Ré­tro

Guen­na­dy Mois­seev, cross­man étoi­lé…

Moto Verte - - Sommaire - Par Claude de La Cha­pelle - pho­tos ar­chives

Avec la disparition de Guen­na­dy Mois­seev s’éteint la plus belle étoile du mo­to­cross so­vié­tique. Triple cham­pion du monde avec KTM en 1974, 1977 et 1978, Mois­seev, pi­lote de l’ar­mée rouge, illus­trait l’en­ga­ge­ment de L’URSS dans le mo­to­cross, bras ar­mé d’une na­tion pour la­quelle la vic­toire était sy­no­nyme de prestige. Une autre époque…

L’an­née 2017 est à mar­quer d’une pierre noire pour les lé­gendes du mo­to­cross so­vié­tique. Guen­na­dy Mois­seev meurt le 23 juillet à 69 ans, dans le sillage de Vik­tor Ar­be­kov, dé­cé­dé le 18 fé­vrier à 74 ans. Il avait été cham­pion du monde 250 (CZ) en 1965, s’im­po­sant au cham­pion en titre Joël Ro­bert (CZ). Ar­be­kov a ter­mi­né 3e du cham­pion­nat du monde 250 en 1964, der­rière Joël Ro­bert (CZ) et Tors­ten Hall­man (HVA), l’an­née même où Guen­na­dy Mois­seev est ad­mis à la sec­tion mo­to­cross du Le­nin­grad Pion­neers Pa­lace. Âgé de 16 ans, Guen­na­dy rem­porte sa pre­mière course, en plein hi­ver, au gui­don d’une Minsk 125, de quoi nour­rir son am­bi­tion. Il s’en­traîne dur et com­prend l’in­té­rêt de dé­ve­lop­per à la fois la technique et la condi­tion phy­sique tout en fai­sant preuve de ré­gu­la­ri­té. Dès 1967, il en est cer­tain, il de­vien­dra cham­pion du monde de mo­to­cross. C’est d’ailleurs l’an­née où il in­tègre l’équipe na­tio­nale et par­ti­cipe à son pre­mier Grand Prix, à domicile, à Bel­go­rod, de fort belle ma­nière puis­qu’il monte sur le po­dium aux cô­tés des pi­lotes Hus­q­var­na sué­dois Tors­ten Hall­man et Olle Pet­ter­son. Cette unique per­for­mance en 250 lui suf­fit à se his­ser à la 9e place du Mon­dial ! À cette époque où le com­mu­nisme semble avoir en­core de beaux jours de­vant lui, le mo­to­cross so­vié­tique est or­ga­ni­sé avec ri­gueur. Les fu­turs pi­lotes of­fi­ciels sont re­pé­rés dans les ré­gions et s’af­frontent dans deux ca­té­go­ries, 250 et 500, sur un cham­pion­nat na­tio­nal de 4-5 épreuves réunis­sant 40 pi­lotes. De ces sé­lec­tions sortent les meilleurs qui fe­ront car­rière, tous mi­li­taires (leur grade s’éle­vant au fur et à me­sure de leurs ré­sul­tats, Mois­seev ter­mine ain­si ma­jor, cor­res­pon­dant au rang de com­man­dant) et par­ti­ci­pe­ront aux Grands Prix. Une seule obli­ga­tion : faire des ré­sul­tats faute de quoi ils sont rem­pla­cés pour la saison sui­vante. Les mo­tos ap­par­tiennent à l’état ou à l’usine CZ, les Russes étant au­to­ri­sés à uti­li­ser seule­ment les ma­chines pro­duites par les al­liés de l’union So­vié­tique,

« Avec Ka­vi­nov, Mois­seev veut faire triom­pher L’URSS. »

en par­ti­cu­lier la Tché­co­slo­va­quie, avec deux marques au choix : Ja­wa pour l’en­du­ro et CZ pour le mo­to­cross. Bien évi­dem­ment, lors de cross in­ter en Eu­rope de l’ouest, les primes re­viennent dans les caisses de la fé­dé­ra­tion, les dé­pla­ce­ments étant en­ca­drés par des com­mis­saires po­li­tiques, sou­vent in­ter­prètes des am­bas­sades. Et cô­té en­traî­ne­ment, il ne faut pas mol­lir : du sport à go­go dès 6 heures et des rou­lages en plein hi­ver sur des pistes de six mètres de large tra­cées à coups de bull­do­zers dans la neige. Un en­traî­ne­ment as­si­du qui leur donne une as­su­rance in­croyable faute de mi­ser sur une technique exem­plaire. Les « Diables Rouges » comme les sur­nomment les pi­lotes amé­ri­cains jouent éga­le­ment la carte du groupe, se sou­te­nant en course pour faire ga­gner L’URSS avant toute chose. Et ils sont aux ordres. Ain­si en 1973, au Grand Prix d’au­triche où les pi­lotes avaient fait grève le cir­cuit re­cou­vert de neige étant de­ve­nu mé­con­nais­sable, seuls les Russes et les Tchèques, sou­mis aux mêmes mé­thodes et contraintes, se trou­vèrent obli­gés par leur hié­rar­chie de s’ali­gner der­rière la grille de dé­part…

