Concen­tra­tions et hi­ver­nales

Moto Revue - - Mag Millevaches 2016 -

Si elles se dé­roulent dans la confi­den­tia­li­té, les « hi­ver­nales » n’en ont pas moins la peau dure. Les Pin­gui­nos (Es­pagne, 13-15 jan­vier), les Élé­phants (Al­le­magne, 29-31 jan­vier) et le Krys­tall Ral­ly (Nor­vège, 16-19 fé­vrier) font fi­gure de ré­fé­rence dans le mi­lieu. Chaque an­née, plu­sieurs mil­liers de mo­tards s’y re­trouvent au­tour du feu, souvent dans la neige, pour par­ta­ger ami­tié et spé­cia­li­tés de leurs contrées. Pas be­soin ce­pen­dant de faire au­tant de ki­lo­mètres pour goû­ter ces plai­sirs ge­lés, ou même à ceux d’une concentre (la même chose, le froid en moins) : en France, chaque week-end a ses ras­sem­ble­ments, et il y en a for­cé­ment un près de chez vous. Les 2’Pat’s, la Gé­nép’Hi­ver­nale, les Cha­fouines, cer­taines pro­posent des ba­lades, des ani­ma­tions, des re­pas, mais il vous fau­dra pour­tant trou­ver le che­min de la pre­mière concentre pour sa­voir que les autres existent... Le mo­tard est souvent ré­frac­taire, et le bouche-à-oreille rem­place pour beau­coup de ces évé­ne­ments l’in­vi­ta­tion Fa­ce­book... Alors lâ­chez vos cla­viers, et tour­nez la poi­gnée !

ça ga­lère aus­si, et Fred­dy fi­nit au tas, jante avant voi­lée pas belle du tout, mais il avait dit qu’il irait au bout, alors... Alors j’ai fi­ni par aban­don­ner la troupe pour fi­nir seul, parce qu’en fait, je suis ma­lade comme un chien. J’ai lais­sé mon pe­tit-dé­jeu­ner et les co­pains au pied d’un arbre pour mon­ter, plié en deux mais pas de rire, jus­qu’au pla­teau des Mille­vaches, en Cor­rèze. Les Mille­vaches, un nom qui sonne comme une blague, mais qui in­carne chez les roule-tou­jours un point de pas­sage in­con­tour­nable, et pour cause : en 1969, Mi­chel Per­drix, Pa­ri­sien et pré­sident du MCP 95, dé­ci­da d’or­ga­ni­ser la pre­mière concen­tra­tion mo­tarde in­ter­na­tio­nale fran­çaise et libre au mont Au­douze, un des points le plus haut du pla­teau. Un vé­ri­table fias­co ni­veau or­ga­ni­sa­tion, dû à une tem­pête de neige et des tem­pé­ra­tures des­cen­dant jus­qu’à - 18 °C, ren­dant l’ac­cès qua­si­ment im­pos­sible, met­tant à mal pi­lotes et mé­ca­niques. Mais des pires si­tua­tions naissent souvent les meilleurs sou­ve­nirs, et ces Mille­vaches, pre­mière du nom, en­traient sim­ple­ment dans la mé­moire col­lec­tive par la grande porte. Jus­qu’en 1974, et mal­gré le dé­cès de son fon­da­teur en 71, la Cor­rèze fut un in­con­tour­nable des mo­tards hi­ver­naux. De­ve­nu un conte ra­con­té par de vieux bar­bus à des p’tits jeunes-qui-zy-connaissent-rien, ce n’est qu’en 2009 que le MC Mey­mac à fait re­naître le mythe de ses cendres. De­puis 2013, une autre concentre est née de la di­ver­gence des points de vue, l’Au­then­tic, qui change de site chaque an­née et se dé­roule la se­maine d’avant. Qui a eu rai­son, qui a eu tort, qu’im­porte : quand des potes se mettent au ser­vice des autres pour leur faire pas­ser un bon mo­ment, on ne peut qu’être heu­reux de le par­ta­ger avec eux... Mille­vaches, c’est un tout pe­tit bled, et si tu fais pas gaffe au mo­ment où tu y entres de­dans, t’en es dé­jà sor­ti. Mais y a un truc par­ti­cu­lier là-bas : un champ. Un champ bi­zarre, blanc le ma­tin, vert l’après-mi­di, gris la nuit, où poussent en li­sière des dra­peaux ita­lien, es­pa­gnol, néer­lan­dais, belge ou suisse, et des tentes en ce mi­lieu d’après­mi­di. Un champ, une bu­vette, re­bap­ti­sée « L’Abreu­voir » pour l’oc­ca­sion, une ran­gée de chiottes de chan­tier, et… et c’est tout. Il est 14 h 30, c’est beau, tel­le­ment beau, et je suis tel­le­ment ma­lade aus­si, que je me dis que je pour­rais bien cre­ver là, que les élé­ments sont réunis. Mais je dois d’abord mon­ter la tente. Une heure de sieste, de quoi re­mon­ter le bon­homme et res­ser­rer la tripe, je re­grimpe sur la MeuZeu, la selle en­core chaude, di­rec­tion Sa­droc, entre Uzerche et Brive. Je passe les ga­lères, la dé­via­tion de SaintMerd-les-Ous­sines (prends une carte si tu me crois pas), le per­dage dans la cam­pagne corrézienne, le gui­dage ap­proxi­ma­tif des au­toch­tones, le té­moin de charge de la bat­te­rie qui s’al­lume au bout de 10 bornes et m’oblige à rou­ler sans phares jus­qu’à 18 h 30 (et il fait très nuit, un 9 dé­cembre, à 18 h 30…). Ce soir, je dois juste ar­ri­ver chez mon amie Fran­çoise, tailler la ba­vette avec elle, puis al­ler cher­cher mon fran­gin qui ar­rive de Pa­ris et du bou­lot à la gare toute proche vers 22 h. Et dor­mir, peut-être, si j’ar­rive à trou­ver la panne… Ça se passe pour­tant à peu près comme ça, ré­pa­ra­tion et sou­dure du ré­gu­la­teur (mer­ci Elian pour le ma­tos !) en prime…

