Por­trait

Ee­ro Remes, l’en­du­riste ve­nu du froid…

Moto Verte - - Sommaire - Par Jean-ma­rie Pou­get

Double cham­pion du monde E1, en tête du E2 cette sai­son, le Fin­lan­dais Ee­ro Remes reste un pi­lote mé­con­nu. Aus­si ti­mide dans la vie qu’ef­fi­cace au gui­don de sa 250 TM, il mé­rite qu’on se penche sur son cas. Un cas vrai­ment à part.

«Mon père était cham­pion de Fin­lande de mo­to­cross et a rou­lé en Mon­dial dans le top 10 lors de cer­tains GP dans les an­nées 7080. Il s’ap­pelle Ti­mo Remes. » Ee­ro Remes n’est pas un grand ba­vard, c’est vrai. Mais quand il nous a dit OK pour une in­ter­view un peu plus in­ti­miste que les ha­bi­tuelles ques­tions sur sa course du jour, il n’a pas hé­si­té à s’ou­vrir un peu plus. Et face au ma­gné­to po­sé sur la table, il a com­men­cé à dé­rou­ler son pas­sé. Comme si on cau­sait à bâ­tons rom­pus au­tour d’une bonne bière dans un ca­fé de Jär­venpää, son fief fin­lan­dais. Un spot à 40 km d’hel­sin­ki, dans le sud de la Fin­lande. « For­cé­ment j’ai pas­sé ma jeu­nesse dans les pad­docks. J’ai eu mon pre­mier PW 50 à l’âge de 3 ans… Ma pre­mière course, je l’ai faite à 12 ans en mo­to­cross. Je n’étais pas très bon au dé­but et puis en 80 cm3 j’ai fi­ni 4e de ma pre­mière sai­son. Je fai­sais dé­jà de l’en­du­ro en hi­ver à cette pé­riode, c’était un bon en­traî­ne­ment. » Un en­traî­ne­ment qui le condui­ra à dé­cro­cher deux titres na­tio­naux en MX en 2002 et 2003 et deux titres en en­du­ro les deux sai­sons sui­vantes. Un style de pi­lo­tage bien par­ti­cu­lier éga­le­ment. Entre agres­si­vi­té maî­tri­sée et sou­plesse « dé­bri­dée ». Pe­tit, to­nique, Ee­ro Remes est très es­thé­tique dans son style. Un ré­gal pour les yeux. En 2006, il est cham­pion de Fin­lande MX1 et MX2 sur Hon­da. Et dé­cide de se lan­cer en cham­pion­nat d’eu­rope MX dans la fou­lée. Mais une bles­sure à la che­ville lui fait to­ta­le­ment man­quer la sai­son. Il se tourne vers le Mon­dial d’en­du­ro en 2008 où il ter­mine 7e en E1. Re­mar­qué par KTM, il grimpe ra­pi­de­ment dans la hié­rar­chie du E1 : 4e en 2009, 3e l’an­née sui­vante et vi­ce­cham­pion 2011. On lui pré­dit une car­rière à la Ju­ha Sal­mi­nen, l’oc­tuple cham­pion du monde fin­lan­dais, aus­si blond et aus­si dis­cret que lui. Mais face à des ad­ver­saires comme Aho­la, Méo, Seis­to­la ou Nam­bo­tin, il de­vra at­tendre 2015 pour ins­crire son nom sur les ta­blettes de la FIM avec son pre­mier titre

de cham­pion du monde E1. Titre qu’il conserve en 2016 et nous fait dé­sor­mais nous in­té­res­ser à lui de plus près. « La Fin­lande est un pe­tit pays, un en­droit agréable à vivre où je peux pê­cher dans des mil­liers de lacs, faire du ski de fond en hi­ver et m’en­traî­ner fa­ci­le­ment. » Comme le grand cham­pion fin­lan­dais Mi­ka Aho­la dis­pa­ru en 2012, Ee­ro Remes aime le calme de son coin de Scan­di­na­vie. La pêche et le si­lence de l’hi­ver qu’étouffent des mois de chutes de neige dans des fo­rêts in­fi­nies. « Nor­ma­le­ment je passe l’hi­ver en Fin­lande, à part quelques se­maines en Es­pagne ou en Ita­lie. Mais j’aime res­ter chez moi, faire du VTT et du ski, de la salle de gym. » Tou­jours cé­li­ba­taire à 31 ans, il semble to­ta­le­ment concen­tré sur son en­traî­ne­ment et sa car­rière d’en­du­riste de haut ni­veau. Consa­crant la ma­jeure par­tie de son temps à par­faire sa condi­tion. « Je n’ai pas vrai­ment de pro­gramme mais j’ai un bon co­pain avec qui je m’en­traîne en salle ou en ski de fond pen­dant de longues

