être une ma­chine de la poste, comme celle de la page 37. Fi­dèle à son idée de sur­ali­men­ter le qua­tre­cy­lindres, Pas­cal se met en chasse d’un com­pres­seur. Dans une casse, il en dé­niche un de Peu­geot 250 Sa­te­lis. Eh oui, il n’y a pas si long­temps, sur ses scoo­ters, le construc­teur fran­çais usait de cet ar­ti­fice pour ga­gner des che­vaux. « Il per­met d’ob­te­nir 500 grammes de plus que la pres­sion at­mo­sphé­rique à 5 000 tr/min » , pré­cise Pas­cal. Dam­ned, 5 000 tours/mi­nute, ça fait pas un peu beau­coup pour le bon vieux quatre-cy­lindres en ligne à deux pa­liers ? « Pour que le mo­teur prenne plus de tours, j’ai sup­pri­mé la dy­na­mo en­traî­née par l’arbre à cames en tête par le biais d’un axe de trans­mis­sion. Ain­si, le ré­gime de­vient suf­fi­sant pour faire tour­ner le com­pres­seur à la bonne vi­tesse. À la place, j’ai adop­té un al­lu­mage Boyer pré­vu pour un twin Triumph que j’ai pas­sé de deux à quatre ai­mants et avec deux bo­bines doubles et j’ai mon­té une bat­te­rie au Li­thium qui me per­met d’avoir une au­to­no­mie de cinq heures. » Et main­te­nant Pas­cal uti­lise l’arbre à cames pour en­traî­ner le­dit com­pres­seur par le biais d’une pou­lie et d’une cour­roie cran­tée. As­tu­cieux, non ? Et pour l’ali­men­ta­tion, on re­trouve un car­bu­ra­teur Mi­ku­ni de 26 mm à la place du Fis­ker & Niel­sen d’ori­gine de 38 mm. Une fois les ma­gni­fiques tubes d’échap­pe­ment réa­li­sés à la mai­son par lui-même en per­sonne, il a pu se pen­cher sur la par­tie-cycle. Le cadre en tôle ri­ve­tée est res­té d’ori­gine mais en re­vanche,

« IL S’AGIS­SAIT SÛ­RE­MENT D’UNE MA­CHINE DE L’AD­MI­NIS­TRA­TION DA­NOISE, VRAI­SEM­BLA­BLE­MENT ATTELÉE ! »

la fourche té­les­co­pique a été rem­pla­cée par un mo­dèle plus ré­cent pro­ve­nant d’une Ya­ma­ha des an­nées 80. Quant au frein avant, il a été pré­le­vé sur une Hon­da CB 350 de 1972. Pour l’avant et l’ar­rière, les deux jantes en alu pro­viennent de chez Seu­rat 3, à Beaune mais là encore, c’est Pas­cal qui rayonne.

