C’est dans la tête!

Moto Verte - - Sommaire - Ber­trand San­la­ville, Di­rec­teur de la ré­dac­tion

Quelle est la part du men­tal dans les per­for­mances spor­tives ? Jus­qu’où une dé­faillance psy­cho­lo­gique peut-elle vous faire plon­ger et au contraire, à quel point une sur­dose d’adré­na­line po­si­tive est-elle ca­pable de vous trans­cen­der ? Vaste ques­tion et thème épi­neux tant le do­maine « psy » se ré­vèle com­plexe. Tous les sports et les spor­tifs se trouvent confron­tés, à quelque ni­veau que ce soit, à l’im­pact de la pen­sée sur leurs per­for­mances. C’est en­core plus vrai dans les sports in­di­vi­duels où l’on évo­lue seul pour se plon­ger dans l’ef­fort et dé­pas­ser les frus­tra­tions. Le ten­nis a ce­ci de par­ti­cu­lier qu’il oblige à com­po­ser avec les no­tions de phy­sique, de tech­nique, de men­tal, le tout face à un ad­ver­saire au­quel il faut s’adap­ter. Et puis quand on entre sur un court de ten­nis pour un match, on ne sait ja­mais à quel mo­ment on en sor­ti­ra ! On évoque du coup l’idée qu’il s’agit du sport « le plus dur du monde ». C’est zap­per un peu vite la mo­to tout-ter­rain, prin­ci­pa­le­ment le mo­to­cross qui ajoute à ces ca­rac­té­ris­tiques le fac­teur « en­ga­ge­ment phy­sique », risques, pour ne pas dire dan­ger. La confiance de­vient alors un élé­ment clé, pré­pon­dé­rant, pour jouer des coudes au dé­part, re­pous­ser un frei­nage, se je­ter dans une des­cente mi­née, se lan­cer sur un double face à une pa­lette d’or­nières. Sans cette confiance, la tech­nique ou un pseu­do-ta­lent n’est rien. Elle s’ac­quiert après avoir po­sé les pi­liers d’une pré­pa­ra­tion phy­sique et tech­nique abou­tie. En ef­fet, un pi­lote par­fai­te­ment pré­pa­ré pour­ra s’ap­puyer sur la cer­ti­tude de ne pas connaître de dé­faillance. Il au­ra abat­tu tel­le­ment de manches à l’en­traî­ne­ment, plan­té tel­le­ment de chro­nos ré­gu­liers dans toutes les condi­tions, sur toutes les sur­faces, que la course lui pa­raî­tra presque fa­cile. Presque, j’ai dit ! En plus de ce phy­sique soi­gné qui dope le men­tal, il fau­dra se per­sua­der de rou­ler sur la meilleure mo­to. Puis­sante, bien sus­pen­due, ré­glée aux p’tits oi­gnons et fiable, ça va de soi. Une ma­chine dont il n’est pas pos­sible de dou­ter car si le doute s’ins­talle… Et puis il fau­dra com­battre l’idée qu’un pe­tit bo­bo phy­sique peut ar­ri­ver. À la ré­cep­tion d’un ca­mel, à l’en­trée d’un vi­rage troué. Ou­blier la der­nière bles­sure pour ne plus ap­pré­hen­der la pro­chaine. S’en­ga­ger sans crainte, avec in­sou­ciance mais contrôle. Tout un art qu’il est dif­fi­cile de maî­tri­ser au plus haut ni­veau quand tout va plus vite, plus fort, plus loin. Le pi­lote de mo­to­cross doit en­trer dans un état d’eu­pho­rie, une spi­rale po­si­tive pour prendre l’as­cen­dant, dé­ga­ger une confiance in­ébran­lable. Quand le doute s’ins­talle, les pro­blèmes com­mencent. Un mau­vais ré­sul­tat, deux puis trois, une chute vio­lente et voi­là la spi­rale po­si­tive dé­gra­dée, prête à tour­ner dans l’autre sens. C’est la mo­to ? Mon en­traî­ne­ment ou mon en­traî­neur m’ap­portent-ils ce dont j’ai vrai­ment be­soin ? On a vite fait de tout re­mettre en cause sans ja­mais se dire fi­na­le­ment, ou oser se dire, c’est dans la tête, ce n’est qu’une af­faire de confiance en soi, de vo­lon­té… Les tra­jec­toires de Paulin et Febvre de­puis deux sai­sons en MXGP éclairent et montrent à quel point la confiance est fra­gile. Ils savent pi­lo­ter. Ils savent gagner. Mais pas tou­jours. Com­ment com­prendre qu’un Paulin ait connu tant de dif­fi­cul­tés dans le team Hon­da-hrc avec l’ap­port de JMB et Ba­ker alors qu’il gagne de nou­veau au sein d’une plus pe­tite struc­ture chez HVA sans coach pres­ti­gieux ? Pour­quoi Febvre ne do­mine plus mais au contraire pa­tine et s’in­ter­roge dans une struc­ture qu’il connaît ? On a cher­ché à en sa­voir plus. Sans ob­te­nir de ré­ponse pré­cise tant la part du men­tal est une fois en­core au coeur du dé­bat. Do­mi­ner ou se lais­ser do­mi­ner, la fron­tière entre ces deux états est in­fime. On ne de­vient et on ne reste cham­pion que quand on par­vient à ter­ro­ri­ser ses doutes. Une per­for­mance presque sur­hu­maine…

Un bon dé­part ne suf­fit pas for­cé­ment pour dé­cro­cher la lune même si ça contri­bue gran­de­ment à ren­for­cer la confiance. RF461 et GP21 peuvent en té­moi­gner.

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