Ce n’est pas la fin du monde...

… mais c’est la fin an­non­cée d’un monde, ce­lui de l’au­to­mo­bile à pé­trole et de son mode de conduite em­pi­rique.

Motor Sport - - POST-SCRIPTUM - J.-F. M.

M on grand-père, qui est né dans les an­nées 80, au XIXe siècle, n’a ja­mais eu d’au­to ni de per­mis de conduire. Quand j’étais pe­tit, du­rant la deuxième moi­tié du siècle der­nier, la SNCF li­vrait en­core du fret avec une char­rette tirée par un che­val, en proche ban­lieue pa­ri­sienne. Plus tard, j’ai ache­té ma pre­mière au­to et ma pre­mière mo­to de grosse cy­lin­drée avant d’avoir mon per­mis. M’est avis que mon pe­tit-ne­veu, né en 2016, n’au­ra pas de per­mis: la voi­ture au­to­nome, la vraie, de­vrait avoir pris le pou­voir quand il au­ra l’âge de conduire. Si j’en crois les au­gures. On se plaît à par­ler de ré­vo­lu­tion mais il au­ra fal­lu du temps pour que les al­go­rithmes prennent le contrôle to­tal des au­tos. Chaque dé­cen­nie, de­puis la fin des an­nées 60, a ap­por­té son lot de fonc­tions pi­lo­tées pour abou­tir au mul­ti­plexage et à la mise en ré­seau to­tale, avec pour bou­quet fi­nal la connec­ti­vi­té fa­çon Big Bro­ther et Big Da­ta. On peut trou­ver ça drone, mais quand on n’a pas un sens béat du par­tage, ce n’est pas fran­che­ment drôle. La ques­tion est de sa­voir ce qu’il va ad­ve­nir de la pas­sion au­to­mo­bile telle qu’on la conçoit en­core. Je ne suis pas fan de science-fic­tion mais j’ima­gine as­sez bien un cir­cuit fa­çon parc d’at­trac­tions, avec lo­ca­tion de mo­no­places à mo­teur élec­trique, en­tiè­re­ment sous contrôle, mais avec une cer­taine la­ti­tude d’usage de com­mandes ma­nuelles. Fa­çon au­to-école avec mo­ni­teur vir­tuel. Bien sûr, il fau­dra si­gner une dé­charge, tout en étant cou­vert par un contrat d’as­su­rance à res­pon­sa­bi­li­té li­mi­tée. Et puisque les vi­nyles sont très à la mode à l’ère du sup­port dé­ma­té­ria­li­sé, peu­ton rê­ver d’un sta­tut ac­cor­dé à la bien nom­mée au­to­mo­bile an­cienne, ailleurs que dans les mu­sées? Est-ce que les spé­cu­la­teurs pour­ront en­core s’ap­puyer sur la va­leur mar­chande d’en­gins de moins en moins uti­li­sables? Les avions de chasse de col­lec­tion ont ac­tuel­le­ment un prix bien plus ac­ces­sible que ce­lui d’une 250 GTO, mais leur coût de fonc­tion­ne­ment est as­tro­no­mique. Je me vois bien au Good­wood Re­vi­val de 2034, don­nant le bras à mon pe­tit-ne­veu et as­sis­tant à des dé­mos de voi­tures à éner­gie fos­sile. Tel mon grand-père, te­nant sa canne, dans le ba­quet droit d’une Ferrari qui ne le bou­le­ver­sait pas au­tant que moi, au vo­lant.

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