POR­TRAIT ALAIN TAILLEUX

En 15 ans, le mo­deste Alain Tailleux s’est taillé une so­lide ré­pu­ta­tion grâce à ses cadres. Pour­tant, sou­der le mé­tal n’est pas son seul ta­lent. Dé­cou­verte.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Chris­tophe Gaime – Pho­tos : Alexandre Kras­sovs­ky

On est al­lé rendre vi­site à Alain Tailleux dans son pe­tit ate­lier du Vau­cluse où il fa­brique ses cadres.

On ar­rive chez Alain Tailleux juste après l’orage. Le che­min de terre qui mène à son ate­lier en porte en­core les stig­mates. À l’in­té­rieur, les ou­tils sont bien ran­gés, la ra­dio est bran­chée sur France Mu­sique : il règne une am­biance re­po­sante. Alain est un ar­ti­san qui, sans faire trop de bruit, s’est taillé une belle ré­pu­ta­tion en fa­bri­quant ses propres cadres. « Je suis né dans l’ate­lier de mes pa­rents, à Mi­ra­belle, dans la Drôme » , nous ex­plique-t-il. Au­tant dire à un jet de pierre de l’ate­lier qui se trouve à Ville­dieu mais dans le Vau­cluse. Il re­prend : « Mes pa­rents ven­daient des vé­los et des cy­clos et mes deux frères aî­nés fai­saient de la mo­to. Moi, j’ai com­men­cé à 6 ans et je me suis fa­bri­qué mon pre­mier side-car à 12. Il était at­te­lé à une Koel­her-es­cof­fier 250. J’ai tou­jours ai­mé sou­der… » Pour­tant, c’est seule­ment vingt ans plus tard qu’il ap­prend à réa­li­ser des ga­ba­rits, justement chez un fa­bri­cant de side-cars, Pro­duct’ Side.

« Sou­vent, il faut tout re­prendre »

Entre-temps, Alain a fait un peu de tout, comme il dit. Le plus éton­nant reste ce­pen­dant ses quatre an­nées de sculp­ture sur pierre au centre ar­tis­tique de Pié­gon, tou­jours près de chez lui. « J’y étais al­lé pour faire la plonge et quand le di­rec­teur a vu que je m’in­té­res­sais à leurs ac­ti­vi­tés, il m’a lais­sé faire… » On était en plein mi­lieu des an­nées 80 et à l’époque, Alain rou­lait en Triumph Trident. Ar­rive le XXIE siècle et l’ou­ver­ture de son ate­lier bap­ti­sé ATC (pour Alain Tailleux Créa­tion). L’idée lui trot­tait dans la tête de­puis quelque temps dé­jà : « Guillaume Ma­zoyer (plus connu sous le pseu­do­nyme de Zoy) m’avait don­né un cadre de Mar­tin à re­dres­ser. Je m’en suis oc­cu­pé et de­dans, j’ai mon­té un Hon­da CB 350 quatre-cy­lindres. J’ai pas­sé une an­nonce dans Mo­to Lé­gende. J’ai re­çu énor­mé­ment de coups de fil. Je me suis dit qu’il y avait une de­mande pour ce genre de par­tie­cycle… » Il com­mence par créer un ga­ba­rit en re­pre­nant les cotes du cadre de la Kawasaki 250 KR1, le bi­cy­lindre deux-temps qui fut uti­li­sé pour la Coupe Mo­to Re­vue dans les an­nées 80. Les mo­tos Tailleux se­ront donc de pe­tites tailles ou ne se­ront pas ! Il faut dire qu’alain aime les bé­canes ani­mées par des gromonos, lui qui rou­lait sur une Du­ca­ti 250 Desmo à 14 ans puis avec pas mal de mo­no­cy­lindres ja­po­nais. Pour fa­bri­quer ces cadres, très ins­pi­rés des Egli, il uti­lise du tube d’acier éti­ré

