LA COURSE DE MR CLAS­SIC

Cette an­née, le team Mo­to Re­vue Clas­sic pre­nait le dé­part avec une FZ 750 prê­tée par Ya­ma­ha Mo­tors France. Les ga­lères se sont suc­cé­dé, mais on les a sur­mon­tées.

Moto Revue Classic - - Événement - Texte : Ch­ris­tophe Gaime – Pho­tos : Alexandre Kras­sovs­ky

Il est 10 heures 35 et Zef Enault, mon co­pi­lote, ar­rive dans le parc fer­mé. On est à l’ar­ri­vée du 16e Bol d’or Clas­sic avec notre Ya­ma­ha FZ 750 en 32e po­si­tion et on est content, parce que c’était pas ga­gné ! Il faut dire que 48 heures plus tôt, j’al­lais ré­cu­pé­rer le même Zef à l’hô­pi­tal de La Cio­tat. L’aven­ture com­mence en sep­tembre 2017 à l’oc­ca­sion du 15e Bol d’or Clas­sic. Le sa­me­di ma­tin, le dé­part de la deuxième manche ne va pas tar­der et Éric de Seynes, di­rec­teur de Ya­ma­ha Mo­tors Eu­rope, vient nous sa­luer ami­ca­le­ment. Lors­qu’on lui ex­plique que notre Ka­wa­sa­ki Z 1000 a quelques sou­cis, il lâche : « Il faut rou­ler sur une Ya­ma­ha ! » Ce n’est pas tom­bé dans l’oreille d’un sourd et quelques se­maines plus tard, je re­trouve Éric de Seynes, Vincent Thom­me­ret, di­rec­teur de Ya­ma­ha Mo­tors France, et Alexandre Ko­wals­ki, di­rec­teur com­mu­ni­ca­tion et mar­ke­ting Ya­ma­ha Mo­tors France, à l’oc­ca­sion du Sa­lon Mo­to Lé­gende. Je suis ac­com­pa­gné de Zef et après quelques coupes de cham­pagne, je me lance : « Prê­tez-nous la FZ 750 Ed­die Law­son Re­pli­ca (voir MR Clas­sic n° 100) et vous n’au­rez pas à le re­gret­ter ! » Im­pres­sion­nés, mes trois in­ter­lo­cu­teurs ne peuvent pas faire au­tre­ment que d’ac­cep­ter et nous voi­là of­fi­ciel­le­ment pi­lote d’usine Ya­ma­ha. Bon, j’exa­gère un peu car si Éric est tou­jours aus­si en­thou­siaste, Vincent et Alexandre veulent tout de même en sa­voir un peu plus. Nor­mal, car à ce mo­ment-là, la FZ 750 ap­par­te­nant à Ya­ma­ha Mo­tors France est en­core en confi­gu­ra­tion Su­per­bike, sans dé­mar­reur, ni al­ter­na­teur. Il fau­dra donc un mi­ni­mum de pré­pa­ra­tion pour la trans­for­mer en mo­to d’en­du­rance. C’est notre ami Phi­lippe Le­beau qui va trou­ver la so­lu­tion. Il s’est ins­crit au Bol d’or Clas­sic avec une autre FZ 750

qui se­ra pré­pa­rée et pi­lo­tée par Marc Vincent, un an­cien mé­ca­ni­cien de MG Com­pé­ti­tion, et il nous sug­gère de confier notre mo­to à ce der­nier. Après ap­pro­ba­tion d’alexandre Ko­wals­ki, voi­là la « Ed­die Law­son Re­pli­ca » par­tie pour la Haute-sa­voie. Sauf que le temps a pas­sé car, entre-temps, notre mac­hine a été ex­hi­bée sur tous les cir­cuits de France et de Na­varre. Bref, on est dé­jà fin juillet et il nous se­ra im­pos­sible de la tes­ter avant les es­sais of­fi­ciels du BOC. Tant pis. Jeu­di 13 sep­tembre 2018, 11 h 50, dans le 3e tour de la pre­mière séance des es­sais libres du Bol d’or Clas­sic, Zef se fait per­cu­ter par un im­bé­cile qui pi­lote une Ka­wa­sa­ki ZXR 750… Ce der­nier ne chute pas, ne se pré­oc­cupe même pas de Zef, tan­dis qu’il s’écrase sur le tar­mac.

