BMW R67/2 ISDT REPLICA

Bien avant la ni­net Scrambler, BMW pro­po­sait dé­jà une mo­to de ce type à sa clien­tèle, la R68. Ce mo­dèle, fort rare, a fait l’ob­jet de nom­breuses ré­pliques sur base R67/2, comme celle de Ja­cky Te­rillon.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Chris­tophe Gaime. Pho­tos : Alexandre Kras­sovs­ky

Ja­cky Ter­rillon rê­vait de la ra­ris­sime R68 des Six jours. Il s’est fa­bri­qué une ma­gni­fique ré­plique sur base de R67.

On vous l’a sou­vent dit, l’his­toire est un éter­nel re­com­men­ce­ment, et les concep­teurs de la ni­net Scrambler avaient sû­re­ment à l’es­prit la fa­meuse R68 des an­nées 50, que l’on peut qua­li­fier de pre­mier scrambler de la marque. Car on l’a vu dans les pages pré­cé­dentes, les flat-twins de tout-ter­rain ne datent pas d’au­jourd’hui et l’un de leurs ter­rains de jeu fa­vo­ri, c’est ce­lui des ISDT, les fa­meux 6 Jours d’en­du­ro. Un peu d’his­toire avant d’en­trer dans le vif du su­jet. À par­tir de 1950, BMW est au­to­ri­sé à pro­duire à nou­veau des mo­tos de grosses cy­lin­drées. Ar­rive alors la R51/2, qui n’est pas tel­le­ment dif­fé­rente de la R51 pro­duite avant-guerre. La vraie nou­veau­té sort un an plus tard, avec la R51/3 et son mo­teur à dis­tri­bu­tion par simple arbre à cames. Pen­dant 18 ans, jus­qu’à la Sé­rie 5, c’est ce flatt­win qui va faire le bon­heur de la marque et sur­tout des clients ! La même an­née, la R67 ap­pa­raît. Elle est iden­tique, sauf qu’avec son alé­sage et sa course plus im­por­tants, sa cy­lin­drée passe à 600 cm3. Un an plus tard (on est donc en 1952), elle est dé­jà rem­pla­cée par la R67/2, qui a ga­gné 2 che­vaux. Bref, Sé­rie 1 ou Sé­rie 2, les R67 se « roulent dans la boue » à l’oc­ca­sion des 6 Jours puis­qu’une équipe BM par­ti­cipe aux ISDT dès la sor­tie de cette ma­chine. Pen­sez donc, si le flat-twin a pu fi­nir cette épreuve, il de­vrait pou­voir vous em­me­ner au bou­lot ou en ba­lade sans trop de sou­cis. Une sa­crée pu­bli­ci­té. En 1952, ap­pa­raît aus­si la R68, en quelque sorte une ver­sion vi­ta­mi­née de la R67/2 qui dé­ve­loppe 7 che­vaux de plus, en par­ti­cu­lier grâce au mon­tage de deux car­bu­ra­teurs. D’abord li­vrée avec un échap­pe­ment re­le­vé (ce se­ra en­suite une op­tion), la R68 af­fiche im­mé­dia­te­ment ses am­bi­tions avec 160 km/h en pointe ! Du coup, de nom­breuses R67/2 se­ront trans­for­mées en R68, his­toire de les rendre com­pé­ti­tives.

« Des che­vaux... avec des pièces d’époque »

Cette R68, c’est le rêve de nom­breux ama­teurs de la marque et Ja­cky Ter­rillon, pa­tron de Lé­gendes (voir MR Clas­sic n° 84), ne fait pas ex­cep­tion à la règle. Sauf que la R68, elle est plu­tôt rare avec seule­ment 1 452 exem­plaires pro­duits. Donc un beau ma­tin, il s’est dit qu’il al­lait s’en construire une. Vous me di­rez qu’avec le stock de pièces que l’on trouve chez lui, ça aide. Dans son « fourbi », il a d’abord trou­vé un cadre de R67/2 puis une fourche adé­quate a été ré­no­vée avec re­dres­sage et re­chro­mage des tubes. Il met aus­si la main sur des jantes d’époque de la marque Weiman. Dé­jà, la bé­cane était sur ses roues et maître Ja­cky pou­vait s’at­te­ler à re­mon­ter un mo­teur. « Tant qu’à faire, je me suis dit qu’il fal­lait lui mettre des che­vaux mais uni­que­ment avec des pièces d’époque. » Le vi­le­bre­quin « longue course » a re­çu d’au­then­tiques pis­tons de R68 qui per­mettent d’aug­men­ter le taux de com­pres­sion. L’arbre à cames est aus­si un vrai R68 et les cu­lasses « grosses sou­papes » ain­si que les couvre-culbu­teurs pro­viennent d’une R50 S. Les deux Bing de 26 com­plètent le ta­bleau. En­fin, pour la boîte de vi­tesses, il a mon­té un mo­dèle d’époque à deux arbres. Res­tait la pièce maî­tresse de cette

