Jeu­nesse et so­cié­té ci­vile dans l’al­gé­rie des an­nées 2010 : des en­ga­ge­ments loin de la « po­li­tique po­li­ti­cienne »

Moyen-Orient - - SOMMAIRE - Lay­la Baa­ma­ra

En 2011, alors que la Tu­ni­sie et l’égypte sont mar­quées par des sou­lè­ve­ments d’im­por­tance qui dé­sta­bi­lisent les ré­gimes en place, l’al­gé­rie est clas­sée par­mi les pays où la « vague » des ré­vo­lu­tions se heur­te­rait aux ré­ac­tions coer­ci­tives et ré­for­ma­trices d’un sys­tème qui a te­nu bon mal­gré des mo­bi­li­sa­tions pro­tes­ta­taires ré­pé­tées. Les me­sures de re­dis­tri­bu­tion, l’an­nonce de ré­formes ou le sou­ve­nir de la guerre ci­vile (1992-2002) font par­tie des ré­ponses les plus fré­quem­ment ap­por­tées pour ex­pli­quer l’ab­sence de « prin­temps arabe » en Al­gé­rie. Le mé­lange d’une dose de li­ber­tés consen­ties (plu­ra­lisme par­ti­san, presse in­dé­pen­dante, élec­tions ré­gu­lières) et d’une dose de coer­ci­tion et d’ac­ca­pa­re­ment des res­sources contri­bue cer­tai­ne­ment à dis­sua­der la con­tes­ta­tion. Mais les jeunes Al­gé­riens sont loin d’être apa­thiques.

Au dé­but du mois de jan­vier 2011, après une hausse si­gni­fi­ca­tive des prix du sucre et de l’huile (1), des mil­liers de jeunes Al­gé­riens ex­priment leur mé­con­ten­te­ment dans les rues des prin­ci­pales villes du pays, ce qui en­traîne la dé­gra­da­tion de biens pri­vés et pu­blics, mais sur­tout des échanges bru­taux avec les au­to­ri­tés. Avant la chute du pré­sident tu­ni­sien, Zine el-abi­dine ben Ali (de­puis 1987), le 14 jan­vier, les cinq morts, les bles­sés

et les ar­res­ta­tions ré­sul­tant des af­fron­te­ments entre émeu­tiers et forces de po­lice pro­voquent l’in­di­gna­tion. Ce type de ma­ni­fes­ta­tion n’est certes pas nou­veau, mais il connaît alors une telle am­pleur que les évé­ne­ments sont vite com­pa­rés aux mo­bi­li­sa­tions d’oc­tobre 1988, exi­geant l’ou­ver­ture du ré­gime. Le dé­ploie­ment de dis­po­si­tifs ré­pres­sifs et l’exo­né­ra­tion tem­po­raire de dif­fé­rentes taxes (droits de douane, TVA, im­pôt sur les bé­né­fices des so­cié­tés) dé­ci­dés par les

gou­ver­nants per­mettent de conte­nir ra­pi­de­ment la pro­tes­ta­tion. Mais celle-ci donne ce­pen­dant lieu à une mul­ti­pli­ca­tion des mo­bi­li­sa­tions pro­tes­ta­taires.

