Ventes aux en­chères La mai­son Bon­hams ali­gnait une quin­zaine de bi­joux sous les ver­rières du Grand Pa­lais

Or­ga­ni­sée sous la nef du Grand Pa­lais, la vente Bon­hams a re­grou­pé une quin­zaine de mo­tos de col­lec­tion. De ce bel écrin, nous avons pous­sé la porte – comme nous l’au­rions fait d’un cou­vercle – pour al­ler res­pi­rer le par­fum de cet uni­vers mé­con­nu qu’est l

Moto Revue - - Sommaire - Par Trac. Pho­tos Bru­no Sel­lier.

L’en­droit est si ma­jes­tueux qu’il en semble presque ir­réel. Et puis fi­na­le­ment, à bien y re­gar­der, une fois ha­bi­tué à l’in­ten­si­té des pro­jec­teurs dont se dé­gage une chaude lu­mière, on en vient à pen­ser que ce lieu est un théâtre à la me­sure de l’événement qui s’y joue. Sous la nef du Grand Pa­lais, sont re­grou­pées des cen­taines de vé­hi­cules de col­lec­tion s’ex­po­sant aux yeux de quelques ba­dauds, mais sur­tout de fins connais­seurs, pas­sion­nés ou in­ves­tis­seurs. Éta­lés sur leur lit de mo­quette, au­tos, mo­tos, et autres vé­hi­cules mo­to­ri­sés at­tendent qu’un coup de mar­teau vienne scel­ler leur sort. Le mar­teau, c’est le ga­rant de la vente aux en­chères, son ré­su­mé, en tout cas la sym­bo­lique qui ac­com­pagne au­tant qu’elle dé­ter­mine le mo­ment où l’un de ces biens chan­ge­ra de pro­prié­taire. Au pre­mier, et au seul coup de mar­teau, l’ob­jet ache­té pren­dra une nou­velle des­ti­na­tion qui lui per­met­tra de conti­nuer son his­toire. Un ga­rage, une route, un cir­cuit, un mu­sée… C’est bien un mu­sée vi­vant qui s’ex­pose sous nos yeux. De ma­gni­fiques au­tos aux chromes ru­ti­lants (130 voi­tures étaient à ac­qué­rir cette an­née lors de cette vente Bon­hams), de toutes les époques et de tous les styles, cer­taines es­ti­mées à bien plus d’1 mil­lion d’eu­ros, mais aus­si quelques mo­tos. Com­pa­ré à la part prise par l’au­to­mo­bile, le contin­gent des mo­tos s’avère ré­duit (à peine plus de 10 %). Ce­pen­dant, quant au choix des mo­dèles pro­po­sés, au-de­là des marques qui sont dif­fé­rentes bien en­ten­du (même si on a dé­cou­vert là-bas que MV Agus­ta avait pro­duit des ca­mion­nettes), il y a une co­hé­rence dans les époques re­te­nues, et dans l’état évi­dem­ment ex­cep­tion­nel de ces en­gins. Par­mi la quin­zaine de deux-roues pro­po­sés, on trou­vait pas mal de Du­ca­ti. Mo­dernes, an­ciennes, mais tou­jours des spor­tives. La « ve­dette » de cette vente mo­to au­ra été

la plus ré­cente du lot, une 990 Des­mo­se­di­ci RR de 2009, af­fi­chant 10 ki­lo­mètres au comp­teur, et qui a été at­tri­buée à 61 000 € (hors frais qui s’élèvent à en­vi­ron 20 % du prix sous le mar­teau). Un ta­rif in­té­res­sant pour l’ache­teur, sû­re­ment même une bonne af­faire pour une mo­to dont la cote est ame­née à conti­nuer de grim­per. En même temps, nous ne sau­rons pas si le nou­veau pro­prié­taire l’au­ra ache­tée dans le but de réa­li­ser un in­ves­tis­se­ment spé­cu­la­tif, ou sim­ple­ment pour avoir le bon­heur de rou­ler sur une Mo­toGP ho­mo­lo­guée pour la route, et par­faite pour en­vi­sa­ger le cir­cuit. Des quinze mo­dèles ven­dus, l’es­sen­tiel le se­ra soit par té­lé­phone, soit par In­ter­net. Et d’ailleurs, les en­chères sur les mo­tos n’au­ront pas été à la hau­teur des es­pé­rances, ni des ven­deurs, ni de la mai­son de vente Bon­hams. On est loin des ventes réa­li­sées en An­gle­terre ou aux USA quand les Brough Su­pe­rior et les Vincent s’échangent pour plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’eu­ros. Le re­cord à ce jour pour les mo­tos de col­lec­tion étant dé­te­nu par une Brough Su­pe­rior 750 BS4 des an­nées 1930 ven­due plus de 430 000 €, elle-même en­core bien loin de la Har­ley-Davidson « Cap­tain Ame­ri­ca » che­vau­chée par Pe­ter Fon­da dans le film Ea­sy Ri­der et ven­due aux en­chères pour 1,35 mil­lion de dol­lars (1,26 mil­lion d’eu­ros)... À Pa­ris, les stars étaient clai­re­ment du cô­té de l’au­to­mo­bile, bien moins de ce­lui de la mo­to. Une par­ti­cu­la­ri­té lo­gique, comme nous