DANS SON FOURBI, JA­CKY TROUVE UN CADRE DE R67/2 PUIS MET LA MAIN SUR DES JANTES WEIMAN D’ÉPOQUE

replica : la ligne d’échap­pe­ment. Là, il a fal­lu re­fa­bri­quer et c’est un spé­cia­liste qui s’y est col­lé, à sa­voir Or­bi­soud. Un vrai bou­lot d’ar­tiste réa­li­sé d’après pho­tos en adop­tant un dia­mètre de 38 mm, soit un peu plus que ce qui se fai­sait alors. Le mo­teur était dans le cadre, et il ne man­quait plus que l’ha­billage. Énorme coup de bol, Ja­cky en a trou­vé un chez BMW, le der­nier, 60 ans après la sor­tie de la R67/2 ! Si, si, c’est bien un ré­ser­voir ori­gi­nal et non pas une re­pro­duc­tion. La selle Pa­gu­sa en ca­ou­tchouc, le phare et les com­mandes sont aus­si d’époque mais là, c’est moins ex­tra­or­di­naire puisque ces ac­ces­soires ont été fa­bri­qués pen­dant plus de vingt ans et dif­fu­sés en grand nombre. Pour les garde-boue en re­vanche, il a fal­lu sa­cri­fier une paire d’ori­gine comme ce­la se fai­sait alors. Sur une mo­to de tout-ter­rain, inu­tile d’em­me­ner ces lourdes pièces d’acier qui se chargent en boue et vous pé­na­lisent lors des dé­mon­tages de roues.

Des plai­sirs d’un autre temps

Cette fois, ça y est, la R68 replica est com­plète, il ne reste plus qu’à al­ler faire un tour avec. Bien sûr, pour dé­mar­rer cette BMW, il faut ac­tion­ner la pé­dale de kick mon­tée sur un axe lon­gi­tu­di­nal et non trans­ver­sal comme sur toutes les mo­tos. Ah ces Teu­tons ! Il ne faut pas ou­blier de rem­plir les cuves des car­bus avec l’aide des « ti­tilleurs » qui pointent sur les cou­vercles. Rien de bien com­pli­qué, le twin dé­marre qua­si­ment du pre­mier coup. Dé­bé­quillage en pre­nant soin de ver­rouiller la bé­quille en fin de course, et je pars tran­quille pour chauf­fer l’en­semble. En rou­lant, je me dis que les nou­velles gé­né­ra­tions n’ont pas la chance de goû­ter à ces plai­sirs : au­jourd’hui, il n’y a ni kick, ni car­bu et ra­re­ment une bé­quille cen­trale. C’est pas grave, moi je m’éclate au gui­don de ces bé­canes hors du temps. D’ailleurs, sans trop ti­rer sur le mou­lin, je suis sur­pris par sa pêche, pour un mo­teur du dé­but des an­nées 50, s’en­tend. « Je pense qu’avec notre pré­pa­ra­tion, elle dé­ve­loppe 38 ch, soit la puis­sance d’une 60/2 des an­nées 60 » , m’a confié Ja­cky. De plus, la mo­to reste très souple, ce qui était le cas des mo­tos de tout-ter­rain de l’époque. À part pour la pho­to, je ne m’aven­tu­re­rai pas en de­hors de la route, d’abord pour ne pas « pour­rir » la belle BM et puis parce que les pneus n’ont pas du tout un pro­fil adap­té. Il est vrai qu’une monte si­mi­laire à l’ori­gi­nale don­ne­rait un cer­tain ca­chet à cette replica. Je crois que Ja­cky y songe mais d’ores et dé­jà, on peut sa­luer la qua­li­té de son tra­vail.

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