À peine com­men­cée, notre aven­ture se ter­mine dé­jà

Après un pas­sage au centre mé­di­cal du cir­cuit, il est éva­cué à l’hô­pi­tal avec une frac­ture de l’épaule. À peine com­men­cée, notre aven­ture se ter­mine dé­jà et ce n’est même pas de notre faute. La belle FZ n’est pas trop tou­chée mais sans co­pi­lote, je vois mal com­ment je pour­rais par­ti­ci­per. Yvan et Gui­tou, nos deux mé­ca­nos, com­mencent à bos­ser sur la mo­to au cas où et j’évoque la pos­si­bi­li­té de rou­ler avec Gé­rard Jo­li­vet, notre team ma­na­ger. Sauf que Gé­rard n’a pas ap­por­té son équi­pe­ment et sur­tout, il n’est pas très mo­ti­vé... Je pense que c’est dé­fi­ni­ti­ve­ment plié lorsque je re­çois un SMS de Zef de­puis l’hô­pi­tal : « Viens me cher­cher, je pense pou­voir rou­ler. » Et il ajoute : « Je veux aus­si re­trou­ver ce­lui qui m’a fait ça. » Sur le coup, je pense aux ef­fets de la mor­phine mais non, une fois ra­me­né sur le cir­cuit,

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Zef nous confirme qu’il fe­ra quelques tours dès ce soir, du­rant les es­sais de nuit, pour ju­ger de son état. De mon cô­té, j’ai évi­dem­ment lou­pé toutes les séances d’es­sais mais il reste celle du ven­dre­di pour qua­li­fier la FZ. Jeu­di 22 heures, la mo­to a été re­mise en état et Ch­ris­tine, notre pan­neau­teuse qui est sur­tout ki­né­si­thé­ra­peute, a pro­di­gué des soins à Zef. Il part pour quelques tours. Le plus dur pour lui, c’est de mon­ter et de des­cendre de la mo­to mais une fois en piste, ça semble al­ler. Le len­de­main ma­tin donc, il se qua­li­fie sans pro­blème et je fais de même dans ma séance d’es­sais. On est 41e mais on s’en fout, on va l’em­me­ner au bout cette bé­cane ! Ven­dre­di 14 sep­tembre, 20 heures. Comme les autres pi­lotes, j’at­tends le feu vert pour ef­fec­tuer le tour de for­ma­tion. Pré­vu à 20 h 30, le dé­part est dé­ca­lé à 20 h 50. Et c’est moi qui ai la lourde tâche de m’élan­cer, ce qui me semble nor­mal, vu l’état de mon co­équi­pier. Tour de for­ma­tion, tour de chauffe, pan­neau 1 mi­nute, puis 30 se­condes et le dra­peau tri­co­lore s’abaisse en­fin. Prudent, je ne cherche pas à for­cer le pas­sage dans le pa­quet qui s’étire de­vant moi, la FZ doit res­ter sur ses roues coûte que coûte.

Les pneus sont morts mais Zef conti­nue

Il faut juste que j’al­lume mes phares dans les esses de la Ver­re­rie, c’est plus prudent. Après quelques tours, le sa­fe­ty car est de sor­tie suite à une chute. J’ai l’ha­bi­tude, chaque fois que je roule ici, c’est ça ou le dra­peau rouge… La neu­tra­li­sa­tion est ter­mi­née et c’est re­par­ti. Mais lorsque j’ar­rive dans la courbe de Signes, le mo­teur coupe bru­ta­le­ment. Sur l’élan, je laisse fi­ler la FZ jus­qu’au poste de se­cours du Beaus­set et là, les com­mis­saires m’ac­com­pagnent jus­qu’au vi­rage de Ben­dor où une voi­ture-ba­lai at­tend. Ni une ni deux, la mo­to est mon­tée sur la re­morque et me voi­là dé­jà dans notre box. Les mé­ca­nos se jettent sur la Yam’ : le dé­mar­reur fonc­tionne mais le 4-cy­lindres ne veut plus chan­ter. Avec Zef, on est dé­pi­té, on ne pen­sait plus être ter­ras­sé par un pro­blème tech­nique… Le temps de dé­mon­ter la selle à la lu­mière des té­lé­phones por­tables (on est pro­fes­sion­nel ou on ne l’est pas) et les mé­ca­nos dé­couvrent que la prise du boî­tier d’al­lu­mage CDI est dé­bran­chée. Tout sim­ple­ment. Je re­mets mon casque, et c’est re­par­ti ! En­core une

