L’EF­FET PI­LULE BLEUE

Moto Revue - - Essai Suzuki Gsx-r 1000 R -

La gorge se noue, les mains de­viennent moites, le pal­pi­tant s’ac­cé­lère... La sti­mu­la­tion de flux san­guin est maxi­male... On n’est pas près d’ou­blier notre étreinte avec la nou­velle GSX-R 1000 R sur le ta­pis de Phil­lip Island.

Jus­qu’à pré­sent et ce, de­puis plus de quinze ans, une GSX-R 1000 se ca­rac­té­ri­sait par des formes plu­tôt gi­rondes, une as­sise basse et confor­table, des de­mi-gui­dons re­la­ti­ve­ment fer­més et un ca­rac­tère mo­teur af­fir­mé. à par­tir de main­te­nant, la belle bleue adopte des men­su­ra­tions plus en rap­port avec l’époque, mais, et ce­la pour­ra en ras­su­rer cer­tains, sans non plus trop se ra­di­ca­li­ser. Elle s’est af­fi­née, les de­mi-gui­dons se sont (en­fin !) ou­verts et les jambes ne sont plus exa­gé­ré­ment pliées. La selle n’a pas ou­blié sa dose de confort et la pro­tec­tion of­ferte par la bulle au­rait de quoi ins­pi­rer quelques autres construc­teurs... Di­sons que nous ap­pré­cions fort bien ce nou­veau tri­angle selle/re­po­se­pieds/gui­don clai­re­ment ty­pé sport, mais loin d’avoir bas­cu­lé dans l’ex­trême. De­si­gn spor­tif sans être agres­sif, ergonomie spor­tive sans être ra­di­cale, pour Su­zu­ki, les codes mai­son sont res­pec­tés. De rouge, le feu ou­vrant sur l’ac­cès à la piste aus­tra­lienne vire au vert. Le tra­cé est ré­pu­té pour sa ra­pi­di­té, voyons ce que l’on peut faire des 202 che­vaux de la nou­velle GSX-R 1000 R... Ges­tion fine des gaz, pro­gres­si­vi­té de la com­mande d’em­brayage, pré­ci­sion de la sélection, dis­po­ni­bi­li­té mé­ca­nique, rien à cet ins­tant ne peut lais­ser pré­sa­ger de la moindre sau­va­ge­rie dans l’ADN de cette nou­velle GSX-R 1000 R. Dans l’exer­cice voué à la dé­cou­verte du tra­cé, on sa­voure un mo­teur fa­cile et bien rem­pli dès les plus bas ré­gimes. Ces pré­li­mi­naires étant éga­le­ment l’oc­ca­sion de me­su­rer la ré­ac­ti­vi­té de la ma­chine de­puis le gui­don et les re­pose-pieds. Tout semble bien co­or­don­né, il est temps main­te­nant de mon­ter la ca­dence. Vers le cap des 8 000 tr/min, la mé­ca­nique ma­ni­feste une pre­mière in­ten­tion vi­rile jus­qu’à se mettre à pous­ser fran­che­ment dès 10 000 tr/min, ré­gime au­quel le VVT en­tame son dé­pha­sage de la dis­tri­bu­tion. On ima­gine les billes pro­je­tées au fond de leur mé­ca­nisme cen­tri­fuge quand la mo­to tout en­tière se met à nous pro­pul­ser avec une vi­gueur en­ivrante !

Une per­son­na­li­té dis­crète mais ef­fi­cace...

La barre di­gi­tale char­gée d’in­di­quer le ré­gime mo­teur ins­tan­ta­né fonce s’écra­ser dans la zone rouge. Le 4-cy­lindres signe de vraies belles en­vo­lées et dans une force ma­ni­feste. Gaz en grand, pe­tite im­pul­sion sur le sé­lec­teur, et c’est en­core un rap­port su­pé­rieur qui s’en­gage avec ra­pi­di­té et pré­ci­sion. Au­cun doute n’est pos­sible : la nou­velle GSX-R 1000 marche fort, très fort ! Ce mo­teur avance son ca­rac­tère mar­qué au mo­ment de s’en­vo­ler dans les tours, tout en conte­nant le moindre gro­gne­ment. On se sou­vient de l’an­cien bloc et sa ten­dance râ­peuse, ren­for­cée par sa so­no­ri­té si ca­rac­té­ris­tique à l’ad­mis­sion. Cette fois, rien

