Dans la roue de Ste­ven Fros­sard…

Moto Verte - - Sommaire - Par Laurent Re­vi­ron, pho­tos Sté­phane De­le­cluse

Pour les mé­de­cins, Ste­ven Fros­sard avait per­du l’usage de ses jambes après sa ter­rible chute en Ita­lie. Mais Ste­ven n’en­vi­sa­geait pas sa vie dans un fau­teuil rou­lant. Plu­tôt sur une mo­to. Un an et de­mi plus tard, on a par­ta­gé une séance de mo­to­cross avec lui. Eh oui !

Le 24 août 2015, quelques ins­tants après que Ste­ven Fros­sard ait lour­de­ment chu­té lors de la pre­mière manche du GP de Man­to­va en Ita­lie, on est loin d’ima­gi­ner qu’un an et de­mi plus tard, on fe­ra un coup de mo­to avec lui. En ef­fet, éva­cué en hé­li­co­ptère avec une perte de sen­sa­tion au ni­veau des jambes, Ste­ven pos­sède à ce mo­ment-là peu de chance de re­mon­ter un jour sur une mo­to. Les pre­miers exa­mens ré­vèlent une frac­ture très grave des ver­tèbres et les mé­de­cins ap­pa­raissent ca­té­go­riques : Ste­ven ne re­trou­ve­ra pas l’usage de ses jambes. Mais au ré­veil de l’opé­ra­tion, le cham­pion ex­prime quelques sen­sa­tions dans les ex­tré­mi­tés, ce qui semble sur­prendre le chi­rur­gien. La moelle n’est donc pas sec­tion­née, c’est in­croyable ! Les mé­de­cins laissent alors en­tre­voir quelques es­poirs, mais un long che­min de croix com­mence pour Ste­ven : « Il y a trois types de frac­tures des ver­tèbres et j’étais dans la confi­gu­ra­tion la plus grave. Celle où dans la ma­jo­ri­té des cas, la moelle est sec­tion­née. J’avais 1 % de chance que ce ne soit pas le cas. On a com­men­cé par me dire que je ne re­mar­che­rais pas. Après, quand j’ai réus­si me dé­pla­cer seul, les mé­de­cins di­saient qu’il ne fal­lait pas s’em­bal­ler parce que les pro­grès pou­vaient s’ar­rê­ter du jour au len­de­main. Et pour fi­nir, ils pen­saient que je ne pour­rais ja­mais re­mon­ter sur une mo­to. Je n’ai pas te­nu compte de tout ça. J’ai fait mon che­min. J’ai tou­jours eu une bonne hy­giène de vie et ça m’a sans doute ai­dé. J’ai vi­si­ble­ment un corps qui récupère très bien. » Après un com­bat d’un an et de­mi, Ste­ven a fi­ni par at­teindre son but la veille du ré­veillon du nou­vel an

2017 : « À par­tir du mo­ment où les mé­de­cins ont vu que ma co­lonne était to­ta­le­ment conso­li­dée, j’ai eu le feu vert pour rou­ler. En­tendre ça a été quelque chose d’énorme, parce que j’ai tou­jours gar­dé cette mo­ti­va­tion de re­faire de la mo­to dans un coin de ma tête. C’est sans doute ce qui m’a per­mis de ré­cu­pé­rer aus­si bien. »

Un gui­don comme un graal

Mais entre le feu vert et le mo­ment où il a fran­chi le pas, il s’est pas­sé quinze jours : « C’est in­croyable d’avoir échap­pé au fau­teuil rou­lant. Je me consi­dère comme chan­ceux. Il n’était plus ques­tion de prendre le moindre risque. La pre­mière fois que j’ai rou­lé, j’étais va­che­ment stres­sé. Je me de­man­dais ce que ça al­lait don­ner, si j’al­lais réus­sir à me faire plai­sir. Je sa­vais qu’il y avait énor­mé­ment de risques à re­mon­ter sur une mo­to. Mais j’ima­gi­nais quand même que, comme sa­voir faire du vé­lo, ça ne s’ou­bliait pas. Je sa­vais que les au­to­ma­tismes al­laient re­ve­nir, l’en­vie y était… Le plus dif­fi­cile res­tait de gé­rer tout ça avec ce corps qui ne pou­vait pas en­core suivre. J’avais peur d’être frus­tré. Qu’il y ait un dé­ca­lage entre ce que j’ima­gi­nais faire et ce que j’al­lais réus­sir. Mais au fi­nal, même si j’ai fait “pet-pet” par rap­port à mon ni­veau d’avant l’ac­ci­dent, j’ai rou­lé en­core plus vite que pas mal de monde et j’ai réus­si à me faire plai­sir. » Ste­ven s’est plu­tôt sen­ti à l’aise et sur­tout, il a vé­cu un mo­ment in­croyable :

