Ch­ris Good­win: McLa­ren

CHEF MET­TEUR AU POINT DE McLA­REN AUTOMOTIVE

Motor Sport - - SOMMAIRE -

Nous avons­vou­lu in­clu­re­dans no­sau­to­sune pointe de­sa­veurs­du pas­sé Le pi­lote bri­tan­nique fait par­tie des élé­ments fon­da­teurs de la branche rou­tière de McLa­ren. De la MP4/12C à la rem­pla­çante de la 650S at­ten­due à Ge­nève, il a su­per­vi­sé la mise au point de tous les mo­dèles sor­tis de­puis 2010. LaS­port Se­rie­sa­chan­gé les­rè­gles­de­son seg­ment Toute McLa­ren se­doitd’être confron­tée àla­piste

Mo­tor­sport : Tel un grand chef, ce­la fait main­te­nant 13 ans que vous mi­ton­nez la mise au point des McLa­ren pour en fixer la sa­veur. Main­te­nant, vous êtes cer­tai­ne­ment en me­sure de nous dé­fi­nir le goût d’une McLa­ren… Ch­ris Good­win: « Plu­tôt que ce­lui qui gueule en cui­sine, je me vois comme un chef d’or­chestre. Parce qu’il y a chez nous toute une équipe de gens ta­len­tueux qui par­ti­cipe à la nais­sance des au­tos. Quand vous par­lez de la sa­veur des McLa­ren, de la MP4/12C à main­te­nant, vous avez rai­son. Mais, à dire vrai, nous avons aus­si vou­lu y in­clure une pointe de sa­veurs du pas­sé. J’ai cou­ru avec la McLa­ren F1. Il y a dans nos au­tos quelque chose de la F1… » Pour­riez-vous être plus pré­cis? « La pre­mière chose qui me vient à l’es­prit, à pro­pos de la F1, est un sou­rire. Une sen­sa­tion. Il est dif­fi­cile de tra­duire ce­la de ma­nière pré­cise. Nous dé­ve­lop­pons nos au­tos sur deux axes. Le pre­mier fait ap­pel à une mé­thode ob­jec­tive. Il s’agit de me­su­rer les per­for­mances avec pré­ci­sion, se­lon le ni­veau de puis­sance, les ac­cé­lé­ra­tions la­té­rales, à par­tir d’ob­jec­tifs que nous fixons. L’autre axe est sub­jec­tif. À ce su­jet, j’ai été très mar­qué par le sou­ve­nir que m’a lais­sé la F1 en com­pé­ti­tion. Pa­reil pour la M1 de Can-Am… » C’est une an­ti­qui­té. Vous êtes sé­rieux? « Il s’agit de don­ner à nos clients une pin­cée de sen­sa­tion de ces au­tos. Oui, je suis sé­rieux. Pre­nons l’exemple de la P1. Au mo­ment même où nous la dé­ve­lop­pions, j’ai fait ve­nir une M1 des États-Unis à Good­wood. Cette au­to est ex­tra­or­di­naire. Quand vous avez rou­lé avec, vos yeux vous sortent de la tête. Il y a trop de che­vaux pour le po­ten­tiel d’adhé­rence des pneus. C’est fou. À ce mo­ment-là, nous nous de­man­dions jus­qu’où al­ler, ou ne pas al­ler, avec la P1. Ce que j’ai vé­cu avec la M1 était si fort que j’ai dit qu’il fal­lait se mon­trer plus au­da­cieux avec la P1. Je me re­vois avec l’équipe dans une salle, en train de dé­crire mes sen­sa­tions. Il s’agis­sait d’en re­mettre un tout pe­tit peu. » Vous ai­mez donc flir­ter avec la li­mite. « Oui, un tout pe­tit peu, mais pas sys­té­ma­ti­que­ment. Au ni­veau de notre gamme, nous avons vou­lu que 12C et 12C Spi­der se com­portent de la même fa­çon. Pa­reil pour la 650S. Mais de la 12C à la 650S, il y a eu un chan­ge­ment, nous avons joué avec l’équi­libre d’une fa­çon que nous avons ju­gée plus in­té­res­sante. Nous l’avons vou­lue un peu moins neutre, un peu plus spon­ta­née, entre neutre et sur­vi­reuse au lieu de sous­vi­reuse à neutre. Pas sou­dée. Nous ne