ne filtre à tra­vers la par­tie-cycle. Ni vi­bra­tion dans le manche, ni gru­meaux dans la sauce, ni vo­ca­lises ca­ver­neuses en pro­ve­nance de la boîte à air, la GSX-R 1000 R 2017 signe sa propre per­son­na­li­té : dis­crète mais ef­fi­cace. Une per­son­na­li­té qui n’est pas sans rap­pe­ler une cer­taine Ka­wa­sa­ki ZX-10R, loin d’une Ya­ma­ha R1 bien plus ru­gueuse et ré­ac­tive. En at­ten­dant, ça bom­barde pour la Suz’ et quand s’an­noncent les courbes ul­tra-ra­pides du tra­cé aus­tra­lien de­vant les roues de Miss GSX-R, mieux vaut ou­vrir l’oeil, et même les deux ! Ici et en­core plus qu’ailleurs, la concen­tra­tion doit être à son maxi­mum. OK, il est tou­jours com­pli­qué de faire plus que le maxi­mum sauf qu’avec plu­sieurs pas­sages à la corde ava­lés entre 180 et 240 km/h, le mieux vaut plus que le bien. Mais ce qui exige un ef­fort consi­dé­rable de la part du bon­homme semble cou­ler de source pour l’en­gin qui fait ici dé­mons­tra­tion. D’abord chaus­sé de ses Brid­ges­tone RS10 de sé­rie, l’ou­til Su­zu­ki fait dé­jà preuve de pré­ci­sion de­puis l’ins­crip­tion jus­qu’à la sor­tie. Et si ces der­niers ma­ni­fes­taient as­sez ra­pi­de­ment leurs li­mites en ma­tière de grip, les pe­tits fran­gins R10 se sont quant à eux ré­vé­lés être de par­faits al­liés. Quand les RS10 im­po­saient de la re­te­nue, les R10 au­to­ri­saient de francs ap­puis, aus­si bien sur les phases de frei­nage que d’ac­cé­lé­ra­tion. Cam­pée sur ses gommes ra­cing, la GSX-R 1000 R nous a réel­le­ment mis en confiance. Et s’il est bien une par­ti­cu­la­ri­té sem­blable à sa de­van­cière, il s’agit sans au­cun doute de ce rap­port confort/ sta­bi­li­té. Mieux en­core, on re­trouve, à bord de la nou­velle GSX-R 1000 R, ce sen­ti­ment de ri­gi­di­té apte à com­mu­ni­quer ef­fi­ca­ce­ment et en dou­ceur tout ce qui se passe à bord.

... qui, pour au­tant, nous a fait trans­pi­rer !

Ja­mais trop ré­ac­tive sur les bosses et/ou vi­breurs, tou­jours très stable et pré­ve­nante, pas vrai­ment fa­ti­gante, elle ré­vèle une adé­qua­tion entre le tra­vail de ses sus­pen­sions et ce­lui de son en­semble cadre/bras os­cil­lant. Et comme pour pa­ra­pher avec au­to­ri­té ce bi­lan de pro­gres­si­vi­té, la ma­chine signe une très in­té­res­sante sa­gesse dans les phases de grosses re­lances. Bien ca­lée sur son pneu ar­rière et avec la poi­gnée vi­sée à fond, Miss GSX-R par­vient à ca­na­li­ser avec brio la dé­fer­lante de puis­sance. Là, tan­dis que le contrôle de mo­tri­ci­té ré­glé sur 3 s’af­fère à ex­ploi­ter le maxi­mum du grip pro­po­sé, l’avant ne cherche pas à s’en­voyer en l’air. Genre de com­bi­nai­son ga­gnante puisque ras­su­rante et as­su­ré­ment ef­fi­cace. Preuve éga­le­ment qu’une confi­gu­ra­tion élec­tro­nique simple mais fo­ca­li­sée sur l’es­sen­tiel ap­porte l’un des meilleurs sou­tiens que l’on soit en droit d’exi­ger. Pour au­tant, ne vous ima­gi­nez pas que la GSX-R 1000 R ne nous a pas fait trans­pi­rer. Les en­chaî­ne­ments à haute vi­tesse et for­cé­ment abor­dés avec beau­coup de ré­gime mo­teur im­posent une iner­tie non né­gli­geable à la mo­to. Ef­fet gy­ro­sco­pique des roues, du vi­le­bre­quin et de toutes les pièces en mou­ve­ment alour­dissent consi­dé­ra­ble­ment les ma­noeuvres à Phil­lip Island. C’est donc dans les sec­tions les moins su­per­so­niques qu’il a fal­lu al­ler éva­luer le ni­veau de ma­nia­bi­li­té. Et sur ce tra­cé, seuls deux sec­teurs l’au­to­risent, il s’agit des deux épingles à droite abor­dées en se­conde. On y a ren­con­tré une mo­to un peu lente à tour­ner court mais fa­cile à re­mettre en ligne pour s’ex­traire. Une ca­rac­té­ris­tique qu’il convien­dra d’al­ler vérifier sur un tra­cé moins sé­lec­tif.

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