Cross fran­çais

Portrait des cham­pions na­tio­naux…

Moto Verte - - Sommaire - Par Ma­thias Brun­ner

Les cham­pion­nats na­tio­naux ont re­trou­vé une cer­taine au­ra avec des grilles pleines sur chaque course et un ni­veau en per­pé­tuelle évo­lu­tion. La ligue 2 du cross fran­çais at­tire de plus en plus de bons pi­lotes avec no­tam­ment les cham­pions 2017 Da­vid Adam (MX2) et Charles Le­fran­çois (MX1). Nos deux hommes se sont in­té­res­sés à ces cham­pion­nats pour dif­fé­rentes rai­sons, comme vous al­lez le dé­cou­vrir, tout comme Mi­ckaël Ni­co­las, grand ha­bi­tué de cette sé­rie et lau­réat en 125.

Mi­ckaël Ni­co­las Cham­pion de France Na­tio­nal 125

Ha­bi­tuel ani­ma­teur du cham­pion­nat de France Na­tio­nal, le Meu­sien Mi­ckaël Ni­co­las avait à coeur de prendre sa re­vanche après sa 2e place l’an der­nier der­rière Steve Ve­niat. Au terme d’une saison maî­tri­sée grâce à une bonne pré­pa­ra­tion hi­ver­nale, le pi­lote HVA a ajou­té une deuxième cou­ronne na­tio­nale à son pal­ma­rès de­vant Ve­niat et Bou­lan­ger. À 34 ans, « Mi­cka » pour­rait bien re­mettre le cou­vert l’an pro­chain…

Si tu de­vais dé­fi­nir le Na­tio­nal en trois mots…

« Je pense à ama­teur dans le sens où c’est un cham­pion­nat pour les meilleurs pi­lotes de ligue. C’est éga­le­ment un cham­pion­nat qui se pro­fes­sion­na­lise avec l’ar­ri­vée de bons pi­lotes comme Da­vid et Charles, et en­fin il y règne une bonne am­biance. »

Au­pa­ra­vant, quels ont été tes faits d’armes ?

« J’ai un par­cours quelque peu dif­fé­rent de Charles et Da­vid puisque j’ai fait de l’ufo­lep au dé­but et j’ai dé­cou­vert la FFM à 18 ans dans les an­nées 2000. J’ai di­rec­te­ment at­ta­qué avec une pre­mière an­née en Na­tio­nal 125 qui s’est avé­rée com­pli­quée avec un seul point mar­qué en fin de saison. Ça rou­lait bien avec De­nis Clo­chet, Sé­bas­tien Bon­nal. En­suite, c’est de­ve­nu le Na­tio­nal MX2 que j’ai fait de 2003 à 2010 avec Jean­pa­trick An­dréo, Ti­mo­tei Po­ti­sek et j’ai fi­ni par être cham­pion de France en 2008. J’ai en­suite vou­lu pas­ser en 450 en 2009 mais ça a été com­pli­qué, ce n’est pas une cy­lin­drée pour moi. En 2010, je suis re­tour­né en MX2 pour es­sayer de ga­gner le titre à nouveau mais il y avait un cer­tain Alexandre Le­fran­çois qui était chaud et je ter­mine vi­ce­cham­pion. Après dix ans à faire le Na­tio­nal avec tout ce que ce­la com­porte, j’ai pris du re­cul en rou­lant en ligue. C’est l’an­née der­nière, avec la créa­tion du Na­tio­nal 125, que j’ai dé­ci­dé de re­par­tir sur les routes du France. »

Deuxième titre na­tio­nal cette saison donc, en 125 ce­lui-là. Tu as pris ta re­vanche de 2016!

