In­ter­view

On l’avait dé­cou­vert très concen­tré au Scorpion Mas­ters l’an der­nier. Cette sai­son, le no­nuple cham­pion du monde des ral­lyes s’est ins­crit pour le plai­sir à l’avey­ron­naise Clas­sic, son pre­mier en­du­ro. L’oc­ca­sion pour nous de le faire cau­ser d’une vé­ri­ta

Moto Verte - - Sommaire - Par JM Pou­get

Sé­bas­tien Loeb, fan de Mo­to Verte !

For­cé­ment, quand le bon­homme dé­barque en hé­li­co dans le vil­lage de Rieu­pey­roux où se tient le dé­part de l’avey­ron­naise Clas­sic, c’est quelque chose d’étrange. À cent mille lieues du mi­lieu en­du­ro, plus ali­got-sau­cisse que jet-set. Et puis il y a les cu­rieux, les cen­taines de fans aler­tés par la presse lo­cale qui se pressent au­tour de la star des ral­lyes. Du beau gosse de la pub Men­nen que les ados as­saillent pour un sel­fie ou un au­to­graphe, sans trop de re­te­nue d’ailleurs. Lui es­saie de se faire dis­cret. Ré­pond à toutes les sol­li­ci­ta­tions avec di­li­gence. Reste stoïque quoi­qu’il ar­rive du­rant les vé­ri­fi­ca­tions ad­mi­nis­tra­tives. Puis fi­nit par ve­nir pré­pa­rer sa mo­to, col­ler ses plaques sur sa Ka­té 250 après avoir gen­ti­ment de­man­dé à un mé­ca­ni­cien du team d’éric Ber­nard de lui mon­ter une paire de bib-mousse. At­ten­tif, il écoute les conseils du ma­na­ger KTM Sport France et plai­sante avec ses amis. Il n’a pour­tant pas vou­lu pro­fi­ter de la struc­ture orange, mais a fait ve­nir un as­sis­tant en ca­mion­nette qui le ra­vi­taille­ra, lui et ses potes, du­rant la course. Pas de plaque VIP, mais le nu­mé­ro 100, his­toire de se mê­ler à la troupe des 480 ama­teurs qui roulent sur cette 12e édi­tion de l’avey­ron­naise Clas­sic. La dé­marche dé­tonne, pense-t-on dans un pre­mier temps. Mais au fi­nal et après avoir cau­sé un long mo­ment avec le bon­homme, on a com­pris qu’il était loin de cette image in­duite par son sta­tut de per­son­nage pu­blic. Qu’il était là pour se faire plai­sir et pas­ser un bon mo­ment, loin de l’agi­ta­tion du cham­pion­nat WTCC où, pour sa pre­mière sai­son, il pointe à la 3e place du pro­vi­soire. On a pré­fé­ré faire cette in­ter­view la veille du dé­part. On a bien fait. Le len­de­main, et après deux spé­ciales et une cen­taine de ki­lo­mètres par­cou­rus, l’of­fi­ciel Ci­troën a fait une glis­sade toute bête et s’est lé­gè­re­ment fait mal à la che­ville droite. Rien de mé­chant mais pro jus­qu’au bout des ongles et avec un cham­pion­nat qui re­prend en sep­tembre, il a pré­fé­ré je­ter l’éponge et ne pas prendre plus de risques. Dom­mage, il se ré­ga­lait, nous a-til confié avant de ren­trer à la mai­son. Eh oui, s’il le peut, il re­vien­dra conju­rer le mau­vais sort. 135e de la pre­mière spé­ciale, 100e temps de la deuxième, il nous a de plus dé­mon­tré qu’il était loin d’être man­chot. À le re­gar­der rou­ler, c’était plus que propre. Fin et tech­nique. Et ça ne nous a pas vrai­ment éton­nés. Mais li­sez plu­tôt…

Pre­miè­re­ment, com­ment ça va? Pas trop de stress pour ton pre­mier en­du­ro même si je pense que tu sais gé­rer ce genre de chose ?

« Oh, je le prends pas comme une course mais comme une ba­lade entre amis. J’ai pas un grand ni­veau en en­du­ro. Ces trois der­nières an­nées, j’ai dû faire moins de ki­lo­mètres que je vais en faire du­rant ces trois jours sur l’avey­ron­naise. On nous a dit que c’est une des clas­siques les plus fa­ciles et comme mes potes n’ont pas for­cé­ment un ni­veau très éle­vé non plus, on s’est dit que c’était l’oc­ca­sion de faire une ba­lade sym­pa entre nous. En plus, je connais l’avey­ron à cause du ral­lye du Rouergue. J’ai tou­jours bien ai­mé cette ré­gion, un bel en­droit. Et tous les élé­ments étant réunis, on s’est ins­crit… »

Rou­ler entre potes, c’est aus­si pour le chal­lenge entre vous ? Vous al­lez re­gar­der les chro­nos ?

« Non… On ver­ra bien. D’abord s’éco­no­mi­ser pour ter­mi­ner l’épreuve, et puis bien sûr on se pren­dra au jeu. Mais c’est la pre­mière fois qu’on s’ins­crit sur un en­du­ro avec mon beau­frère et deux amis al­sa­ciens. On sait que c’est long, mais c’est une dé­cou­verte. Je ne connais même pas le rythme à adop­ter dans les che­mins, si c’est ra­pide ou tran­quille. Ce que je sais, c’est qu’on va rou­ler en groupe et que le rythme, c’est eux qui vont le don­ner… Bon, cer­tains vont pas très vite. » (sou­rires)

Je sais que tu as com­men­cé par des courses de mo­by­lette quand tu étais ado. Mais la mo­to, ça fait long­temps que tu pra­tiques ?