• Des jeunes au-de­vant des mo­bi­li­sa­tions de 2011

Alors que l’état d’ur­gence, im­po­sé en 1992, est tou­jours en vi­gueur et que les ma­ni­fes­ta­tions dans la rue sont for­mel­le­ment in­ter­dites à Al­ger (2), la ca­pi­tale vit pen­dant plu­sieurs mois au rythme des ras­sem­ble­ments, sit-in, grèves et marches de ci­toyens en co­lère. La plu­part des mo­bi­li­sa­tions portent sur des re­ven­di­ca­tions ci­blées sou­vent liées à un sec­teur d’ac­ti­vi­té par­ti­cu­lier (avo­cats, mé­de­cins, sa­la­riés du tex­tile, en­sei­gnants, gref­fiers, etc.). Les étu­diants font éga­le­ment en­tendre leurs voix pour pro­tes­ter contre un dé­cret re­met­tant en cause l’or­ga­ni­sa­tion des di­plômes du su­pé­rieur. D’autres ini­tia­tives ap­pellent ou­ver­te­ment à un chan­ge­ment et à la chute du ré­gime (3). L’en­goue­ment et l’ef­fer­ves­cence qui ca­rac­té­risent l’oc­cu­pa­tion de l’es­pace pu­blic al­gé­rois contrastent avec la rou­tine des mo­bi­li­sa­tions et sont sy­no­nymes pour de nom­breux ac­teurs de nou­velles pos­si­bi­li­tés d’agir. Par­mi ces ac­teurs, les jeunes oc­cupent le de­vant de la scène. Ces évé­ne­ments in­vitent à s’in­ter­ro­ger sur leur place dans la so­cié­té al­gé­rienne, par­ti­cu­liè­re­ment sur les mo­da­li­tés de leur en­ga­ge­ment dans l’es­pace pu­blic. En ré­ponse aux pro­tes­ta­tions de 2011, les gou­ver­nants ont en­tre­pris une sé­rie de ré­formes. Le 15 avril 2011, le pré­sident Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka (de­puis 1999) an­nonce une ré­vi­sion de la Consti­tu­tion et une sé­rie de me­sures por­tant no­tam­ment sur la loi élec­to­rale et sur les par­tis po­li­tiques (4). Mises en place plu­sieurs mois plus tard, elles ne bou­le­versent pas les règles du jeu po­li­tique, mais en­traînent la dé­li­vrance d’agré­ments pour de nou­velles or­ga­ni­sa­tions par­ti­sanes dès jan­vier 2012. En ce qui concerne le sec­teur as­so­cia­tif, la li­ber­té d’as­so­cia­tion adop­tée en 1990 n’a pas été for­mel­le­ment re­mise en cause après l’in­ter­rup­tion du pro­ces­sus élec­to­ral en 1991. Le contexte post­guerre et post-11 sep­tembre 2001 a fa­vo­ri­sé le dé­ve­lop­pe­ment d’en­tre­prises pri­vées et in­ter­éta­tiques vi­sant à pro­mou­voir la « so­cié­té ci­vile » et, ce fai­sant, à conte­nir l’is­lam po­li­tique. Pour leur ca­pa­ci­té à com­pen­ser un État en re­trait et à of­frir une al­ter­na­tive aux as­so­cia­tions « is­la­mistes », de nom­breuses as­so­cia­tions ont ain­si été fi­nan­cées par l’ap­pui in­ter­na­tio­nal et se sont in­sé­rées en l’es­pace de quelques an­nées dans les ré­seaux in­ter­na­tio­naux de coo­pé­ra­tion et d’aide au dé­ve­lop­pe­ment.