« L’an­née der­nière, j’avais ter­mi­né vi­ce­cham­pion sans en­traî­ne­ment car je m’étais fait opé­rer. Cette an­née, je me suis mieux pré­pa­ré et je suis ar­ri­vé sur la pre­mière épreuve avec une bonne mo­to en vou­lant jouer la vic­toire. J’ai ga­gné les deux pre­mières manches, mais c’était sur mon ter­rain donc on pou­vait croire que c’était de la chance. La course sui­vante, je gagne à nouveau les deux manches. À par­tir de là, j’étais en confiance et au fi­nal, j’ai rem­por­té 8 manches sur les 14. C’est un cham­pion­nat qui se gagne en étant ré­gu­lier car le ni­veau est de­ve­nu très ho­mo­gène avec de bons pi­lotes. C’est une très bonne saison avec de belles ba­garres comme à Mont­gueux avec Day­mond Mar­tens. Je suis content de ma vi­tesse même si ce­la reste re­la­tif en 125. »

Qu’est-ce que tu ai­me­rais voir évo­luer et s’amé­lio­rer dans ce Na­tio­nal 125?

« Je trouve que ça a été une bonne chose d’en­le­ver les manches qua­lifs le ma­tin car ça ne ser­vait pas à grand-chose et tu pre­nais des risques pour rien. Pour­quoi ne pas re­mettre des ré­ser­vistes car tu ter­mines ra­re­ment la jour­née avec 40 pi­lotes. Si tu ne passes pas au chro­no, au lieu de ren­trer chez toi, tu gardes une chance de rou­ler l’après-mi­di. Il faut pen­ser à tout le monde, mais dans l’en­semble, je trouve que ça

s’est bien amé­lio­ré. On ef­fec­tue deux manches, c’est bien, mais tu restes un peu sur ta faim si tu t’es lou­pé sur une. Avant, il y avait trois manches et ça per­met­tait de re­faire ton re­tard. Là, tu fais plus fonc­tion­ner ton phy­sique sur une manche de 25 mi­nutes. Les trois ca­té­go­ries sur la même piste c’est une bonne idée, mais ça coûte de l’ar­gent au club avec les primes des pi­lotes. »

Avec toutes ces an­nées en Na­tio­nal, tu n’as jamais sou­hai­té voir ce que ça pou­vait don­ner en Élite?

« Non, car ça ne m’a jamais trop at­ti­ré. Je trou­vais ça trop pro­fes­sion­nel et je n’ai jamais trop cru en moi. Avec mon tra­vail à cô­té, je n’ai pas pris ça au sé­rieux alors qu’en Élite, on passe un cap, c’est trop pro­fes­sion­nel. Je n’avais pas en­vie de faire 25e car c’est très rapide. Il faut des moyens pour avoir une mo­to très com­pé­ti­tive en MX2 si tu veux être bon. Sans ou­blier que je n’ai jamais été le roi de l’en­traî­ne­ment donc j’ai vite com­pris que ce n’était pas pour moi. Une seule fois j’ai par­ti­ci­pé à un Élite, c’était à Som­mières en 2006, je m’étais qua­li­fié mais je me suis cas­sé le bras le len­de­main ma­tin aux es­sais. Ça a été ma pre­mière et der­nière ex­pé­rience (rire !). Le Na­tio­nal c’est par­fait. »

C’est dif­fi­cile d’al­lier les en­traî­ne­ments, les courses et la vie pro­fes­sion­nelle?

« Je tra­vaille à temps plein de­puis 2006 dans la conces­sion Ya­ma­ha et HVA d’yves Ger­vaise en tant que mé­ca­no res­pon­sable d’ate­lier et ma­ga­si­nier. Il connaît ma si­tua­tion et me laisse par­tir le ven­dre­di pour les courses et s’il faut tra­vailler un peu plus les soirs, ça ne me pose pas de pro­blème. C’est vrai que quand tu as cla­qué tes dix heures de tra­vail dans la jour­née, c’est dif­fi­cile d’al­ler t’en­traî­ner le soir et en­core plus le ma­tin avant d’em­bau­cher. »

Fi­nan­ciè­re­ment, c’est dif­fi­cile de faire une saison com­plète?

