Ou l’hon­neur per­du des So­vié­tiques

Moto Verte - - Story -

Le pre­mier titre de Guen­na­dy Mois­seev est en­ta­ché d’un fait d’armes, l’une des pages sombres de l’his­toire du mo­to­cross, qui fe­ra de Ja­ro­slav Fal­ta le vain­queur mo­ral de la saison 1974. Tout se joue lors du 11e GP de la saison en Suisse qui tient lieu de fi­nale. Mois­seev est dans la peau du fa­vo­ri, mais il est bles­sé au ge­nou. En re­te­nant la moi­tié plus un du nombre to­tal des manches, il score 139 points contre 121 points pour Fal­ta qui a pro­fi­té du break de juillet pour rou­ler aux USA à la sé­rie in­ter-ama, bat­tant Ro­ger de Cos­ter à Los An­geles. À Who­len, pour cette ul­time épreuve sous ten­sion, en pre­mière manche, Mois­seev s’ac­croche avec Gas­ton Ra­hier et chute plu­sieurs fois dans le pre­mier tour. Il pointe en der­nière po­si­tion. Le pi­lote KTM se laisse alors dé­cro­cher pour attendre Fal­ta, re­part juste de­vant lui et lui as­sène un bon coup de botte en­voyant le jeune Tchèque en per­di­tion au ras des cordes. Mais Fal­ta se bat et reste en piste sur sa CZ. Il doit éga­le­ment s’op­po­ser aux deux autres pi­lotes so­vié­tiques, Pa­vel Ru­lev et Ev­ge­ny Ri­bal­chen­ko, qui ne lui mènent pas la vie fa­cile. Mois­seev rentre au parc pré­tex­tant un pro­blème de sus­pen­sions sur sa KTM et Fal­ta, fort de sa 3e place, peut en­core pré­tendre au titre, à deux condi­tions : ga­gner la deuxième manche et que Mois­seev fasse moins bien que troi­sième. Vous ima­gi­nez la ten­sion au dé­part de cette manche de 40 mi­nutes + 2 tours qui dé­si­gne­ra le cham­pion du monde ! Fal­ta an­ti­cipe un peu le dé­part et saute la grille, mais il n’est pas le seul. Dans ce cas, le rè­gle­ment pré­voit que les com­mis­saires mu­nis de dra­peaux ar­rêtent la course, mais en Suisse, il n’y avait pas de com­mis­saires à cet ef­fet et Fal­ta file en tête ! Mois­seev chute et rentre au parc ! Fal­ta est en route vers le titre mon­dial. Les ma­na­gers so­vié­tiques ne l’en­tendent pas de cette oreille. Pas ques­tion qu’un pe­tit sol­dat tchèque de 23 ans ne sur­classe un glo­rieux re­pré­sen­tant de l’ar­mée rouge (six ans seule­ment après l’in­va­sion de la Tché­co­slo­va­quie par le Pacte de Var­so­vie) et en guise de jo­ker uti­lise leur homme de main : Vic­tor Po­pen­ko qui roule ha­bi­tuel­le­ment en 500, ins­crit le ma­tin même de l’épreuve… Il ne s’est pas ali­gné en pre­mière manche car la si­tua­tion ne l’exi­geait pas. Po­pen­ko at­tend Fal­ta et au hui­tième tour, l’en­voie val­din­guer en le T-bo­nant avec force, cher­chant même à le per­cu­ter au sol, une ba­lafre de 15 cen­ti­mètres dans le dos de Fal­ta té­moi­gnant de la vio­lence du choc. Mais Ja­ro­slav, pi­lote technique, est aus­si do­té d’un phy­sique sans faille. Il serre les dents et por­té par le pu­blic, se re­met en selle. Mal­gré les ten­ta­tives d’as­saut de Po­pen­ko dans la peau du mé­chant qui se fe­ra cri­bler de pierres par les spec­ta­teurs et confis­quer sa mo­to par les mé­ca­ni­ciens CZ une fois ren­tré au parc, Fal­ta tient le rythme et re­passe en tête à cinq tours de la fin sans ren­con­trer de ré­sis­tance de la part d’hå­kan An­ders­son, Joël Ro­bert, Gas­ton Ra­hier et Har­ry Everts. Et tan­dis qu’il cé­lèbre son titre mon­dial, une coupe de cham­pagne à la main, les of­fi­ciels so­vié­tiques, le ma­na­ger So­ko­lov en tête, mettent en marche l’im­pi­toyable ma­chine ad­mi­nis­tra­tive. Ils portent ré­cla­ma­tion contre Fal­ta pour avoir vo­lé le dé­part. Dans ce cas, le rè­gle­ment suisse (Ar­ticle 12) pré­voit une pé­na­li­té de 60 se­condes. Les Tchèques ré­pliquent en por­tant plainte contre Mois­seev et Po­pen­ko pour leur com­por­te­ment agres­sif. Trois heures après l’ar­ri­vée, le ju­ry in­ter­na­tio­nal pé­na­lise Fal­ta de 60 se­condes, of­frant ain­si la cou­ronne mon­diale à Mois­seev. Ne pou­vant ac­cep­ter ce ver­dict, les Tchèques posent une contre-ré­cla­ma­tion ren­voyant le ver­dict au congrès FIM d’au­tomne. Entre temps, la toute puis­sante URSS fe­ra pres­sion sur la Tché­co­slo­va­quie pour qu’elle re­tire sa contre-ré­cla­ma­tion. Dé­but novembre, le co­mi­té di­rec­teur de la FIM confirme le ver­dict du ju­ry in­ter­na­tio­nal de Who­len consa­crant Guen­na­dy Mois­seev cham­pion du monde 250. Une dé­ci­sion sans sur­prise étant don­né l’im­por­tance de la re­pré­sen­ta­tion so­vié­tique à la FIM.

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