« La sen­sa­tion que j’ai alors éprou­vée est dif­fi­cile à dé­crire. C’était vrai­ment d’une in­ten­si­té rare. Quand tu te sou­viens par où tu es pas­sé, qu’un peu plus d’un an au­pa­ra­vant, tu étais en fau­teuil rou­lant… Après deux tours, j’ar­ri­vais à pas­ser tous les sauts. J’étais alors avec mes pa­rents et quand je me suis ar­rê­té, j’ai vu dans leur re­gard qu’on était en train de vivre quelque chose d’énorme. Tu te rap­pelles alors de l’hô­pi­tal, des opé­ra­tions, de la dou­leur… de toutes les dif­fi­cul­tés sur­mon­tées. Ça a été la ré­com­pense de tout ce que j’ai en­du­ré pen­dant un an et de­mi. J’étais un peu gêné au ni­veau de mon pied gauche, mais j’ai réus­si à rou­ler quinze mi­nutes di­rect. Pour la pre­mière fois, j’ai aus­si dé­cou­vert ce qu’était réel­le­ment le mal de bras. C’était de la fo­lie. J’ai rou­lé une deuxième fois un peu plus tard, mais je ne me suis pas vrai­ment fait plai­sir. Le ter­rain était très si­nueux et comme je manque de force dans une jambe, j’ai du mal dans les vi­rages à gauche. » Pour la troi­sième ses­sion mo­to de Ste­ven, Mo­to Verte est là. L’oc­ca­sion de par­ta­ger une su­per jour­née avec ce cham­pion hors­norme. Après un pe­tit ca­fé, on com­mence la jour­née en fai­sant un tour à la salle de sport, comme le fait gé­né­ra­le­ment SF. C’est lors du pas­sage à la presse pour les jambes que l’on com­prend pour­quoi Ste­ven par­lait de gêne au ni­veau du pied gauche. En ef­fet, s’il est ca­pable de pous­ser 120 kg avec la jambe droite, il ne peut mettre que 40 de l’autre cô­té : « J’ai plu­tôt pas mal ré­cu­pé­ré mais j’ai en­core des sé­quelles au ni­veau de cette jambe gauche. Les mé­de­cins ne savent pas si je vais ré­cu­pé­rer com­plè­te­ment. À part ça, ils sont sur­pris de ce que je peux faire au­jourd’hui. Je vis nor­ma­le­ment et je peux faire tout ce dont j’ai en­vie. J’ai juste en­core quelques dou­leurs dans le dos à cause des plaques au ni­veau de la co­lonne, mais tout ça de­vrait être re­ti­ré d’ici un mois et je de­vrais être tran­quille. » On pour­suit la jour­née avec un tour de vé­lo ra­pide car si c’est avec cette ac­ti­vi­té que

« J’avais 1 % de chance de ne pas être pa­ra­ly­sé. »

« Rou­ler à nou­veau : une sen­sa­tion dif­fi­cile à dé­crire. »

Ste­ven en­vi­sage de mon­ter une école de pi­lo­tage. On a pu lors de cette jour­née pro­fi­ter de ses conseils avi­sés.

J’ai réus­si à res­ter au contact de Ste­ven du­rant la séance pho­to. Après, c’était une autre his­toire. Le cham­pion met en­core du gaz !

Ste­ven est bien ins­tal­lé dans sa grande mai­son. Son pote Be­noît Thi­bal, en fau­teuil à la suite d’une chute en en­du­ro, lui rend sou­vent vi­site.

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