« Mon pa­tron me file un bon coup de main chaque an­née et heu­reu­se­ment qu’il est là car si­non, je ne rou­le­rais plus de­puis dix ans. Il me prête deux mo­tos à l’an­née. La pre­mière de course est une mo­to d’essai pour les clients qui a cinq heures. La deuxième me sert pour les pièces si j’ai be­soin, c’est une re­prise d’un client. Je re­mets en état les deux mo­tos à la fin de l’an­née et Yves les re­vend. J’ai la chance d’avoir des par­te­naires qui me suivent de­puis long­temps et au fi­nal, avec les primes et les aides, une saison ne me coûte pas grand-chose. »

Da­vid et Charles sont ai­dés par Kawasaki et Su­zu­ki, qu’en est-il d’hus­q­var­na pour toi ?

« Rien du tout (rire !). Non, quand j’ai été cham­pion de France en 2008, j’avais de­man­dé un peu de pièces à Ya­ma­ha. Ils avaient ap­prou­vé et au fi­nal, j’ai re­çu un pot en mi­lieu de saison à 300 eu­ros sans in­té­rêt donc bon… Ils sont tel­le­ment sol­li­ci­tés que je peux com­prendre qu’ils ne s’in­té­ressent pas aux pi­lotes du Na­tio­nal. Cette an­née, j’ai cas­sé la boîte alors que j’étais en tête et Hus­q­var­na n’a rien vou­lu faire pour moi, ils s’en foutent. J’en ai trou­vé une dans une conces­sion KTM et j’ai pu rou­ler sur la troi­sième épreuve. J’ai la chance d’avoir les pièces à prix coû­tant, l’aide d’yves Ger­vaise pour les mo­tos et mes par­te­naires pour le reste. Je ne me plains pas. »

On dit sou­vent que pour ga­gner un cham­pion­nat na­tio­nal, il faut beau­coup d’ex­pé­rience, tu ap­prouves ?

« Oui, il faut être ré­gu­lier, être tout le temps là, sa­voir faire troi­sième quand on sent qu’on ne peut pas ga­gner. Il ne s’agit pas de mettre quatre se­condes à tout le monde et le wee­kend d’après faire 10e. Les casses, les bles­sures, les aban­dons sont in­ter­dits, ça, c’est cer­tain. En­chaî­ner toutes les courses sans com­mettre d’er­reur, ça de­mande de l’ex­pé­rience. »

Quel pi­lote t’a ins­pi­ré?

« Au dé­but c’était JMB. En­suite, ça a été Tor­tel­li. Je re­gar­dais ses cours de pi­lo­tage et après, j’ai bien ai­mé le style d’everts. »

Et ton pa­tron, Yves Ger­vaise, qui a connu de belles an­nées en MX?

« Hon­nê­te­ment quand il m’a em­bau­ché en tant que mé­ca­no, je ne sa­vais même pas qu’il fai­sait de la mo­to (rire !). Je ne sa­vais pas qu’il avait été cham­pion de France, ni qu’il avait fait les Na­tions plu­sieurs fois. Du coup, il ne m’a pas vrai­ment ins­pi­ré. En plus, il est dis­cret, il ne dit pas qu’il a rou­lé en mo­to et sur les ter­rains, c’est pa­reil. Quand ce n’est pas bien il te le dit et quand c’est bien il ne te le dit pas trop. » (rire !) ❚

Da­vid Adam Cham­pion de France Na­tio­nal MX2

Grand es­poir du cross fran­çais fin 2010, Da­vid Adam a de­puis op­té pour la pra­tique du mo­to­cross plaisir avec des piges ré­gu­lières en Élite, en Coupe des Ré­gions et une place de vice-cham­pion de France Na­tio­nal MX1 l’an der­nier. Grâce en grande par­tie au sou­tien de Kawasaki, le pi­lote bre­ton a re­mis le cou­vert cette saison avec un titre en MX2 face à Ro­main Pape et Ro­bin Kap­pel.

Si tu de­vais dé­fi­nir le Na­tio­nal en trois mots…

« Trois mots, c’est dif­fi­cile, mais je di­rais bonne en­tente, un cham­pion­nat re­le­vé avec de plus en plus de bons pi­lotes qui viennent et en­fin de bons cir­cuits avec de bonnes or­ga­ni­sa­tions, ce n’était pas le cas au­pa­ra­vant. »

Quelles ont été les grandes lignes de ta car­rière ?

