Syl­vain et sa Nissan 240Z

Syl­vain est un maître de la Nissan 240Z, la vraie Z. Mais il a une fa­çon as­sez per­son­nelle d’en cé­lé­brer le culte.

Motor Sport - - SOMMAIRE - TEXTE JEAN-FRANÇOIS MARCHET PHO­TOS YAN­NICK PAROT

Ap­pa­rue sous la mar que Dat­sun, à l’aube des an­nées 70, la 240Z est à pré­sent un mo­dèle my­thique. Elle doit sa re­nom­mée à ses qua­li­tés, son suc­cès com­mer­cial in­ter­na­tio­nal et ses vic­toires en com­pé­ti­tion, aus­si bien en ral­lye que sur cir­cuit. Elle a été pro­duite à en­vi­ron 168 000 exem­plaires et, chose que l’on sait moins, elle a ma­ra­bou­té un cer­tain Syl­vain, mé­ca­ni­cien de for­ma­tion et in­for­ma­ti­cien de son état, chez un grand construc­teur.

« J’ai gran­di dans un gar age et je suis très at­teint par le vi­rus au­to­mo­bile. Cô­té vo­lant mais aus­si cô­té t ech­nique, con­cep­tion, mo­di­fi­ca­tion. La Z est plus vieille que moi mais j’ ai gran­di dans un en­vi­ron­ne­ment où l’ on ai­mait les voi­tures de col­lec­tion. » Chose moins ré­pan­due, notre homme se classe éga­le­ment dans la c até­go­rie des pistards. Pas en Mé­gane, pas en Bé­hème, mais bien sûr en Z, la vraie, la deux places 6 cy­lindres 150 ch, pro­duite entre 1969 et 1973. Syl­vain est un cas : « Je cher­chais un vé­hi­cule qui soit bien construit, qui ait 6 cy­lindres, une belle ligne. Ce­la fait bien­tôt quinze ans. Je suis tom­bé un peu par ha­sard sur la Dat sun que je ne c on­nais­sais p as tr op à l’époque et ce­la a été le dé­but d’une grande his­toire » , dit-il en écla­tant de rire. Entre col­lec­tion­neur et pis­tard, Syl­vain semble ne pas avoir choi­si, mais ce­la n’a rien de gra­ve­ment pa­tho­lo­gique. Les An­glo-saxons ont plus que nous c ette ap­proche bi­po­laire qui c on­siste à res­tau­rer le s voi­tures an­ciennes en les mo­di­fiant pour la piste. « Je suis col­lec­tion­neur, très at­ta­ché à l’au­then­ti­ci­té et tout ça mais, aus­si, j’aime bien les voi­tures qui en­voient un peu d’air. J’ai goû­té à la piste dans le cadre des ren­contres Peu­geot Sport, il y a une bonne di­zaine d’an­nées. L’or­ga­ni­sa­teur, qui ai­mait le s voi­tures an­ciennes, leur ou­vrait la piste à la pause dé­jeu­ner. Ma voi­ture, qui de­vait au dé­part être à l’état col­lec­tion, a évo­lué pour de­ve­nir une es­pèce d’hy­bride. Elle est com­plè­te­ment ou presque conforme en as­pect mais on peut dire qu’elle ne marche pas mal. Je di­rais que je suis schi­zo­phrène. Les An­glo­saxons ont ten­dance à ne pas être trop at­ta­chés à l’au­then­ti­ci­té, ils vont jus­qu’à mettre des V8, des 6 cy­lindres bi­tur­bo, tout et n’im­porte quoi dans une Z. Je n’adhère pas. Je suis plus dans un es­prit de ce qui au­rait pu être pro­duit à l’époque, même si au­jourd’hui on a de meilleur s com­po­sants. Ma voi­ture a trois car­bus, elle n’est pas en in­jec­tion. Elle est cour­si­fiée mais conforme en termes de pé­riode. Mon mo­teur est un Dat­sun tra­vaillé un peu par­tout, en haut , en b as, sur le s cô­tés. À l’époque, il y avait beau­coup trop de ma­tière sur le bloc ! »

