SWM, LE RE­TOUR

Dis­pa­rue à la fin des an­nées 80, la marque SWM re­naît de ses cendres et pro­pose deux néo-clas­siques plu­tôt chic.

Moto Revue Classic - - Sommaire - Texte : Pao­lo Sor­ma­ni – Pho­tos : SWM et PS

La marque italienne dis­pa­rue dans les an­nées 80 re­vient avec deux jo­lies néo-clas­siques.

Avant la qua­li­té des mo­dèles et leur de­si­gn, chez SWM, on se sou­cie plus de l’au­then­ti­ci­té de l’ap­pel­la­tion d’ori­gine. C’est tout sim­ple­ment vi­tal pour des mo­tos néo-clas­siques qui portent sur le ré­ser­voir une marque qui a écrit une par­tie de l’his­toire du tout-ter­rain dans les an­nées 70 et 80 : « Écri­vez bien que les SWM ne sont pas des mo­tos chi­noises, mais sont conçues, des­si­nées et as­sem­blées en Ita­lie. » Plus pré­ci­sé­ment en Lom­bar­die, à Cas­si­net­ta di Bian­dron­no, en face de chez MV Agus­ta, sur les rives du pe­tit lac de Va­rèse. Un choix qui n’est pas dû au ha­sard : c’est ici, en 1999, que Clau­dio Cas­ti­glio­ni a inau­gu­ré la nou­velle usine du groupe Ca­gi­va, où furent as­sem­blées les Hus­q­var­na – autre grand nom du tout-ter­rain qui ap­par­te­nait aux frères Cas­ti­glio­ni. Pour­tant, en 2004, les Hus­ky passent dans les mains mal­adroites de BMW et, neuf ans plus tard, fi­nissent par être aban­don­nées à Pie­rer In­dus­trie AG, c’est-à-dire KTM. Une pa­ra­bole de l’éco­no­mie glo­bale très si­mi­laire à ce que vit l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière italienne de­puis quelques an­nées…

Le bi­cy­lindre 440 pour base com­mune

Il faut sa­voir qu’en 2013, cette usine de Cas­si­net­ta a été vi­dée de tout et qu’elle doit sa re­nais­sance à l’in­gé­nieur Am­pe­lio Mac­chi, 61 ans, qui, au pas­sage, avait dé­ve­lop­pé la gamme Hus­q­var­na au mi­lieu des an­nées 90. Après être pas­sé par Apri­lia jus­qu’en 2010, Mac­chi ren­contre presque par ha­sard l’in­dus­triel chi­nois Daxing Gong, pré­sident du Shi­ne­ray Group. Exac­te­ment comme pour Qia­ni­jang et Be­nel­li en 2005, Shi­ne­ray cher­chait un nom eu­ro­péen avec un pas­sé pres­ti­gieux pour pro­po­ser au mar­ché do­mes­tique des mo­dèles haut de gamme. L’in­gé­nieur Mac­chi ex­pose alors à Daxing Gong l’op­por­tu­ni­té de faire re­vivre la gamme Hus­q­var­na pré-bmw en ra­che­tant SWM à l’ita­lien Fe­de­ri­co Fre­gnan, dé­jà dé­ten­teur de Fan­tic Mo­tor. La pre­mière SWM nou­velle gé­né­ra­tion est sor­tie des chaînes de Cas­si­net­ta le 8 juillet 2015 et un an après, en plus des dix mo­dèles tout-ter­rain, les mo­no­cy­lindres 440 Gran Milano et Silver Vase sont dis­po­nibles. Am­pe­lio Mac­chi et ses hommes ont tra­vaillé avec pas­sion et ra­pi­di­té. Ce n’est donc pas pour rien si l’acro­nyme SWM si­gni­fie « Spee­dy Wor­king Mo­tors »… Vous y voyez un peu plus clair ? Ce long et com­pli­qué pré­am­bule était né­ces­saire pour mieux com­prendre d’où

LA PRE­MIÈRE SWM NOU­VELLE GÉ­NÉ­RA­TION EST SOR­TIE DES CHAÎNES DE MON­TAGE LE 8 JUILLET 2015

ve­naient les néo-clas­siques SWM. La Gran Milano, le road­ster, et la Silver Vase, le scrambler, par­tagent la même base, à sa­voir un bi­cy­lindre 440 double arbre à cames en tête avec boîte à cinq vi­tesses mon­té dans un cadre tu­bu­laire à double ber­ceau. Plus mo­derne que clas­sique, la Gran Milano est pa­rée pour l’ar­souille avec sa po­si­tion de conduite et sa pe­tite taille. Le mo­teur est vi­vant et frei­nage et sus­pen­sions sont ef­fi­caces. Plus clas­sique que mo­derne, la Silver Vase, de par sa po­si­tion de conduite et ses co­lo­ris, nous rap­pelle le pre­mier mo­dèle SWM Re­go­la­ri­tà (en­du­ro en ita­lien) de 1975. Elle s’adresse aux nos­tal­giques de la marque (mais y en a-t-il tant que ça ?) qui cherchent une al­ter­na­tive « clas­sieuse » au scoo­ter pour tra­ver­ser la mé­tro­pole (elle coûte moins cher qu’une Ves­pa 300 GTS), ou veulent se pro­me­ner en em­prun­tant par­fois les che­mins de terre. Avec sa ten­dance road­ster, la Gran Milano es­père au contraire conqué­rir de nou­veaux clients, voire de nou­veaux mar­chés. On re­marque tout de suite sa ligne ori­gi­nale qui en­ve­loppe une base clas­sique. Le mo­teur course courte de fa­bri­ca­tion chi­noise (et d’ori­gine ja­po­naise puis­qu’il a été co­pié sur ce­lui de la Hon­da XR 400) a été com­plè­te­ment mo­di­fié par Am­pe­lio Mac­chi. Par rap­port à la Silver Vase, sa plus grande vi­va­ci­té est due aux rap­ports de boîte rac­cour­cis et à l’élec­tro­nique ac­cor­dée à l’échap­pe­ment deux en deux. Échap­pe­ments qui se ter­minent par des si­len­cieux ex­trac­tibles. At­ten­tion les oreilles ! Si la mé­ca­nique, la par­tie-cycle et l’ha­billage ont été soi­gnés, la « qua­li­té de su­per­mar­ché » se re­trouve sur les com­mandes, les pla­tines, les bra­ce­lets et l’ins­tru­men­ta­tion. Même si cette der­nière est agréable avec son ta­bleau de bord mixte, ana­lo­gique