Les jantes rouges... comme Bu­gat­ti

La selle mo­no­place en cuir a été confec­tion­née par un spé­cia­liste Har­ley-da­vid­son et si les garde-boue sont d’ori­gine, ils ont quand même été re­taillés pour al­lé­ger la ligne. Dé­tail re­mar­quable, les mo­no­grammes ont été com­man­dés à Ni­co­las Baux qui a réa­li­sé la Royal En­field 500 Black Bul­let pré­sen­tée dans MR Clas­sic n° 91 : de la belle ou­vrage ! Res­tait à choi­sir les cou­leurs : « Alors que je tra­vaillais sur la Nimbus sur une épreuve de ré­gu­la­ri­té, j’ai ren­con­tré un gars qui roule en Bu­gat­ti Type 35. Outre le fait que le huit-cy­lindres en ligne est com­pres­sé, j’ai été sé­duit par la tech­no­lo­gie de la car­ros­se­rie, de l’alu et des ri­vets, et les coloris de celle-ci. J’ai dé­ci­dé de m’en ins­pi­rer pour ma mo­to. C’est pour ça qu’elle reste as­sez sobre mais qu’elle ar­bore quand même des jantes rouges. » Il y a pire comme ré­fé­rence ! Une fois ter­mi­né, il a fal­lu mettre l’en­gin au point sur la route et pour ça, Pas­cal est al­lé à la pré­fec­ture pour mettre la carte grise à son nom. Sur­prise, lorsque celle-ci ar­rive chez lui, l’im­ma­tri­cu­la­tion com­mence par DK, les deux lettres qui dé­fi­nissent le Da­ne­mark : un sa­cré hasard car Pas­cal n’a sou­doyé per­sonne ! Au­jourd’hui, c’est moi qui vais aller faire un tour avec la Nimbus Kompressor, même si de l’aveu même de Pas­cal, la mise au point peut encore être amé­lio­rée. Pour dé­mar­rer, c’est comme avec une BMW Série 2 ou 5 puisque le kick se trouve dans la même po­si­tion, trans­ver­sa­le­ment. Deux, trois coups à vide, un peu de gaz, un coup plus sec et le quatre-cy­lindres dé­marre dans un son re­la­ti­ve­ment sobre. Sobre et chic, un peu comme une voi­ture de course des an­nées 30. Je monte sur la mo­to qui est basse, fine et pas si longue que ça. Pour en­clen­cher la pre­mière, il faut ap­puyer fran­che­ment et, comme sur une Bé­hème, le klonk vous in­dique que la vi­tesse est en­ga­gée. Je pars tran­quille­ment sur les petites routes des en­vi­rons de Voi­ron. J’en­clenche la deuxième puis la troi­sième mais pas la qua­trième car la boîte de vi­tesses ne com­porte que trois rap­ports. Sans compte-tours, il est dif­fi­cile de sa­voir pré­ci­sé­ment à quel ré­gime le com­pres­seur entre en fonc­tion mais on sent bien un sur­plus de che­vaux. Pas­cal l’es­time à une di­zaine, pas de quoi « dé­boî­ter » une 1000 ja­po­naise mais vous aviez compris qu’il s’agit plus d’un exer­cice de style. Et puis dans les hauts ré­gimes, le son est en­voû­tant, sans trop cas­ser les oreilles, ce qui est éton­nant vu l’ab­sence de si­len­cieux. Reste que la Nimbus est agréable grâce à la sou­plesse du quatre-cy­lindres longue course. À cause de l’ar­rière ri­gide, on est un peu se­coué sur route bos­se­lée mais il suf­fit de ra­len­tir et de pro­fi­ter du pay­sage, comme à l’époque. Les deux points forts de la Nimbus, ce sont la ma­nia­bi­li­té qui per­met de tour­ner dans un mou­choir et son ar­chi­tec­ture qui fait ou­blier les 170 ki­los de mé­tal. Il fait chaud, trop chaud pour une fin de mois de mai et je ne veux pas abî­mer la mé­ca­nique à peine ro­dée. Je rentre au ber­cail et je fé­li­cite Pas­cal, comme d’ha­bi­tude. Je lui de­mande quelle se­ra sa pro­chaine réa­li­sa­tion. Il ne me ré­pond pas mais m’as­sure que je se­rai le pre­mier à l’es­sayer, comme d’ha­bi­tude…

Les tubes d’échap­pe­ment réa­li­sés par Pas­cal Dietsche sonnent comme des tuyaux d’orgue. No­tez aus­si l’énorme car­ter d’huile d’ori­gine et les res­sorts de sou­papes à l’air libre.

1- Le car­bu­ra­teur de 26 mm est suf­fi­sant, il ne s’agit pas de battre des re­cords. 2- La selle sus­pen­due pal­lie l’ab­sence de sus­pen­sion ar­rière. 3- La trans­mis­sion s’ef­fec­tue par arbre et car­dan, comme sur toutes les Nimbus. 4- Le ma­no­mètre in­dique la pres­sion du com­pres­seur. 5- Les mo­no­grammes réa­li­sés par Ni­co­las Baux sont ma­gni­fiques. 4

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