À l’étable

Quelques mé­docs, un ca­fé, un lit sal­va­teur et beau­coup de cha­leur de fram­boise plus tard, je re­kicke au ma­tin ac­com­pa­gné de mon ju­meau moins gros – ouais, mon p’tit frère – pour faire les 100 bornes dans l’autre sens et vivre une nou­velle ar­ri­vée au pla­teau. Pe­tite route pour bien lui don­ner le ton du week-end, ar­rêt à Mey­mac pour prendre l’ins­crip­tion de ri­gueur (à 10 balles, t’as la to­tale), et feu à fond de trois dans les côtes pour re­joindre le cam­pe­ment. Et ça ar­rive de tous les bords ! Des sides, des trails, des mobs, des chop­pers de la mort, quelques spor­tives et des trucs très, très moches viennent de France et d’Eu­rope. Y en a pour tous les goûts : de la GS toute sa­co­chée au roadster trans­por­teur de sacs-pou­belles, du man­chon chauf­fant au casque jet et à l’écharpe, chaque mo­tard est ve­nu avec ce qu’il avait de mieux pour af­fron­ter la route et la ri­gueur du cli­mat. Mais ve­nu pour­quoi, au fait ? Certes, la na­ture est belle, ce cam­pe­ment près des sa­pins don­ne­rait des fris­sons à un ré­fu­gié éco­lo­giste de la jungle ca­lai­sienne, mais il s’y passe quoi, con­crè­te­ment, ici ? Eh bien… rien. Et tout en fait. Y a rien de pré­vu, pas de concert, pas de course, pas de strip-tease, ni de ve­nue

du Père Noël, mal­gré le nombre in­cal­cu­lable de bar­bus. C’est juste un re­grou­pe­ment de fon­dus, une rave par­ty sans ecs­ta, sans mu­sique, mais en bé­cane. C’est sim­ple­ment un re­grou­pe­ment de cultures, de par­tage, et de belles images. Alors on pro­fite du jour pour ma­ter les meules, les tré­sors d’in­gé­nio­si­té qui ont per­mis de trans­por­ter un poêle à bois, un mou­ton et sa broche, ou la fixa­tion de bi­dons de 50 litres qui servent de va­lises. On se marre de­vant un chop­per sans fin et son pe­tit ca­nard per­vers ju­ché sur le garde-boue. On re­trouve Ton­ton Ro­land, l’or­ga­ni­sa­teur du Jum­bo de Saint-Ai­gnan, Claude, pro­prié­taire d’une Nim­bus ren­con­tré sur un coin de pad­dock man­nois, et ma clique de bons far­cis en mo­by­lette. Cer­tains ont mis plus de 10 heures pour ral­lier l’ar­ri­vée, dont Jean-Séb, câble de gaz cas­sé, qu’il a aus­si­tôt équi­pé d’un do­mi­no de chan­tier pour pou­voir ac­cé­lé­rer et plan­ter sa toile sur le pla­teau… Fred­dy-roue-voi­lée, lui, s’est vu of­frir spon­ta­né­ment une jante par un in­con­nu qui avait ça qui traî­nait chez lui. Il peut pas re­mettre de frein des­sus, mais il est content quand même, ce se­ra plus confort qu’à l’al­ler… Co­rinne, notre pho­to­graphe, nous a re­joints sur son V-Strom, aug­men­tant les rangs fé­mi­nins, plus nom­breux chaque an­née. On passe l’après-mi­di en­semble, tran­quilles, et le soleil com­mence à fondre, grosse boule de glace à la mangue dans un ciel pas­sion.

Une nuit sans am­poule mais pas sans lu­mière

Pré­voyants, les tas de bois se sont faits plus gros au mi­lieu des tentes, et les feux com­mencent à cré­pi­ter un peu par­tout, pour mieux ryth­mer les his­toires des anciens et ré­chauf­fer les pieds des plus jeunes. D’un apé­ro avec les Vier­zon­nais Phi­lippe et Bru­no, nous fi­lons vers une base MZ­diste, mère pa­trie oblige. Nous re­trou­vons Pé­père,

1 À l’en­trée du cam­ping, une pan­carte in­dique les dis­tances avec les concentres les plus connues. En des­sous, les ca­ma­rades au­ront iden­ti­fié une IZH Ju­pi­ter, russe jus­qu’au bout des rayons. 2 L’im­por­tant là-bas, c’est de ne ja­mais man­quer de pain... et de

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1 Ça roule dans le froid, ça joue les durs, et pis ça se sent per­du si ça part en week-end sans sa pe­luche... 2 Le temps em­porte les bi­ceps mais les rem­place par l’ex­pé­rience : un mar­teau pour ta­per sur la hache et fendre son bois, tout en dou­ceur et mode

1 2 1 Ou quand tu ne sais pas quoi faire des 4 bouts de tube, du mo­teur et de la bou­teille de gnôle qui traînent dans le fond de ton ga­rage... Et que tu as un poste à sou­der ! 2 La ser­veuse est moins gla­mour, mais ça a quand même plus de gueule qu’un comp

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