Peu­geot 308 Ra­cing Cup

Peu­geot a pro­fi­té du rem­pla­ce­ment du RCZ Cup pour grim­per d’un, voire de deux crans en per­for­mances pures et en plai­sir de pi­lo­tage. Ren­contre avec la dia­bo­lique 308 Ra­cing du team Clai­ret Sport.

Motor Sport - - SOMMAIRE - PAR NI­CO­LAS GOURDOL

EEn m’ex­tir­pant du cock­pit au prix de quelques contor­sions, je ré­flé­chis dé­jà aux mots justes pour dé­crire la 308 Ra­cing Cup. J’ar­rive vite à la conclu­sion que le chro­no à lui seul vau­dra mieux qu’une col­lec­tion de su­per­la­tifs. J’au­rais beau vous par­ler de grip hors du com­mun, de frei­nages épous­tou­flants, de vi­tesses de pas­sage ahu­ris­santes, votre ima­gi­naire res­te­ra bri­dé par le simple fait de sa­voir que c’est d’une ber­line com­pacte aux seules roues avant mo­trices dont il est ques­tion. En re­vanche, vous dire que son chro­no place la 308 entre une McLaren 675LT et une Cor­vette Z06 Pack Z07 sur notre piste de ré­fé­rence de­vrait être plus par­lant… La Seat Leon Cu­pra SUB8, trac­tion de sé­rie la plus ra­pide me­su­rée à Magny Club, est re­lé­guée à plus de sept se­condes, la Nis­san GT-R Nis­mo prend trois se­condes dans la vue, la Clio Cup cinq et la 308 GTi de sé­rie pointe à près de dix se­condes du mo­dèle de course !

Peu­geot grimpe de deux di­vi­sions par rap­port à la RCZ Cup. Le cou­pé, au­teur d’un su­perbe 1’21”10 ici même rend plus de trois se­condes au tour à sa rem­pla­çante. Au­tant dire que pour les pi­lotes ins­crits dans le cham­pion­nat mo­no­type, dont beau­coup viennent du RCZ, de la Clio Cup ou de ca­té­go­ries en­core in­fé­rieures, c’est un plon­geon dans le grand bain, la dé­cou­verte d’un uni­vers in­fi­ni­ment plus ex­ci­tant et exi­geant. Ted­dy Clai­ret, l’ac­tuel deuxième du cham­pion­nat avec la voi­ture que vous avez sous les yeux, nous livre son pre­mier res­sen­ti : « La voi­ture est top à conduire. Pour al­ler vite, il faut vrai­ment être pré­cis car on peut très ra­pi­de­ment faire une pe­tite er­reur et perdre l’avant ou l’ar­rière, et quand on voit le ni­veau du cham­pion­nat, nous n’avons pas vrai­ment le droit à l’er­reur. Ce­la nous fait un gros step en avant par rap­port à la Clio Cup, de par la puis­sance de la voi­ture, la ges­tion de cette der­nière à l’ac­cé­lé­ra­tion, l’ex­ploi­ta­tion des freins, des pneus et du grip la­té­ral…

Une vraie au­to de course ! » . Après une di­zaine de tours au vo­lant, je ne peux que confir­mer les propos du jeune pi­lote. J’irai même plus loin. Dans l’ex­ploi­ta­tion du grip à la li­mite, la nou­velle arme de Peu­geot Sport me semble plus proche d’une 911 Cup que d’une Clio ou un RCZ. Vous en dou­tez ? Sa­chez que la 308 rend moins de trois se­condes à la Porsche sur le cir­cuit Club avec un dé­fi­cit de 160 ch. Au­tant dire que la Fran­çaise passe à peu près aus­si fort en courbe.

L’ex­ploit est d’au­tant plus re­mar­quable que la Ra­cing Cup se veut re­la­ti­ve­ment proche de la 308 GTi de sé­rie, ce­la afin de li­mi­ter le prix de vente et les coûts d’ex­ploi­ta­tion (ré­duits de 15 % par rap­port à la RCZ).

La dif­fé­rence la plus vi­sible et peut-être la plus cru­ciale de­meure l’élar­gis­se­ment des voies de 10,6 cm! Une 308 large comme une McLaren 650S, ça a de la gueule et ce n’est pas sans rap­pe­ler le mons­trueux concept R Hy­brid de 500 ch, le­quel est en­core 3 cm plus large. Les ailes gon­flées et per­cées ac­cueillent des roues de 18 pouces chaus­sées en slicks dont l’in­cli­nai­son sug­gère un sé­vère car­ros­sage né­ga­tif. Le bou­clier avant bes­tial gave en air frais la mé­ca­nique tan­dis que l’ef­fi­ca­ci­té aé­ro­dy­na­mique a ma­ni­fes­te­ment fait l’ob­jet d’une at­ten­tion toute par­ti­cu­lière. L’ai­le­ron ar­rière géant type WTCC, le large dif­fu­seur et le split­ter avant par­ti­cipent à l’ob­ten­tion de 160 kg d’ap­pui. Ce n’est pas énorme dans l’ab­so­lu

(com­pa­rable à la dé­por­tance gé­né­rée par une 911 GT3) mais as­sez ex­cep­tion­nel dans ce type de ca­té­go­rie. Au-de­là de la simple quête de per­for­mance, le kit car­ros­se­rie fait de la Ra­cing Cup une au­to de course vi­suel­le­ment cap­ti­vante.