ALAIN AIME LES BÉ­CANES ANI­MÉES PAR DES GROMONOS, LUI QUI ROU­LAIT SUR UNE DU­CA­TI 250 DESMO À 14 ANS

de 100 mm de dia­mètre sauf que si le Suisse tra­vaillait au­tour d’une « épine dor­sale » de 650 mm de lon­gueur, Alain, lui, se contente de 500 mm : « Du coup, je ne peux mon­ter que du mo­no, ou des pe­tits bi­cy­lindres, comme le Hon­da CB 350 ou le Triumph T100. Le T120, qui fait 15 cm de plus, ne rentre pas. » Une quin­zaine d’an­nées plus tard, il en est à plus de 25 cadres (voir page 76). Pour fê­ter ça, il a en pro­jet un cadre « style an­glais » pour un twin Hon­da 350. Pour lui, style an­glais, ça veut dire style See­ley. Car Alain ne s’en cache pas, il n’a rien in­ven­té et il se garde bien de mar­cher sur les plates-bandes des ca­ma­rades : « Des ama­teurs de Vincent et Hon­da CB 750 m’ont ap­pe­lé mais je ne veux faire concur­rence ni à Godet, ni à Mar­tin… » Lorsque nous sommes pas­sés le voir, il ap­por­tait la der­nière touche à une Tailleux mon­tée avec un mo­teur Yamaha YZF 450. Un mo­no­cy­lindre double arbre re­froi­di par eau ori­gi­nel­le­ment conçu pour le mo­to­cross. « Pour ce mo­teur, j’ai réa­li­sé des pla­tines in­fé­rieures qui jouent le rôle de ber­ceau in­fé­rieur. À part lorsque l’axe de bras os­cil­lant est fixé sur le car­ter-mo­teur, je dois tou­jours en pas­ser par là, mais leurs tailles va­rient sui­vant le nombre de points d’an­crage. » Alain ne se contente pas de fa­bri­quer des cadres. Il pro­duit par exemple de très beaux ré­ser­voirs de BMW Sé­rie 5 et 6 dont on vous a dé­jà par­lé. Il ef­fec­tue aus­si des res­tau­ra­tions com­plètes, à l’image de cette Hon­da CD 125 qui est en­core dans son ate­lier. Il n’a pas peur de s’at­ta­quer aux ma­chines d’avant-guerre, comme une Ter­rot NSS à mo­teur Jap qui est en­core en pe­tits bouts. Et si des pièces mé­ca­niques viennent à man­quer, il n’hé­site pas à faire tour­ner ses ma­chi­ne­sou­tils. Il peut aus­si se conten­ter de ré­gler la car­bu­ra­tion sur une Nor­ton Com­man­do ou re­dres­ser le cadre d’une Hon­da VF 500 F. Avant d’al­ler cas­ser la croûte, il nous em­mène dans son an­cien ate­lier, une dé­pen­dance si­tuée juste en face du nou­veau. « J’ai choi­si mon sous-sol car cette grange était trop froide l’hi­ver et trop chaude l’été. » Au­jourd’hui, les lieux servent à sto­cker les mo­tos en at­tente, telles ces deux BMW bri­co­lées à la sauce Brat Style. « En gé­né­ral, les gars viennent me voir pour la fi­ni­tion mais sou­vent, il faut tout re­prendre. La mode ac­tuelle m’aide quand même à vivre… »

« JE NE VEUX FAIRE CONCUR­RENCE NI À GODET, NI À MAR­TIN... »

1- Nor­ton 850 Com­man­do ou Hon­da CD 125, Alain Tailleux est éclec­tique. 2- Si une pièce fait dé­faut, il met le tour en route et la fa­brique, tout sim­ple­ment. 3- Des ar­ra­che­moyeux d’époque mais tou­jours ef­fi­caces. 4- Touche-à-tout, Tailleux fa­brique aus­si des ré­ser­voirs en po­ly­es­ter. 3

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1- Alain Tailleux contrôle un cadre de Hon­da VF 500 F. 2- Ac­cro­ché au mur, l’un de ses cadres at­tend un mo­teur. 3- Ce Hon­da CB 350 se­ra mon­té dans un cadre « style an­glais »...

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