• Un contexte po­li­tique et so­cial peu pro­pice à l’en­ga­ge­ment

Ce­pen­dant, la lour­deur et l’opa­ci­té des pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives, les dé­ci­sions ar­bi­traires in­ter­di­sant, par exemple, des réunions ou des ac­ti­vi­tés ain­si que l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion et la co­op­ta­tion de nom­breuses as­so­cia­tions par l’état consti­tuent, dans la pra­tique, des contraintes im­por­tantes pour les ac­teurs as­so­cia­tifs. La nou­velle loi sur les as­so­cia­tions de 2012 a d’ailleurs été par­ti­cu­liè­re­ment contes­tée par de nom­breux ac­teurs as­so­cia­tifs pour les res­tric­tions sup­plé­men­taires qu’elle contient. Un col­lec­tif d’as­so­cia­tions – com­pre­nant, entre autres, la Ligue al­gé­rienne de dé­fense des Droits de l’homme, la sec­tion al­gé­rienne d’am­nes­ty In­ter­na­tio­nal et le Ras­sem­ble­ment ac­tions jeu­nesse – a dé­non­cé le ren­for­ce­ment du contrôle du gou­ver­ne­ment sur la consti­tu­tion des as­so­cia­tions, la pé­na­li­sa­tion de la li­ber­té d’as­so­cia­tion, une loi li­ber­ti­cide (5). Cette loi no 12-06, de jan­vier 2012, in­tro­duit par exemple pour les as­so­cia­tions l’obli­ga­tion d’ob­te­nir un ac­cord préa­lable des au­to­ri­tés pour se consti­tuer. Elle ré­duit éga­le­ment leurs pos­si­bi­li­tés de fi­nan­ce­ment en im­po­sant l’en­ca­dre­ment des dons et legs d’as­so­cia­tions étran­gères dans des « re­la­tions de coo­pé­ra­tion dû­ment éta­blies ». L’ac­cord préa­lable des au­to­ri­tés est par ailleurs né­ces­saire pour tout par­te­na­riat avec des as­so­cia­tions étran­gères et des ONG. Les mo­da­li­tés d’ac­ti­vi­té de ces or­ga­ni­sa­tions sur le sol al­gé­rien sont aus­si for­te­ment en­ca­drées tant dans leurs pos­si­bi­li­tés de fi­nan­ce­ment que pour les ob­jec­tifs qu’elles sont cen­sées pour­suivre (ar­ticles 63, 65 et 67). En­fin, les mo­da­li­tés de sus­pen­sion et de dis­so­lu­tion des as­so­cia­tions tendent à ren­for­cer le contrôle des au­to­ri­tés ad­mi­nis­tra­tives sur le champ as­so­cia­tif. Une as­so­cia­tion peut, par exemple, être sus­pen­due ou dis­soute sur simple dé­ci­sion ad­mi­nis­tra­tive « en cas d’in­gé­rence dans les af­faires in­ternes du pays ou d’at­teinte à la sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale » (ar­ticle 39). Dans ces condi­tions, les ac­teurs en­ga­gés éprouvent des dif­fi­cul­tés à s’or­ga­ni­ser, à (se) mo­bi­li­ser, à s’im­plan­ter so­cia­le­ment, à se faire en­tendre sur la scène po­li­tique et mé­dia­tique, et, fi­na­le­ment, à per­pé­tuer leur ac­ti­visme mal­gré les contraintes. Pour­tant, des col­lec­tifs per­durent ; de nou­velles ini­tia­tives ci­toyennes, so­ciales ou cultu­relles émergent et sont no­tam­ment por­tées par des jeunes.

Mal­gré la gé­né­ra­li­sa­tion de l’en­sei­gne­ment se­con­daire et l’aug­men­ta­tion de la du­rée des études, les jeunes Al­gé­riens sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés par le chô­mage. Ils mettent de plus en plus de temps à trou­ver un lo­ge­ment in­dé­pen­dant de leur foyer d’ori­gine et à se ma­rier. En Al­gé­rie comme dans d’autres pays de la ré­gion, le temps de la jeu­nesse s’étire. Après les hit­tistes – de « hit » qui si­gni­fie « mur » en arabe al­gé­rien, cette ex­pres­sion dé­si­gnant les jeunes Al­gé­riens qui, sans em­ploi, « tiennent les murs » du voi­si­nage (6) –, ce sont les har­ra­gas – ceux qui brûlent leurs pa­piers d’iden­ti­té et prennent la mer dans des em­bar­ca­tions de for­tune pour s’exi­ler en Eu­rope (7) – qui font ré­gu­liè­re­ment l’ob­jet d’ar­ticles de presse. Quand il ne s’agit pas de dé­lin­quance, d’émeutes ou d’émi­gra­tion clan­des­tine, ce sont les de­mandes de vi­sa ou de for­ma­tion à l’étran­ger qui sont évo­quées dans les su­jets d’ac­tua­li­té s’in­té­res­sant à la jeu­nesse al­gé­rienne. En­fin, le dés­in­té­rêt pour la po­li­tique et l’abs­ten­tion lors des élec­tions sont consi­dé­rés comme par­ti­cu­liè­re­ment ré­pan­dus chez les jeunes. Si ces phé­no­mènes qui ré­vèlent les dif­fi­cul­tés d’in­té­gra­tion so­ciale et éco­no­mique sont en ef­fet ca­rac­té­ris­tiques de la jeu­nesse al­gé­rienne du dé­but du XXIE siècle, ils ne doivent tou­te­fois pas oc­cul­ter la va­rié­té des formes d’en­ga­ge­ments des jeunes ob­ser­vables dans l’es­pace pu­blic.