l’ex­plique Ch­ris­tophe Gaime, rédacteur en

chef de Mo­to Re­vue Clas­sic : « La vente aux en­chères, ce n’est pas une tra­di­tion fran­çaise, mais bien an­glo-saxonne. Nous, notre culture, c’est la pe­tite an­nonce et le bouche-à-oreille. Les plus grosses ventes aux en­chères sont or­ga­ni­sées aux USA et en Grande-Bre­tagne, c’est là-bas que les re­cords tombent pour les Brough Su­pe­rior et les Vincent. Ils en viennent même à y vendre des pièces dé­ta­chées pour ces mo­tos. Il y a une vraie culture de l’achat aux en­chères dans ces pays, les ventes ont aus­si par­fois un but ca­ri­ta­tif. La vente aux en­chères, c’est aus­si une ma­nière d’éta­ler sa ri­chesse, même si les ventes les plus im­por­tantes se font sou­vent sous cou­vert

d’ano­ny­mat. » Lors de cette vente pa­ri­sienne, les som­mets (au moins sur les mo­tos) n’ont pas été at­teints, les ache­teurs sont res­tés dis­crets.

Le mar­teau qui tombe ne ga­ran­tit pas la vente

Tel­le­ment dis­crets dans leurs en­chères qu’il n’est pas cer­tain qu’ils soient de­ve­nus pro­prié­taires des mo­dèles qu’ils convoi­taient, comme nous l’ex­plique Paul Gau­cher, spé­cia­liste de la di­vi­sion au­to chez Bon­hams : « Toutes les mo­tos ven­dues ici avaient un prix de ré­serve, c’est-à-dire un prix mi­ni­mum sous le­quel le ven­deur dé­cide de ne pas vendre. Ce prix n’est pas connu des en­ché­ris­seurs, seule­ment du ven­deur et du com­mis­saire-pri­seur (Ndlr : la per­sonne qui tient le mar­teau et mène la vente). En gé­né­ral, le prix de ré­serve est com­pris dans l’es­ti­ma­tion ins­crite au ca­ta­logue de vente. Même si le mar­teau tombe pour clore la vente d’un lot, si le prix de ré­serve n’est pas at­teint, la vente n’est pas va­li­dée. » Pour l’es­sen­tiel des mo­tos pré­sen­tées au Grand Pa­lais, les en­chères se­ront res­tées en de­çà, sou­vent bien en de­çà, des es­ti­ma­tions. Le mar­teau est ain­si tom­bé à 5 000 € pour une NSU 241 de 1939 (prix es­ti­mé entre 9 000 et 12 000 €), à 16 000 € pour une Ter­rot 500 de 1917 (es­ti­mée ini­tia­le­ment entre 17 000 et 22 000 €), à 3 200 € pour une Gi­le­ra 175 de 1957 (entre 6 000 et 9 000 €), ou en­core 34 000 € pour une Bi­mo­ta 748 de 1985 (es­ti­ma­tion al­lant de 40 000 à 50 000 €). Loin des re­cords des ventes an­glaises ou amé­ri­caines peut-être, mais une spé­ci­fi­ci­té que Bon­hams en­tend conti­nuer de culti­ver, puis­qu’elle est la seule mai­son de vente à pos­sé­der un dé­par­te­ment mo­to. Mais au fait, com­ment pré­pare-t-on un ca­ta­logue de vente aux en­chères Paul Gau­cher ? « Bon­hams étant seul sur la place, beau­coup de pro­prié­taires viennent na­tu­rel­le­ment à nous. Après, nous avons une base de don­nées, un car­net d’adresses, qui nous per­met de ci­bler les ven­deurs po­ten­tiels et nous leur pro­po­sons alors de vendre leurs mo­tos. La sélection des mo­dèles se fait en