La Z est bien née

Syl­vain ne donne p as de chif fres. Il p arle de bonne puis­sance, de fia­bi­li­té, d’agré­ment d’uti­li­sa­tion, de dé­marche rai­son­nable et d’ini­tia­tives pas tou­jours heu­reuses. « For­cé­ment, quand la voi­ture va plus vite, il faut plus de frein, plus de sus­pen­sion, plus de pneu. Mais enc ore une fois rien de trans­cen­dan­tal. Il faut sou­li­gner que la 240Z est bien née. Son mo­teur est bien re­cu­lé der­rière le train avant, elle a un bon équi­li­brage des masses, quatre r oues in­dé­pen­dantes, une très bonne di­rec­tion pour son époque. Elle se prête bien à cet usage. Toutes les mo­di­fi­ca­tions sont ré­ver­sibles : ce­la fait par­tie de ma s chi­zo­phré­nie ! J’ai gar­dé toutes le s pièces, ap­pro­vi­sion­né de f açon très ad­dic­tive toutes celles qui man­quaient pour la re­con­di­tion­ner. »

Sur la piste, Syl­vain n’a jus­qu’ici ja­mais pé­té les plombs : « Ma voi­ture a une pein­ture po­lie lus­trée et si je peux évit er de la fr ot­ter, ce­la m’ar­range. Je ne suis pas à la se­conde près, je ne parle pas de dixièmes. Lais­ser pas­ser, ce n’est pas très grave. Je suis beau­coup al­lé à des sor­ties du Se­ven­ties Clas­sic Club Tro­phy et j’ai ai­mé rou­ler en com­pa­gnie de v oi­tures très dif fé­rentes, dans un bon es­prit. Les sor­ties sau­vages, avec au­cun com­pro­mis pour êtr e de­vant, ce n’est pas pour moi. Au­jourd’hui, ma v oi­ture est en s emi-slicks et je pense que je vais la re­mettre en pneus nor­maux, l’adou­cir un peu pour qu’elle aille moins vite. J’ai l’im­pres­sion qu’en al­lant moins vite et en glis­sant plus on s’amuse mieux. »

Syl­vain est un es­thète, un éru­dit e t un épi­cu­rien. Un s en­sible. Une s or­tie piste est pour lui as­so­ciée à la no­tion de voyage et de convi­via­li­té, au plai­sir de la r oute, aux sen­sa­tions phy­siques. Avec la Z, il a ap­pris la zé­ni­tude, com­pris qu’il ne fal­lait pas jouer aux ap­pr en­tis sor­ciers avec la mé­ca­nique. Sa der­nière sor­tie sym­bo­lise sa quête de per­fec­tion : « J’ai fait le Cas­tel­let, je suis par­ti de la ré­gion pa­ri­sienne, j’ai fait la ses­sion avec des Mus­tang 302 Boss, des trucs qui avancent, et l’on est ren­tré par les cols des Alpes et du Ju­ra. La voi­ture a par­cou­ru 2 500 km, dont une par­tie sur le Cas­tel­let, à bloc, et elle est ren­trée. »

Mal­heu­reu­se­ment, Syl­vain n’est pas du tout sta­bi­li­sé, aus­si conscient qu’il le dit du mal qui le ronge. Au mo­ment de bris er la c on­ver­sa­tion, il s’est cru obli­gé d’avouer qu’il avait ache­té une 280ZX pour voya­ger plus confor­ta­ble­ment, qu’il al­lait re­mettre sa 240Z en état d’ori­gine… parce qu’il al­lait c ons­truire, à par­tir d’une coque nue, une 240Z to­ta­le­ment dé­diée à la piste. BelZe­buth, sors de ce corps !

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