• Cul­ture, arts et en­tre­pre­neu­riat so­cial : s’en­ga­ger « au­tre­ment »

Certes, on peut glo­ba­le­ment consta­ter une mise à dis­tance du po­li­tique. Ce­pen­dant, celle-ci ne doit pas être in­ter­pré­tée comme un signe d’apa­thie, d’apo­li­tisme ou de dés­in­té­rêt pour la po­li­tique. Au contraire, en en­quê­tant au­près de jeunes en­ga­gés dans des as­so­cia­tions, on peut ob­ser­ver le par­tage d’un dis­cré­dit gé­né­ra­li­sé à l’égard de la po­li­tique ins­ti­tuée et d’une vi­sion cri­tique des ac­teurs par­ti­sans et des gou­ver­nants en place. Et l’on constate en même temps des formes de po­li­ti­sa­tion or­di­naire à tra­vers des en­tre­prises qui visent à com­pen­ser l’ab­sence ou l’in­suf­fi­sance d’état, no­tam­ment en ma­tière de pro­grammes ou de struc­tures des­ti­nés aux jeunes, et des dis­cours qui ex­priment des vo­lon­tés de chan­ge­ment. La guerre ci­vile, le manque de struc­tures des­ti­nées aux jeunes, les dif­fi­cul­tés à trou­ver un em­ploi, la ra­re­té des es­paces de so­cia­bi­li­té consti­tuent des mo­teurs de l’en­ga­ge­ment as­so­cia­tif. La lutte contre l’ex­clu­sion so­ciale et les in­éga­li­tés peut ain­si prendre la forme d’un ac­ti­visme as­so­cia­tif de type cultu­rel ou ar­tis­tique. En­fin, dans un contexte où l’es­pace po­li­tique souffre d’un fort dis­cré­dit, no­tam­ment au­près des jeunes, in­té­grer une as­so­cia­tion à ca­rac­tère so­cial, cultu­rel ou ar­tis­tique est pré­sen­té comme un moyen de s’en­ga­ger au­tre­ment. Com­prendre la place des jeunes dans la so­cié­té et leur rap­port au po­li­tique en Al­gé­rie né­ces­site de s’éloi­gner de l’es­pace po­li­tique ins­ti­tu­tion­nel. D’en­tre­tiens réa­li­sés au­près d’une ving­taine de jeunes en­ga­gés dans des as­so­cia­tions et/ou dans l’en­tre­pre­neu­riat so­cial dans plu­sieurs villes du pays, il res­sort que la plu­part des jeunes ac­ti­vistes sont is­sus des classes moyennes (8). Ils sont sou­vent étu­diants ou ré­cem­ment di­plô­més du su­pé­rieur et ont d’ailleurs eu leur pre­mière ex­pé­rience d’en­ga­ge­ment à l’uni­ver­si­té ou dans une grande école en s’in­ves­tis­sant dans des clubs étu­diants. Et nombre d’entre eux ont réa­li­sé des stages ou des for­ma­tions à l’étran­ger, en Eu­rope ou en Amé­rique du Nord. On peut sché­ma­ti­que­ment dis­tin­guer quatre types d’as­so­cia­tion :

1. Des or­ga­nismes en­ga­gés dans la pro­mo­tion d’une ci­toyen­ne­té ac­tive des jeunes et dans la dé­fense des Droits de l’homme, à l’image du Ras­sem­ble­ment ac­tions jeu­nesse, une as­so­cia­tion na­tio­nale créée en dé­cembre 1992 connue pour son op­po­si­tion au ré­gime en place. Les membres ex­priment ou­ver­te­ment une po­si­tion contes­ta­taire contre les gou­ver­nants du pays en se mo­bi­li­sant ré­gu­liè­re­ment dans l’es­pace pu­blic. Ils sont for­te­ment po­li­ti­sés, par­fois proches de par­tis d’op­po­si­tion, voire en sont membres. Cette as­so­cia­tion est plei­ne­ment in­sé­rée dans l’es­pace op­po­si­tion­nel et agit de­puis sa créa­tion avec d’autres ac­teurs tels que des syn­di­cats ou la Ligue al­gé­rienne de dé­fense des Droits de l’homme. Son an­cien­ne­té et son ac­ti­visme pen­dant les an­nées 1990 aident en­fin à com­prendre son in­té­gra­tion so­lide dans des ré­seaux d’as­so­cia­tions trans­na­tio­naux. Les membres ont, par exemple, or­ga­ni­sé à plu­sieurs re­prises des ren­contres avec SOS Ra­cisme.