« Oui, j’ai com­men­cé par la mob avant la voi­ture. Je fai­sais des courses d’en­du­rance de 4 ou 6 heures, comme les 6 Heures d’ha­gue­nau. C’était des courses sur bi­tume. Mes pre­mières com­pèt’ mé­ca­niques. J’ai fait trois courses, c’est tout, après je suis pas­sé à la voi­ture… »

Et pour­quoi ve­nir à l’en­du­ro ?

« J’aime la mo­to dans son en­semble. L’en­du­ro, j’en fais pas sou­vent mal­heu­reu­se­ment. En Suisse, c’est pas pra­tique. Cer­taines an­nées, j’en ai fait deux ou trois fois, pas plus… Je fais de la piste aus­si, j’aime bien ça. »

J’ai cru com­prendre que tu avais plu­sieurs mo­tos chez toi ?

« Oui, des routières, des en­du­ros… De toute fa­çon, les en­du­ros ça va par deux parce

est plus dif­fi­cile que le ral­lye. La mo­to est plus phy­sique que l’au­to. Au ni­veau du pi­lo­tage, c’est la re­cherche de la li­mite avec une ma­chine de course dans les deux cas. Op­ti­mi­ser les frei­nages, cher­cher la bonne tra­jec­toire… J’al­lais dire, à mo­to on se sert des or­nières en vi­rage comme ap­pui et pas en voi­ture. Mais en fait, quand ça creuse en ral­lye, on vient aus­si s’ap­puyer des­sus… Sur deux roues il y a la ges­tion de l’équi­libre en plus. En voi­ture, celle de la glisse. Voi­là. Au fond, ce n’est pas si dif­fé­rent que ça. »

La vi­tesse n’est pas la même. Tu as quand même des sen­sa­tions à 40 à l’heure dans les che­mins ?

« La sen­sa­tion que je pré­fère, ce n’est pas celle de vi­tesse. De toute fa­çon en ral­lye, quand t’as l’im­pres­sion d’al­ler vite, que ça dé­file, c’est que tu n’es pas très ra­pide… Ce qui me plaît dans le pi­lo­tage, c’est la pré­ci­sion. Ar­ri­ver à faire ce que tu veux. Et à mo­to jus­te­ment, je n’y ar­rive pas. Après chaque vi­rage, je me dis que j’au­rais pu pas­ser plus vite. Alors qu’en ral­lye, ce qui me plai­sait, c’était pas de voir dé­fi­ler les arbres, c’était d’ar­ri­ver au point op­ti­mal de ce que je sa­vais faire. Plus que la vi­tesse pure. »

Est-ce que la vi­tesse des meilleurs pi­lotes mo­to t’im­pres­sionne ?

« Oui, évi­dem­ment. Si je re­viens à Méo, quand je le vois pas­ser sur une suc­ces­sion de bosses et de sauts à fond sur la roue ar­rière alors que moi je peux tout juste en­rou­ler ces obs­tacles… For­cé­ment, ça m’im­pres­sionne. »

Est-ce que tu suis l’ac­tua­li­té de la mo­to? Est-ce que tu lis Mo­to Verte ?

« Oui, ça m’ar­rive. Mais c’est par pé­riodes. »

Connais-tu des pi­lotes autres que Méo en en­du­ro?

« Je connais quelques noms, mais pas plus que ça. Cy­ril Despres… »

En par­lant de Méo, tu avais pas­sé une jour­née avec lui. Tu en gardes un bon sou­ve­nir ?

« On a pas­sé une jour­née chez lui avec des co­pains. C’était bien. Vrai­ment. Par contre, quand tu roules avec un mec comme ça, tu vois vite que t’es mau­vais (sou­rires). Quand tu roules avec tes potes, tu te dis tiens, je roule pas mal en fait. Mais quand tu roules avec An­toine Méo, y’a quand même une sa­crée dif­fé­rence… » (sou­rire)

An­toine garde un très bon sou­ve­nir de ton pas­sage chez lui. Il me di­sait, comme Bru­no Ca­moz­zi, que tu étais un élève ap­pli­qué. Avec l’en­vie d’ap­prendre…

« Oui, j’ai tou­jours en­vie d’ap­prendre. Quand je lis Mo­to Verte, j’adore les ar­ticles tech­niques. Com­ment pi­lo­ter, tra­vailler sa po­si­tion… etc. Je n’ai pas as­sez tra­vaillé le pi­lo­tage mo­to. Et j’aime faire les choses cor­rec­te­ment. Alors je re­garde com­ment il faut faire et j’es­saye d’ap­pli­quer. Mais ça ne marche pas (sou­rires). Fau­drait en faire plus sou­vent. Et puis il fau­drait que je ral­longe mes jambes parce qu’elles sont un peu courtes (rires). Quand je suis sur la selle, mes pieds ne touchent pas le sol. Quand je vois Méo, il a les deux pieds bien à plat par terre. C’est sûr, sa 125, elle ne fait pas le même poids pour lui que pour moi. » (sou­rires)

Ton pas­sé de gym­naste doit t’ai­der. Ca­moz­zi était sur­pris par ton équi­libre.

« Oui, c’est sûr ça doit m’ai­der. J’ai tou­jours eu un bon sens de l’équi­libre. »

Quand tu roules avec un pi­lote comme Méo, tu vois vite que t’es un mau­vais! (rires)

Sé­bas­tien Loeb a par­ti­ci­pé à l’avey­ron­naise Clas­sic. On était là!

Au dé­part de l’avey­ron­naise Clas­sic, le n° 100 en­tou­ré de ses potes pour une pre­mière qui pour­rait bien en ap­pe­ler d’autres mal­gré les mésa­ven­tures du pre­mier jour.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.