« J’ai fait le par­cours clas­sique dans ma ligue et en­suite je suis par­ti sur le Mi­ni­vert, le Ca­det et le Ju­nior. J’ai tou­jours été dans le coup, mais j’ai eu pas mal de bles­sures alors que je me bat­tais de­vant. En 2009, je me suis en­traî­né avec Yan­nig Ker­vel­la et Mar­vin Mus­quin. À ce mo­ment-là, j’ai vrai­ment pas­sé un cap et j’étais prêt pour faire le cham­pion­nat d’eu­rope en 2010. Mal­heu­reu­se­ment, je me suis bles­sé au sca­phoïde sur l’ouverture de l’élite et la saison était fou­tue. Je ne sa­vais plus trop quoi faire et j’étais un peu dé­pri­mé. Yan­nig avait la nou­velle 350 chez lui et l’on s’est dit pour­quoi pas mon­ter di­rec­te­ment en MX1 alors que je n’avais que 19 ans. J’ai pas­sé l’hi­ver aux US avec Mar­vin et en ar­ri­vant sur l’élite en 2011, j’ai créé la sur­prise en fai­sant, je pense, ma meilleure saison. J’ai fait cin­quième puis j’ai rem­pla­cé Ste­ven Le­noir chez Ya­ma­ha 3C en Mon­dial avec de bons points et une 13e place comme meilleur ré­sul­tat. Je me suis en­core bles­sé l’an­née sui­vante et j’en ai eu un peu marre donc j’ai dé­ci­dé de ren­trer dans la vie ac­tive tout en fai­sant en­core de la mo­to en ligue. L’an­née der­nière, je m’étais dé­ci­dé à arrêter mais j’ai eu deux ap­pels, un de Kawasaki et un de Gui­det­ty qui m’ont mo­ti­vé pour es­sayer le Na­tio­nal. C’est un cham­pion­nat où il y a du ni­veau sans prise de tête »

Tu as do­mi­né la saison mal­gré un gros ni­veau, c’est l’avan­tage de rou­ler sans pres­sion ?

« Il y a tou­jours un peu de pres­sion car il y a des par­te­naires qui t’aident pour ga­gner. Mais c’est vrai que c’est un cham­pion­nat où il n’y a pas grand-chose à ga­gner et donc pas grand-chose à perdre non plus. J’ai bien tra­vaillé cet hi­ver et mon père m’a fait une mo­to de fo­lie. C’est une saison qua­si par­faite où j’ai rem­por­té toutes les épreuves avec 11 vic­toires de manches sur 14. J’ai aus­si fait une pe­tite pige à l’élite de Ro­ma­gné où j’ai mon­tré que j’avais tou­jours une belle vi­tesse avec le troi­sième temps aux chro­nos. Je suis vrai­ment content de ma saison et aus­si content qu’elle soit fi­nie. »

C’est dif­fi­cile et fa­ti­gant de conci­lier le tra­vail et la mo­to?

« Je tra­vaille de­puis six ans et ça fait trois ans que je suis à plein temps dans une conces­sion au­to­mo­bile. Comme dit Mi­ckaël, c’est dur le soir de faire du sport en ren­trant du tra­vail, c’est pour ça que je di­sais que j’avais hâte que la saison se ter­mine. J’ai re­pris l’en­traî­ne­ment en dé­cembre et c’est dif­fi­cile d’en­chaî­ner les se­maines de tra­vail avec les courses et les en­traî­ne­ments. »

Et avec les spon­sors ?

« Kawasaki s’est ren­du compte que le pre­mier pi­lote de la marque en MX2 a ter­mi­né 17e l’an der­nier. Ils m’ont contac­té avec une pro­po­si­tion sym­pa pour le faire. Ils ont pris éga­le­ment Kap­pel, Re­gner, Do­ré et l’on ter­mine tous les quatre dans le top 5 donc je pense qu’ils sont contents. C’est bien qu’une marque comme Kawasaki s’in­té­resse au Na­tio­nal. Pour le reste, j’ai de la chance d’avoir des par­te­naires de longue date que

je re­mer­cie et qui m’aident énor­mé­ment ce qui fait que je peux rou­ler dans d’ex­cel­lentes condi­tions. »

Qu’est-ce que tu ai­me­rais voir évo­luer dans ce Na­tio­nal MX2 ?