sommes pas al­lés à la li­mite ex­trême mais ce­la nous a per­mis de jau­ger notre clien­tèle. Le re­tour a été très po­si­tif. Ce­la nous a en­cou­ra­gés à suivre cette di­rec­tion. C’est ce que nous ai­mons, ce que j’aime per­son­nel­le­ment, et nous avons été ap­prou­vés. Nous avons donc fait un pas plus loin avec la 675. Celle-ci a été in­fluen­cée par le tra­vail four­ni sur la P1 et sur nos voi­tures de course. Nous avons ra­jou­té un peu de bru­ta­li­té, une di­rec­tion plus di­recte, ac­cen­tué le po­ten­tiel d’en­trée en courbe, ren­du l’avant plus di­rec­teur. Nous avons fran­chi un nou­veau pas. Les gens ont beau­coup ai­mé. Tous les pi­lotes de F1 que je connais aiment cette au­to. » Du­rant les 20 der­nières an­nées, Ferrari a eu le sou­ci de faire des voi­tures d’un abord fa­cile. J’ai l’im­pres­sion que vos au­tos sont plus ai­gui­sées. Qu’en est-il? La 12C n’était pas fa­cile… « Au dé­but, nous ne sa­vions pas où nous al­lions. À un mo­ment, il a fal­lu faire un choix. D’ailleurs, nous ne sa­vons pas en­core tout. La ques­tion est de sa­voir jus­qu’où al­ler en ma­tière de fa­ci­li­té de conduite. Nous ven­dons nos au­tos par­tout dans le monde et nous avons été pru­dents au dé­but. Il y a eu aus­si des ré­glages im­par­faits. Quand nous avons sor­ti la 650, nous avons pro­po­sé une mise à jour gra­tuite à nos clients. Si nous nous étions conten­tés de rendre nos au­tos plus poin­tues, nous n’en se­rions pas là. C’est l’en­semble qui a évo­lué. L’équi­libre est to­tal grâce au fonc­tion­ne­ment co­or­don­né et ra­pide de tous les élé­ments : di­rec­tion, ré­ponse de l’accélérateur, freins, amor­tis­seurs. » À pré­sent, vers quoi sou­hai­tez­vous al­ler? Que vou­lez-vous faire pro­gres­ser? « Chaque au­to s’ac­com­pagne de pro­grès. Nous sommes jeunes, pas très nom­breux, et nous em­ma­ga­si­nons de l’ex­pé­rience. Nous pou­vons nous amé­lio­rer dans tous les do­maines. Dans dix ans nous au­rons un ni­veau so­lide. À pré­sent, nous avons une gamme de trois mo­dèles. La Sport Se­ries en donne beau­coup pour son prix et elle a chan­gé les règles de son seg­ment. Elle a une cel­lule de sé­cu­ri­té d’un ni­veau in­éga­lé. Ses per­for­mances sont proches de celles de la 650. Ce­la a for­cé la nou­velle Su­per Se­ries à al­ler de l’avant. » Dans vos cri­tères d’éva­lua­tion et de per­for­mances, vous faites beau­coup al­lu­sion à un usage piste. On a du mal à ima­gi­ner que tous vos clients soient fans. « Il y a une ca­té­go­rie de gens aver­tis chez nos clients, qui aiment et savent conduire. Nos voi­tures se pi­lotent mais nous avons conscience que cer­taines per­sonnes ne mettent ja­mais les pieds sur une piste. C’est un peu comme mes chaus­sures de foo­ting. Elles sont gé­niales, je suis bien de­dans. Elles ne me per­mettent pas d’al­ler in­trin­sè­que­ment plus vite mais je suis mieux de­dans que dans une paire de chaus­sures moins coû­teuses. Il faut que nos au­tos soient ca­pables de ré­pondre aux at­tentes sur piste d’un cham­pion du monde. Toute McLa­ren se doit d’être confron­tée à la piste, pour les chronos et pour le plai­sir de conduite. »

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