fonc­tion de la ra­re­té, de son état, de son his­to­rique, mais aus­si en fonc­tion du prix sur le­quel on doit s’ac­cor­der avec le ven­deur puisque l’on se doit d’être plus at­trac­tif que lors d’une vente clas­sique, qu’une vente de gré à gré. Aux en­chères, il y a aus­si une com­mis­sion ache­teur (Ndlr : en­vi­ron 20 %, donc). Tout mis bout à bout, on ne doit pas être plus cher qu’une vente clas­sique. » Même dans un tel lieu, avec des mo­dèles pres­ti­gieux, l’in­té­rêt est par­fois d’es­pé­rer pou­voir y réa­li­ser une bonne af­faire mais à ce­la, deux condi­tions. La pre­mière, que les en­chères ne s’em­ballent pas, ce qui est tou­jours pos­sible (et le but pour les mai­sons de vente – on le rap­pelle – com­mis­sion­nées sur les achats) mais qui n’a pas été le cas à Pa­ris. La se­conde, soit que le prix de ré­serve soit bien en de­çà du prix de vente es­ti­mé, soit qu’il n’y ait pas de prix de ré­serve du tout ! Ce qui n’a pas été le cas non plus pour les mo­tos de cette vente pa­ri­sienne (c’était vrai pour cer­taines au­tos).

21 jours pour se mettre d’ac­cord

Mais ce qu’on fait jouer dans une mai­son de vente de pro­duits de luxe, c’est l’ex­per­tise. « Pour Bon­hams, l’in­té­rêt d’une vente aux en­chères, c’est dé­jà d’y trou­ver des mo­dèles as­sez ex­cep­tion­nels. Ça per­met aus­si, pour les ven­deurs, de prendre conscience de la va­leur du mo­dèle qu’ils dé­si­rent vendre. Par­fois, ils n’en ont au­cune idée, par­fois ils le sur­éva­luent, notre ex­per­tise per­met de mettre le mo­dèle en pers­pec­tive avec le mar­ché. En­suite, la ma­gie des en­chères est de réunir de nom­breux ache­teurs po­ten­tiels qui vont peut-être per­mettre au ven­deur de réa­li­ser une jo­lie plus-va­lue » , pour­suit Paul. Plus-va­lue po­ten­tielle, moins-va­lue pos­sible (as­su­jet­tie à la pré­sence ou non d’un prix de ré­serve), l’is­sue est au moins double… Par­fois plus… Il est ain­si pos­sible, lorsque le prix de ré­serve s’ap­proche de l’en­chère, qu’une né­go­cia­tion s’ins­talle entre la mai­son de vente et le ven­deur afin de dé­ter­mi­ner si ce der­nier ac­cepte de lais­ser par­tir le bien. Quoi qu’il en soit, même après que le mar­teau est tom­bé au mo­ment où le com­mis­saire-pri­seur lance son tra­di­tion­nel « ad­ju­gé ! », la mai­son de vente reste en­ga­gée avec ses ven­deurs 21 jours après la vente. Dans ce laps de temps, si un ache­teur se dé­dit, au-de­là des pé­na­li­tés fi­nan­cières qui lui se­ront adres­sées, la mai­son peut dé­ci­der soit de pro­po­ser de nou­veau le bien lors d’une vente ul­té­rieure, soit si l’écart avec le se­cond ache­teur n’était pas si éloi­gné, en­ta­mer une dis­cus­sion avec lui pour ten­ter de fi­na­li­ser la vente. Ces 21 jours, c’est le dé­lai lé­gal im­par­ti pour ten­ter de trou­ver un ac­cord entre ven­deur et ac­qué­reurs. Et les ac­cords, ap­pa­rem­ment, fi­nissent sou­vent par se trou­ver… En té­moigne le chiffre d’affaires réa­li­sé pour l’an­née 2016 par le sec­teur mo­to­ri­sé au coeur des ventes aux en­chères. Il se­rait proche d’1,5 mil­liard d’eu­ros.

1 Cette Du­ca­ti Des­mo­se­di­ci RR de 2009 au­ra été le clou de la vente mo­to, même si elle ne s’est ven­due que 61 000 € (hors frais de com­mis­sion), bien loin de l’au­to­mo­bile As­ton Mar­tin par­tie pour plus de 2 mil­lions d’eu­ros quelques mi­nutes plus tard. 2 Au-d

Le mon­tant de la pro­gres­sion des en­chères se fait à la dis­cré­tion du com­mis­sai­re­pri­seur, vé­ri­table ani­ma­teur de la vente qui théâ­tra­lise son ac­tion. Par tranche de 50, 100, 500, 1000, 2 000 € ou même bien plus, en fonc­tion du prix es­pé­ré de vente (par­fois plu­sieurs mil­lions d’eu­ros).

Sa­viez-vous qu’en 1957 MV Agus­ta fa­bri­quait des ca­mion­nettes ? Non ? Eh bien nous non plus...

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