« Ça se­rait bien de re­grou­per les ca­té­go­ries sur le même cir­cuit pour les pi­lotes, les spec­ta­teurs et les mé­dias. Il en est plus ou moins ques­tion à l’ave­nir je crois. J’ai vu sur le cham­pion­nat de France vé­té­ran qu’une per­sonne s’oc­cu­pait de faire des vi­déos et des pho­tos. Ça se­rait sym­pa d’avoir la même chose aus­si. Après, il ne faut pas que ça se pro­fes­sion­na­lise de trop, ça doit res­ter un cham­pion­nat ama­teur. On pour­rait aus­si nous faire rou­ler uni­que­ment le di­manche, car ve­nir le sa­me­di pour deux es­sais et faire les manches le di­manche, ça fait beau­coup de frais pour pas grand-chose. »

Te re­trou­ver en cham­pion­nat de France Na­tio­nal, ce n’est pas faire ma­chine ar­rière quand tu as connu l’eu­rope, l’élite et le Mon­dial ?

« Pour moi, c’était vrai­ment une op­por­tu­ni­té que j’ai sai­sie avec Kawasaki. Je n’ai au­cun re­gret dans ma car­rière, il s’est pas­sé ce qu’il s’est pas­sé et de­puis, je fais des courses dans ma ligue pour mon plaisir. J’ai re­çu beau­coup de fé­li­ci­ta­tions d’avoir ga­gné le cham­pion­nat mais ça reste pour moi un pe­tit titre. Mais si­non non, je n’ai vrai­ment au­cun sou­ci à dire que je fais le Na­tio­nal. »

On dit sou­vent que pour ga­gner un cham­pion­nat na­tio­nal, il faut beau­coup d’ex­pé­rience, tu par­tages ?

« Je pense que c’est un cham­pion­nat avec des pi­lotes d’ex­pé­rience car les jeunes veulent d’abord mon­ter le plus haut pos­sible en es­sayant l’élite puis l’eu­rope. S’ils voient que ça ne fonc­tionne pas, ils re­des­cendent en­suite sur le Na­tio­nal. Après, ça reste un très bon cham­pion­nat avec un gros ni­veau. Jim­my Clo­chet a été cham­pion l’an der­nier en MX2 et je pense qu’il a bien fait de faire ses pre­mières armes en 250 sur le Na­tio­nal. »

Quel pi­lote t’a ins­pi­ré dans ta car­rière?

« Ça a été Mar­vin Mus­quin. J’ai eu la chance de tra­vailler avec lui pen­dant deux ans et il a tou­jours été un mo­dèle. Le fait de rou­ler tous les jours avec lui m’a beau­coup ai­dé dans mon pi­lo­tage. »

Charles Le­fran­çois Cham­pion de France Na­tio­nal MX1

En 2010, son grand frère, Alexandre, était sa­cré en MX2 chez lui, à Edern. Sept ans plus tard, c’est au tour de Charles Le­fran­çois d’être ti­tré en MX1, éga­le­ment de­vant son pu­blic à If­fen­dic. Le pi­lote Su­zu­ki a re­trou­vé les grilles du Na­tio­nal dans l’unique but de ra­me­ner la cou­ronne à la maison. Mis­sion réus­sie de­vant Jac­que­lin et Rous­sa­ly, de quoi abor­der la suite de la saison de su­per­cross avec un re­gain de confiance.

Si tu de­vais dé­fi­nir le Na­tio­nal en trois mots…

« Je di­rais bonne am­biance, un cham­pion­nat dis­pu­té et de bonnes re­tom­bées mé­dia­tiques. »

Tu as dé­jà connu ce cham­pion­nat au­pa­ra­vant, est-ce que tu peux re­ve­nir sur ton par­cours ?