ving­taine de mi­nutes dans l’obs­cu­ri­té pro­ven­çale où je tente vai­ne­ment de lire mon pan­neau sur la ligne droite des stands et je de­vrais pas­ser le gui­don. La mo­to marche très bien sauf que j’en­tends une fuite à l’échap­pe­ment. Al­lez, je rentre, ça doit être le mo­ment. On com­mence par ra­vi­tailler et Zef part pour re­joindre le dra­peau à da­mier. Il y par­vien­dra sans en­combre mal­gré les col­le­rettes d’échap­pe­ment qui se des­serrent les unes après les autres. Peu im­porte, fi­nir cette pre­mière manche est dé­jà une vic­toire pour notre pe­tite équipe. Le temps de ra­me­ner la mo­to et de re­mon­ter les col­le­rettes, il est deux heures du ma­tin. Im­pos­sible de chan­ger les pneus mais ils de­vraient te­nir la dis­tance. Sa­me­di 15 sep­tembre, 6 heures. Le ré­veil est dif­fi­cile et c’est en­core moi qui prends le dé­part à 8 h 30. Quelle fei­gnasse, ce Zef ! Comme la veille, je reste calme pour ne pas mettre « la ca­bane sur le chien ». Un peu trop calme même car je pars sur un faux rythme et je n’ar­rive pas à des­cendre mes chro­nos. Il faut dire que contrai­re­ment à la veille, je suis sou­vent en­glué dans des pa­quets, plus ou moins ra­pides. Sous l’ef­fet de la tem­pé­ra­ture qui monte, la fa­tigue se fait sen­tir. Je guette mon pan­neau­tage car en plein jour, je le vois beau­coup mieux. Au bout de 45 mi­nutes, je prends la voie des stands. C’est au tour de Zef de s’ex­pri­mer, mal­gré sa bles­sure qui le fait plus souf­frir que la veille. Nor­mal. À l’is­sue de son re­lais qu’il mè­ne­ra sans en­combre, il rentre pour re­mettre de l’es­sence et, théo­ri­que­ment, me pas­ser les com­mandes. Sauf que les pneus sont morts et comme la dou­leur a dis­pa­ru, il veut conti­nuer. Je ne le contra­rie pas, il reste un quart d’heure et c’est lui qui sait com­ment les gommes ré­agissent. Le dra­peau à da­mier s’abaisse sur la n° 4 et mal­gré les em­bûches, notre ob­jec­tif est at­teint : on a fi­ni. ❖

JE RE­ÇOIS UN SMS DE ZEF DE­PUIS L’HÔ­PI­TAL : « VIENS ME CHER­CHER, JE PENSE POU­VOIR ROU­LER. »

1- Zef Enault, dans la nuit, prêt à bon­dir sur sa proie. 2- La FZ vient de ren­trer au stand. Gui­tou (à gauche) et Gé­rard sont du­bi­ta­tifs. 3- Ar­rêt ra­vi­taille­ment. Zef, les yeux exor­bi­tés, va prendre le re­lais. 4- Le style d’ed­die Law­son est là, il ne manque plus que les chro­nos...

L’équipe Mo­to Re­vue Clas­sic est à l’ar­ri­vée ! De gauche à droite : Yvon, Gé­rard, Da­niel, Zef, Ch­ris­tine, Phi­lippe et Ch­ris­tophe. La Ya­ma­ha FZ 750 est un peu fri­pée mais elle a te­nu. Zef aus­si d’ailleurs...

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