J’ai­dix ans

Motor Sport - - SOMMAIRE - NI­CO­LAS GOURDOL

L a pa­ter­ni­té, sur­tout lors­qu’elle est double et rem­plie de chro­mo­somes Y, me ren­voie tous les jours aux ori­gines de la pas­sion qui nous anime. Qu’il s’agisse de pe­tits mecs à plat ventre dans leur chambre ou de votre ser­vi­teur dans son re­fuge de Ma­gny-Cours, il est tou­jours ques­tion de jeu, de fris­sons et de jo­lies his­toires. Mo­tor­sport a dix ans et moi, comme dit la chan­son, ça fait vingt-cinq ans que j’ai dix ans. Quoi d’autre qu’une âme d’en­fant naïve et op­ti­miste pour­rait per­mettre d’af­fron­ter cette presse au­to­mo­bile en mu­ta­tion, dit-on pu­di­que­ment, et de vous en­cou­ra­ger à ar­pen­ter les kiosques, ra­cler le fond de vos poches et ache­ter en­core du pa­pier noir­ci de notre doux la­beur pour vous éva­der? Les an­nées passent, le monde change, mais j’ai la cu­rieuse sen­sa­tion que l’aven­ture Mo­tor­sport est frap­pée d’une éter­nelle jeunesse. Nous ne sommes pas plus nom­breux au­jourd’hui dans la cou­lisse et je ne me sens guère éloi­gné du jeune jour­na­liste qui dé­bar­qua au prin­temps 2005 avec Jorge Cla­vell dans le bu­reau (tou­jours) ou­vert de Mon­sieur Mi­chel Hom­mell. Nous te­nions sous le bras une che­mise co­lo­rée pas trop épaisse conte­nant un pro­jet bap­ti­sé Speed. Les études de mar­ché, bu­si­ness plan et stra­té­gie mar­ke­ting souf­fraient d’une cer­taine lé­gè­re­té. Qu’im­porte, Mi­chel ne com­prend pas ce lan­gage, lui qui ne jauge l’in­té­rêt d’un pro­jet qu’à la pas­sion de ceux qui le portent. Après une heure d’ex­po­sé, nous dou­tons d’avoir fait mouche. Oli­vier Ques­nel,

prag­ma­tique nu­mé­ro deux de la boîte, se veut ras­su­rant: « Si vous êtes en­core dans le bu­reau,

c’est bon signe » . L’aven­ture dé­marre, en pa­ral­lèle à notre job au sein de la ré­dac­tion d’Echap­pe­ment. Mi­chel n’aime pas la conso­nance an­glaise de Speed et lui pré­fère Mo­tor­sport. Cher­chez l’er­reur.

« Mais Mi­chel… » « Y a pas de mais! » A peine six mois s’écoulent entre la pre­mière ébauche et la sor­tie en kiosques du nu­mé­ro 1, for­cé­ment très im­par­fait mais fi­dèle à nos idées. Moins de deux ans après le lan­ce­ment, la di­rec­tion dé­cide bru­ta­le­ment de mettre fin à l’aven­ture, pour de bonnes et de mau­vaises rai­sons. Je ne re­tiens que les mau­vaises, ne peux me ré­soudre à un tel épi­logue et m’en­fuis avec le titre sous le bras. Cin­quante-six nu­mé­ros et au­tant de bou­clages rock’n’roll en bu­tée de contre-bra­quage plus tard,

Mo­tor­sport reste fi­dèle au poste. J’ai la fai­blesse de croire qu’il est de­ve­nu une ré­fé­rence chez les connais­seurs, les pu­ristes, chez ceux qui en­vi­sagent l’au­to­mo­bile spor­tive comme une ma­chine à sen­sa­tions plus qu’un ob­jet de contem­pla­tion. En fouillant mes ar­chives, j’ai re­trou­vé un pa­ra­graphe in­ti­tu­lé “Spor­tive de l’an­née”, tout en bas du pro­jet ini­tial. Il au­ra fal­lu du temps, mais ce nu­mé­ro an­ni­ver­saire était l’oc­ca­sion par­faite pour vous pro­po­ser en­fin une telle élec­tion. Ré­sul­tat: plus de trente pages d’émo­tions, de bonne et mau­vaise foi, de com­pa­rai­sons, de chiffres et de belles images pour vous don­ner en­vie de nous lire en­core dans dix ans, et pour vous adres­ser, à notre ma­nière, un grand MER­CI!

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