KTM sy­no­nyme de vic­toires

À une époque où l’on ne rem­por­tait pas de GP à 17 ans, Guen­na­dy fait ses gammes, saison après saison sur une 250 CZ. 10e du Mon­dial en 1969, 15e en 1970 et 1971, 11e en 1972 (avec une 3e place à Pernes-les­fon­taines et Mar­ke­lo)… Il ne par­ti­cipe alors qu’à quelques GP chaque an­née. Les choses vont bou­ger grâce à l’ar­ri­vée de KTM dès 1971, sous l’im­pul­sion d’erich Trun­ken­polz qui en­gage en cham­pion­nat du monde la nou­velle 250 à boîte 6 vi­tesses. Mais il était clair que KTM ne pou­vait d’em­blée s’im­po­ser face aux Ja­po­nais, Sué­dois et Tchèques qui in­ves­tis­saient dans le mo­to­cross de­puis des an­nées. Un fait di­vers va bou­le­ver­ser la donne et per­mettre à KTM de s’of­frir son pre­mier titre mon­dial en 1974 avec Mois­seev. Nous sommes dé­but mai 1972, au GP de Hol­lande. Guen­na­dy Mois­seev et Vla­di­mir Ka­vi­nov se font vo­ler leurs CZ d’usine ! Le pi­lote of­fi­ciel KTM, Si­gi Ler­ner, pré­sent mais avec la jambe cas­sée, pro­pose à Ka­vi­nov de lui prê­ter sa mo­to. L’offre est ac­cep­tée et l’essai s’avère concluant. Flai­rant la bonne opé­ra­tion, KTM pro­pose alors de four­nir ses mo­tos pour les GP de Tché­co­slo­va­quie et You­go­sla­vie, mais l’offre est re­fu­sée par les Russes sous contrat avec CZ qui ne voit pas d’un bon oeil la mon­tée en puis­sance des ca­pi­ta­listes au­tri­chiens. Pour au­tant, Pa­vel Ru­lev, l’un des quatre pi­lotes russes, est libre d’en­ga­ge­ment. Il de­vient alors of­fi­ciel KTM pour la fin de saison et se montre sa­tis­fait de sa 250 KTM. Pour la saison 1973, un deal est trou­vé entre les So­vié­tiques et KTM qui four­nit Mois­seev et Ru­lev tan­dis que les an­ciens Shin­ka­ren­ko et Ri­balt­chen­ko roulent sur les CZ d’usine moins bien pré­pa­rées pour les pi­lotes russes que les of­fi­ciels tchèques. Vla­di­mir Ka­vi­nov ayant été com­pro­mis dans une af­faire de tra­fic de de­vises n’est plus au­to­ri­sé à pas­ser le ri­deau de fer pour rou­ler à l’ouest. En 1973, Guen­na­dy fran­chit un pas de géant : il se classe 5e du Mon­dial, rem­porte son pre­mier Grand Prix en You­go­sla­vie, tout en dé­cro­chant, comme en 1972, une place sur le po­dium du Tro­phée des Na­tions, l’épreuve ré­ser­vée à la ca­té­go­rie 250 entre 1961 et 1984, avec un clas­se­ment par pays. Il fau­dra comp­ter avec lui pour la saison 1974 qui réunit une qua­ran­taine de pi­lotes de 17 na­tions re­pré­sen­tant dix marques, Su­zu­ki, KTM, Puch, Bul­ta­co, Ya­ma­ha, Mon­te­sa, Maï­co, CZ, Os­sa, HVA. Mois­seev frappe fort et s’oc­troie le GP d’espagne pous­sié­reux de Sa­ba­dell qui ouvre tra­di­tion­nel­le­ment la saison. R.C. Del­fosse, le jour­na­liste de Mo­to Re­vue qui fait alors

Guen­na­dy Mois­seev

Dès 1973, Guen­na­dy Mois­seev roule KTM. En sept ans de col­la­bo­ra­tion avec l’usine au­tri­chienne, il dé­croche 3 titres mon­diaux (1974, 1977, 1978) et une place de vice-cham­pion du monde en 1976.

En 1974, à l’is­sue de onze Grands Prix, face à neuf autres marques, la KTM 250 dé­croche son pre­mier titre mon­dial avec Guen­na­dy Mois­seev.

Pi­lote mi­li­taire, Mois­seev était sou­mis aux en­traî­ne­ments in­ten­sifs pour une condi­tion phy­sique en bé­ton. En course, le ré­sul­tat prio­ri­taire était le triomphe de L’URSS avant sa réus­site per­son­nelle.

Le pré­sident de KTM, Erich Trun­ken­polz (le fils d’hans), ici avec son épouse, a ini­tié le deal fruc­tueux avec Mois­seev.

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