heures. » Cô­té mo­to, il avoue rou­ler en trial de­puis sa pre­mière sai­son en en­du­ro mon­dial. « Je n’en fais pas beau­coup mais j’aime bien ça. » Pi­lote d’ex­cep­tion, Ee­ro a été re­mar­qué dès ses pre­miers ré­sul­tats par l’agent des « stars » fin­lan­daises, le fa­meux Juk­ka qui ma­na­geait les Tiai­nen, Tark­ka­la, Aro, Sal­mi­nen et Cie dès le dé­but des an­nées 2000. Remes les a tous cô­toyés chez KTM ou en s’en­traî­nant avec eux en Fin­lande. Fai­sant par­tie de cette « Fin­nish

con­nec­tion » qui a tant mar­qué la pre­mière dé­cen­nie du IIIE mil­lé­naire. Ex­plo­sant les comp­teurs de titres en Mon­dial et de vic­toires aux ISDE. Il est pote avec Sa­mu­li Aro qui vit près de chez lui. Mais ap­pré­ciait aus­si beau­coup Aho­la et son par­cours. Et bien sûr Ju­ha Sal­mi­nen avec qui il skie tou­jours en hi­ver. Un pi­lote qu’il ad­mire

« pour le nombre de ses suc­cès ». Et quand on lui fait re­mar­quer qu’il a quelque chose de Sal­mi­nen en lui, sa dis­cré­tion et son at­taque, il ré­pond sans émo­tion : « Non, ça c’est le style fin­lan­dais. On ne parle pas beau­coup mais on fait le maxi­mum. » Reste que ces stars lui ont fait de l’ombre pen­dant au moins six sai­sons. De quoi faire naître des re­mords ? « Je n’ai au­cun re­gret, lâche-t-il de sa voix grave qui tranche avec sa taille de jo­ckey. Je prends les choses sai­son après sai­son. J’es­saye de faire au mieux. Il ar­rive ce qu’il ar­rive… »

Face au mi­roir

Tout le monde l’at­ten­dait en EGP cette sai­son au vu de ses deux titres E1 et de sa vi­tesse au scratch l’an der­nier (4e fi­nal). Mais Ee­ro est ré­ap­pa­ru sur sa 250 TM quatre-temps dans la nou­velle ca­té­go­rie E2 (ex-e1). Son choix ? « Heu… J’ai es­sayé la 300 quatre-temps cet hi­ver. Elle est su­per mais ce n’est pas mon style, c’est pour ça que j’ai pré­fé­ré res­ter en 250. Je chan­ge­rai de ca­té­go­rie quand la mo­to se­ra au point. » On lui de­mande alors com­ment il

aime sa mo­to. Puis­sante ? Fa­cile ? « C’est un com­pro­mis des deux. Il faut qu’elle soit ef­fi­cace dans toutes les condi­tions. Elle a beau­coup de puis­sance à tous les ni­veaux, elle est fa­cile à pi­lo­ter, stable et ma­niable. Je ne fais pas par­tie de ces pi­lotes qui passent leur temps à mo­di­fier leurs ré­glages. J’es­saie de gar­der les mêmes toute la sai­son. » Et ajoute un com­men­taire

« Pas de plan de car­rière. Je prends ça sai­son après sai­son »

plus éton­nant pour un pi­lote qui a connu pas mal de hauts mais aus­si un pa­quet de dé­faites : « Quand ça ne va pas, que je ne gagne pas, je ne viens pas me plaindre que c’est à cause de la mo­to. Je fais face au mi­roir et me de­mande ce qui ne va pas chez moi ! » Comme dans les an­nées KTM Fa­rio­li où il pi­lo­tait la « meilleure » 250 du pla­teau ? « Je ne sais pas pour­quoi je n’ai pas ga­gné de titre. C’est pas­sé près, mais ça ne l’a pas fait… Dif­fi­cile de dire pour­quoi. » D’un team ita­lien ré­pu­té, il est pas­sé fin 2014 chez un autre team ita­lien bien dif­fé­rent. Et n’a connu que la réus­site de­puis. « C’est plus pe­tit, plus fa­mi­lial. Je me sens bien avec TM. Bien sûr, le style ita­lien est dif­fé­rent de mon ca­rac­tère fin­lan­dais mais je fais mon truc dans mon coin et ça va comme