« J’ai fait pas mal la ligue de Bre­tagne où j’ai été cham­pion 50, 65 et 85. J’ai connu une pre­mière an­née com­pli­quée en 125 donc je suis pas­sé di­rec­te­ment en MX2 en 2007. J’ai rou­lé sur le cham­pion­nat de France na­tio­nal avec mon frère qui vi­sait, lui, le titre. J’ai en­suite eu la chance de connaître Bru­no Lo­si­to et j’ai pas­sé un cap di­rec­te­ment avec une troi­sième place à l’élite en 2010 et une troi­sième place à l’eu­rope en 2011. Après, c’était trop com­pli­qué pour pas­ser en mon­dial donc j’ai mon­té ma propre struc­ture pour es­sayer d’en vivre. Je suis pas­sé en 450 en 2012 et de­puis je roule en Élite et sur­tout en SX car c’est là qu’on peut ga­gner un peu d’ar­gent. Cette an­née, j’ai dé­ci­dé de faire le Na­tio­nal car si tu n’es pas de­vant en Élite, c’est dif­fi­cile d’avoir un re­tour mé­dia­tique. C’était aus­si la bonne occasion de ga­gner à nouveau des courses, car même si tu fais de bonnes manches à l’élite, tu passes les wee­kends à te faire cré­pir. Ça me per­met aus­si de pré­pa­rer les su­per­cross de cet hi­ver. »

Ta car­rière a éga­le­ment été mar­quée par ton sé­jour aux État­su­nis de trois mois l’an der­nier, ça reste un beau sou­ve­nir ?

« Car­ré­ment, c’était mon rêve de faire du SX et du MX là-bas. Je rou­lais trois ou quatre fois par se­maine. Je pou­vais faire mon pro­gramme sans me sou­cier de la mé­téo, les ter­rains sont ou­verts de 8 heures à 15 heures Je ren­trais, je n’avais pas be­soin de la­ver la mo­to et je fai­sais juste mon filtre à air. J’avais eu la chance grâce à Su­zu­ki de pou­voir m’en­traî­ner sur la piste of­fi­cielle donc à chaque fois que j’ar­rê­tais de rou­ler, je re­gar­dais les pi­lotes pros. C’était une très belle ex­pé­rience et des sou­ve­nirs in­croyables. »

La saison s’est plu­tôt bien pas­sée aux vues des ré­sul­tats et du titre dé­cer­né chez toi à If­fen­dic.

« Oui, j’ai ga­gné neuf manches sur dix. Je n’ai jamais trop eu de pres­sion même si je par­tais vrai­ment pour ga­gner en rem­por­tant toutes les manches. Ja­son Cler­mont m’en a pi­qué une à Glé­nac mais si­non pour le reste, tout s’est bien pas­sé. Phy­si­que­ment, je sa­vais que j’étais au point. Je pou­vais gar­der mon rythme jus­qu’à la fin alors que cer­tains de mes ad­ver­saires pê­chaient un peu à ce ni­veau-là. Je me suis ser­vi de ce cham­pion­nat pour me mettre en confiance pour la saison de SX. Je suis donc cham­pion une manche avant la fin à If­fen­dic. Jac­que­lin et Rous­sa­ly ont été très so­lides, je n’avais pas trop le droit à l’er­reur. »

Avec ton ex­pé­rience des dif­fé­rentes com­pé­ti­tions en France et à l’étran­ger, qu’est-ce que tu ai­me­rais voir évo­luer dans ce Na­tio­nal MX1 ?

« Il pour­rait y avoir comme à l’élite un site in­ter­net qui re­groupe les dif­fé­rents cham­pion­nats na­tio­naux. Les per­sonnes sui­vraient les ré­sul­tats en di­rect avec des pho­tos et des vi­déos. Je sais que ça coûte de l’ar­gent et que c’est du temps, mais ça se­rait une piste à étu­dier pour amé­lio­rer en­core ce cham­pion­nat. Pour­quoi ne pas faire rou­ler les ca­té­go­ries en­semble aus­si ? »

Quand on a l’ha­bi­tude des grands cham­pion­nats de France ou d’al­le­magne, ce n’est pas dif­fi­cile de se re­trou­ver der­rière une grille de Na­tio­nal ?