La sus­pen­sion re­prend le sché­ma d’ori­gine mais re­pose sur des trains ren­for­cés ré­glables (car­ros­sage, pince) et des amor­tis­seurs deux voies. Le frei­nage confié à AP Ra­cing com­prend no­tam­ment des disques de 378 mm de dia­mètre à l’avant contre 355 mm pour le RCZ pin­cés par des étriers fixes à 6 pis­tons. La coque est ren­for­cée par l’in­té­gra­tion d’un ar­ceau-cage sou­dé dans l’ha­bi­tacle en­tiè­re­ment vi­dé. Le poids de l’au­to au fi­nal est ré­duit d’une cen­taine de ki­los par rap­port à la GTi, soit 1 100 kg à vide. La puis­sance pro­gresse quant à elle de 38 ch pour un to­tal de 308 (un ha­sard?). Pour l’essentiel, le 1,6 litre tur­bo est conforme au bloc de sé­rie. Seuls le tur­bo et les col­lec­teurs d’ad­mis­sion et d’échap­pe­ment sont spé­ci­fiques. Le gain de couple dé­passe les 25 %, avec un bond de 32,4 à 40,8 mkg !

La trans­mis­sion aux roues avant s’ef­fec­tue via la boîte sé­quen­tielle à cra­bots SADEV de la RCZ Cup, mais op­ti­mi­sée. Il est tou­jours bon de rap­pe­ler que ce dis­po­si­tif coûte à lui seul en­vi­ron 1/5 du prix de la voi­ture…

La po­si­tion de conduite est ir­ré­pro­chable, de même que l’ins­tru­men­ta­tion to­ta­le­ment dif­fé­rente de celle du mo­dèle de sé­rie. Le cock­pit est ce­lui d’une vraie voi­ture de course et la qua­li­té des pièces spé­ci­fiques ain­si que les dé­tails de fi­ni­tion sont du plus bel ef­fet. La pé­dale d’em­brayage ne sert que pour dé­mar­rer. Le pre­mier contact est simple et cha­leu­reux. La di­rec­tion élec­trique étonne par sa consis­tance et sa pré­ci­sion. On cerne vite et fi­ne­ment le ca­rac­tère hy­per mor­dant du train avant et son grip co­los­sal. Le tem­pé­ra­ment mo­teur ne hé­risse pas le poil mais les pas­sages des rap­ports aus­si ra­pides que per­cu­tants re­haussent l’agré­ment mé­ca­nique. La 308 de course se conduit vite sans ef­fort mais on sent ra­pi­de­ment que l’ex­ploi­ta­tion de son énorme po­ten­tiel se­ra com­plexe et pas­sion­nant. Outre la per­for­mance pure, Peu­geot Sport af­firme avoir vi­sé le plai­sir de conduite. L’un n’em­pêche pas l’autre et l’on dé­couvre un train ar­rière par­ti­cu­liè­re­ment en­ga­geant à l’ins­crip­tion sur les freins. Comme sur la GTi de

UN TRAIN AR­RIÈRE PAR­TI­CU­LIÈ­RE­MENT EN­GA­GEANT À L’INS­CRIP­TION

JE N’AVAIS JA­MAIS PRIS AU­TANT DE PLAI­SIR AU VO­LANT D’UNE TRAC­TION

sé­rie, la pro­gres­si­vi­té à la li­mite est épa­tante. De l’ex­ploi­ta­tion de cette mo­bi­li­té dé­pen­dra une grande part du chro­no quand dans une RCZ Cup tout ou presque re­pose sur la ges­tion du train avant. L’exer­cice est d’au­tant plus exal­tant que l’énorme grip la­té­ral de la 308 im­pose de “jouer” à des vi­tesses ver­ti­gi­neuses dans le ra­pide. De quoi lais­ser un bel es­pace au pi­lo­tage pour s’ex­pri­mer. Le plus dif­fi­cile reste de trou­ver le com­pro­mis entre le ni­veau d’at­taque très éle­vé ré­cla­mé par l’au­to pour ex­ploi­ter le grip mé­ca­nique et l’aé­ro, et la fi­nesse qu’im­posent le train ar­rière à l’ins­crip­tion et le train avant en sor­tie de vi­rage. Glis­ser ef­fi­ca­ce­ment, c’est la clé, un peu comme dans une 911 Cup, la no­blesse d’une pro­pul­sion en moins. Même si la mo­tri­ci­té reste si­dé­rante pour une trac­tion aus­si puis­sante, ac­cé­lé­rer trop tôt avec plus d’1/4 de vo­lant reste l’as­su­rance d’un violent sous-vi­rage en dé­pit du dif­fé­ren­tiel à glis­se­ment li­mi­té au ta­rage mus­clé. Le Team Clai­ret nous a per­mis d’es­sayer la Clio Cup, la RCZ, la 208 Ra­cing Cup, et j’ai eu l’oc­ca­sion de rou­ler dans quelques com­pactes de sé­rie plu­tôt af­fû­tées sur cette piste. Ja­mais, tant s’en faut, je n’avais pris au­tant de plai­sir au vo­lant d’une trac­tion.

La 308 Ra­cing n’est pas li­mi­tée à son cham­pion­nat mo­no­type. Elle se des­tine aus­si TCR, au VLN ou en­core à l’ETCC et aux 24H se­ries. Je l’ima­gine aus­si faire la joie d’un ama­teur de track-days qui se paie­rait le luxe, pour seule­ment 74000 eu­ros HT, de te­nir la dra­gée haute aux meilleures GT de sé­rie du mo­ment au vo­lant d’une 308, le tout avec au moins au­tant de fris­sons, beau­coup plus de sueur, et un sa­cré suc­cès dans la pit-lane.

PHO­TOS YAN­NICK PAROT

ENTRE UNE McLAREN 675LT ET UNE COR­VETTE Z06 PACK Z07

La Ra­cing Cup offre un tem­pé­ra­ment et une ef­fi­ca­ci­té conformes à son look bes­tial.

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