ça. » For­cé­ment, quand on tient un Fin­lan­dais, on lui cause des Six Jours. Ces ISDE que la Fin­lande a ga­gnés à de mul­tiples re­prises de la fin des an­nées 90 au mi­lieu des an­nées 2000 avant que la France ne s’em­pare des com­mandes. « Je n’ai ga­gné en Tro­phée qu’en 2011 à do­mi­cile (une épreuve que la France avait bou­dée, ndr). Et cette sai­son, j’es­père qu’on fe­ra un bon ré­sul­tat. » Avec cer­tai­ne­ment Ant­ti Hell­sten et Hen­ric Sti­gell, le 4e n’étant pas en­core choi­si par­mi ses

com­pa­triotes. Mais on sent que la course his­to­rique ne le mo­tive guère. Battre la France à do­mi­cile à Brive ne semble pas une cause « su­pé­rieure » pour le Fin­lan­dais. Et pour la suite de sa car­rière ? « Je n’ai pas de plan, je prends sai­son après sai­son. » Son contrat avec TM ar­rive à terme en fin d’an­née. Fort de deux titres, on lui de­mande s’il va es­sayer de mon­nayer ça, s’il est dé­jà cour­ti­sé par la concur­rence. « Je me sens bien chez TM, c’est une bonne équipe. Mais à ce mo­ment de la sai­son, c’est en­core trop tôt pour par­ler. Bien­tôt. » Une ré­ac­tion sur L’EGP 2017

et ses nou­velles épreuves ? « Moi ça me va comme ça. La Paï­jän­teen était à do­mi­cile, je connais­sais les condi­tions de rou­lage. On ver­ra avec le cross-coun­try en An­gle­terre. Et puis en Al­le­magne, si ça reste nor­mal et pas ex­trême, pour­quoi pas ? S’il faut pous­ser une par­tie de la course, ce n’est plus vrai­ment nor­mal. C’est de l’en­du­ro ex­trême et là, ça ne va plus… C’est un

autre sport. » Comme beau­coup de pi­lotes, il re­grette la dis­pa­ri­tion du scratch et conti­nue de s’y ré­fé­rer à chaque spé­ciale. Il n’a pas d’opi­nion sur le mé­lange 2T-4T en E2, « des mo­tos au­jourd’hui as­sez proches en termes de per­for­mances ». Alors qu’il est l’heure pour lui d’al­ler se pré­pa­rer pour la Su­per­test du ven­dre­di soir, je lui de­mande ce qu’il en­vi­sage comme ave­nir après sa car­rière de pi­lote. S’il se voit team ma­na­ger ou tou­jours dans le sport mo­to. « Dif­fi­cile à dire. Je m’ima­gine avec un tra­vail nor­mal, comme tout le monde. En fait je n’ai pas en­core pen­sé à tout

ça. » Ee­ro Remes ne semble guère prêt à rac­cro­cher. Un pi­lote à part qui, comme ses aî­nés fin­lan­dais, pour­rait bien ac­cro­cher une poi­gnée de titres à son comp­teur. Sal­mi­nen s’est re­ti­ré à 37 ans. Aho­la à 36. Ça lui en laisse en­core six avant de pen­ser re­traite et pan­toufles. Jus­qu’où va al­ler le lu­tin de Jär­venpää ?

La « bom­ba » de Remes : une 250 TM usine pré­pa­rée aux pe­tits oi­gnons qui n’a guère évo­lué de­puis deux ans. « Beau­coup de puis­sance à tous les ni­veaux, fa­cile à pi­lo­ter, stable, ma­niable », dixit l’in­té­res­sé.

Pho­tos per­so de sa page fa­ce­book où l’on voit le lu­tin skier en été et al­ter­ner avec du VTT. Faire du trial mo­to éga­le­ment. Et au mi­lieu, un jo­li pied de nez à sa pe­tite taille…

En tête de la ca­té­go­rie E2 de­puis le dé­but de sai­son, Ee­ro Remes ar­bore la plaque do­rée de lea­der et son éter­nel n° 34.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.