et di­gi­tal. À pro­pos du mo­teur, il ré­agit dès les bas ré­gimes mais ne manque pas d’al­longe. Il a de la san­té – ça s’en­tend d’ailleurs – et est très plai­sant lorsque l’ai­guille du compte-tours se trouve dans la par­tie cen­trale, c’est-à-dire entre quatre et sept mille tours. On sent tout de même quelques vi­bra­tions aux alen­tours de 130 km/h mais il est inu­tile de lui de­man­der l’im­pos­sible et en tout cas, l’en­semble mo­teur/par­tie-cycle est équi­li­bré et pro­cure un di­ver­tis­se­ment ga­ran­ti sur par­cours si­nueux. La ma­nia­bi­li­té est l’un de points forts de la Gran Milano en par­tie grâce à la chasse ré­duite par rap­port à la Silver Vase. Sa fourche in­ver­sée de 47 mm to­ta­le­ment ré­glable donne confiance. Le frei­nage pro­cu­ré par l’étrier ra­dial Brem­bo à quatre pis­tons sur le disque flot­tant est, lui aus­si, plus qu’ef­fi­cace. « L’ha­bit fait l’homme, mais ce sont les chaus­sures qui le tra­hissent. » Un adage qui peut s’ap­pli­quer à la Gran Milano car son po­ten­tiel est un peu gâ­ché par ses pneus. Le pro­fil bi­zarre des Gol­den Tyre per­turbe l’en­trée en vi­rage. Il fau­drait re­faire un es­sai avec des Con­ti­nen­tal Road At­tack, par exemple. L’autre point faible de la Gran Milano, c’est le cen­tre­ville. Née mo­no­place (mais avec selle double en op­tion gra­tuite), elle com­prime le pi­lote dans son tri­angle ré­ser­voir/selle/ re­pose-pieds, ces der­niers se trou­vant in­ex­pli­ca­ble­ment dans une po­si­tion trop cen­trale. N’em­pêche, la Gran Milano s’adresse à tous ceux qui aiment les vi­ro­los. Pour convaincre la nou­velle clien­tèle, le tra­vail du centre de style SWM de­vrait être dé­ci­sif. Di­ri­gé par Raf­faele Zac­ca­gni­ni (lui aus­si ex-ca­gi­va, Hus­q­var­na et Apri­lia), le pe­tit ate­lier se charge de tout, de la mo­dé­li­sa­tion aux gra­phismes. « Pour faire connaître SWM aux nou­veaux clients, mi­ser sur la réédition de mo­dèles historiques se­rait trop ris­qué. Com­bien de gens de moins de 40 ans connaissent la marque ? Ain­si, nous avons choi­si de créer un “choc visuel” par le biais des co­lo­ris et des formes tri­an­gu­laires du ré­ser­voir. Des élé­ments ty­piques des SWM de la fin des an­nées 70 et du dé­but des an­nées 80. Sur la Gran Milano, on peut al­ler en­core plus loin, tou­jours dans un contexte clas­sique. Pour l’eic­ma 2016, vous dé­cou­vri­rez deux nou­velles teintes pour chaque mo­to et, en plus, une sé­rie d’ac­ces­soires, comme des pare-brise et des sa­coches en cuir. Nous al­lons éga­le­ment dé­voi­ler un concept tout nou­veau, sans lien avec le tout-ter­rain. Vous al­lez être sur­pris. » On n’en sau­ra pas plus mais ce qui est sûr, c’est que l’his­toire SWM est à nou­veau en marche.

CRÉER UN « CHOC VISUEL » PLU­TÔT QUE DE MI­SER SUR LA RÉÉDITION DE MO­DÈLES HISTORIQUES

Sur les bords du lac de Va­rèse, là où elle est née, la très élé­gante SWM 440 Gran Milano prend la pose.

1- Le po­ten­tiel de la Gran Milano est un peu gâ­ché par ses pneus. 2- Dom­mage que l’ins­tru­men­ta­tion ne soit pas de meilleure qua­li­té. 3- Ceux qui pré­fèrent rou­ler hors des sen­tiers bat­tus op­te­ront plu­tôt pour la Silver Vase.

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Pour les rou­tards ou les dan­dys, SWM pro­pose des ac­ces­soires, comme ces sa­coches en cuir.

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