« Non, c’était aus­si his­toire de se re­lan­cer et de ga­gner à nouveau des manches. Pour

le mo­ral et la confiance c’est im­por­tant je trouve. En Élite, ça roule très vite et l’on voit que les pi­lotes qui sont de­vant sont d’an­ciens pi­lotes du Mon­dial. Pour ma part, je n’ai jamais fait le cham­pion­nat du monde donc pour al­ler les cher­cher, c’est com­pli­qué. Ils ont plus de ma­té­riel, plus de per­sonnes au­tour d’eux. À Ro­ma­gné, je fais ma meilleure course en ter­mi­nant 7e, pre­mier pi­lote pri­vé, et j’ai ga­gné 100 eu­ros de plus qu’au Na­tio­nal. Ça fait ré­flé­chir… Vu que ce n’était pas pos­sible de faire l’élite avec les dé­pla­ce­ments dans le Sud, je n’étais pas trop dé­çu de re­des­cendre en Na­tio­nal. »

Tu réus­sis à vivre de la mo­to ac­tuel­le­ment ou c’est dif­fi­cile?

« De­puis peu de temps, je tra­vaille à cô­té dans l’en­tre­prise de mon frère. Ça me fait un re­ve­nu quand cer­tains mois sont com­pli­qués, je peux co­ti­ser un peu aus­si donc c’est une si­tua­tion un peu plus sé­rieuse dé­sor­mais. Il connaît mon plan­ning et je peux m’en­traî­ner en pa­ral­lèle. Mes re­ve­nus sur l’an­née dé­pendent de mes ré­sul­tats sur les quelques mois où je fais du su­per­cross.

Avant de tra­vailler avec mon frère, il y avait cer­tains mois où c’était com­pli­qué et je cher­chais des petits cross pour pou­voir m’en sor­tir. Su­zu­ki vou­lait que je fasse l’élite à la base, mais ce n’était pas pos­sible avec toutes les épreuves dans le Sud. Ils n’étaient pas trop chauds pour que je roule en Na­tio­nal, mais vu les re­tom­bées mé­dia­tiques, ils y trouvent leur compte je pense. »

Tu com­mences à avoir une cer­taine ex­pé­rience des courses de haut ni­veau, c’est un avan­tage en Na­tio­nal ?

« C’est vrai qu’on n’a qua­si­ment pas le droit à l’er­reur donc il faut bien né­go­cier chaque course. Quand je vois mes prin­ci­paux ad­ver­saires cette an­née, ils ont tou­jours été sur le po­dium ce qui fait que j’avais une marge très faible même si j’ai ga­gné beau­coup de manches. Avant la der­nière épreuve, je n’avais que 34 points d’avance. Ça prouve que si j’avais fait un seul faux pas dans la saison, ça au­rait été com­pli­qué. »

Quel pi­lote t’a ins­pi­ré dans ta car­rière?

« C’était Jé­ré­my Mc­grath quand j’étais pe­tit. » ❚

C’est en re­nouant avec le 125 que le Meu­sien Mi­ckaël Ni­co­las a re­trou­vé une se­conde jeu­nesse. Le pi­lote Hus­q­var­na ne s’in­ter­dit pas de re­par­tir pour une nou­velle saison. Il de­vien­drait ain­si le pre­mier pi­lote lor­rain à gla­ner trois titres na­tio­naux.

Au ni­veau du style, Da­vid Adam sait y faire lors­qu’il s’agit d’ex­plo­ser des ap­puis. Le pi­lote Kawasaki s’est fait plaisir du­rant toute la saison du Na­tio­nal MX2 et trouve dé­sor­mais son équi­libre entre mo­to­cross et son job en conces­sion au­to­mo­bile.

La vi­si­bi­li­té d’un titre na­tio­nal a sé­duit Charles Le­fran­çois qui a op­té pour le MX1 en dé­but de saison. Bien ai­dé par Su­zu­ki, le troi­sième de L’EMX 250 en 2011 a réa­li­sé une belle saison ce qui lui a per­mis de se pré­pa­rer au mieux pour le su­per­cross.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.