2. Des as­so­cia­tions plu­tôt an­crées lo­ca­le­ment (au ni­veau d’une ville ou d’un quar­tier) et tour­nées vers des en­jeux so­ciaux et cultu­rels ci­blés tels que le di­ver­tis­se­ment pour les en­fants hos­pi­ta­li­sés ou la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. On peut men­tion­ner ici comme exemple l’as­so­cia­tion des jeunes amis de l’en­vi­ron­ne­ment dans une com­mune de la wi­laya de Tlem­cen, dans l’est du pays, dont les membres or­ga­nisent es­sen­tiel­le­ment des cam­pagnes de net­toyage de proxi­mi­té et de sen­si­bi­li­sa­tion dans les écoles pri­maires. Ces as­so­cia­tions connaissent plus de dif­fi­cul­tés en ma­tière de fi­nan­ce­ment et de moyens ; elles sont moins in­sé­rées dans les ré­seaux de coo­pé­ra­tion et

ont moins de moyens pour ré­pondre aux ap­pels à pro­jets des bailleurs de fonds. In­di­rec­te­ment, ce type d’as­so­cia­tion peut néan­moins bé­né­fi­cier de res­sources ob­te­nues par d’autres as­so­cia­tions mieux in­sé­rées dans les ré­seaux de coo­pé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment. Ain­si, un membre de l’as­so­cia­tion ci­tée plus haut pré­cise avoir par­ti­ci­pé à des for­ma­tions en com­mu­ni­ca­tion dé­li­vrées par une as­so­cia­tion ora­naise in­té­grée à un pro­gramme de coo­pé­ra­tion avec l’am­bas­sade de France. De ma­nière gé­né­rale, les as­so­cia­tions qui par­viennent à dé­cro­cher des ap­pels à pro­jets ou à sub­ven­tions – sou­vent pro­po­sés par les am­bas­sades de France et des États-unis ou l’union eu­ro­péenne (UE) – or­ga­nisent des évé­ne­ments (sé­mi­naires, confé­rences, for­ma­tions, etc.) aux­quels d’autres as­so­cia­tions sont conviées.

3. Des as­so­cia­tions qui font la pro­mo­tion de l’art ou dont les membres usent de moyens ar­tis­tiques pour ex­pri­mer leur en­ga­ge­ment. Les Drôles Ma­daires est, par exemple, le nom qu’une troupe de jeunes co­mé­diens ora­nais s’est don­né pour pro­mou­voir le théâtre d’im­pro­vi­sa­tion. L’ac­ti­visme as­so­cia­tif ap­pa­raît ici comme un moyen de pour­suivre une tra­jec­toire ar­tis­tique ou de don­ner libre cours à un hob­by. Pa­ral­lè­le­ment à l’or­ga­ni­sa­tion de leurs spec­tacles, les Drôles Ma­daires pro­posent des ate­liers heb­do­ma­daires d’ini­tia­tion à l’im­pro­vi­sa­tion à des­ti­na­tion des jeunes en­fants et des adultes. Ils se dé­placent éga­le­ment en de­hors d’oran pour ré­pondre à l’ap­pel d’as­so­cia­tions d’autres ré­gions du pays pour or­ga­ni­ser des « ate­liers dé­cou­verte » et pour se pro­duire à l’étran­ger. Ils par­ti­cipent en­fin à des ren­contres à l’échelle ré­gio­nale (Afrique, Moyen-orient) dans le cadre des­quelles ils dia­loguent avec des ar­tistes d’autres pays et as­pirent à créer un ré­seau trans­na­tio­nal de pro­mo­tion de l’im­pro­vi­sa­tion théâ­trale. De jeunes ar­tistes ren­con­trés cherchent da­van­tage à mettre leur en­ga­ge­ment au ser­vice de leur pas­sion ou vo­ca­tion ar­tis­tique et à en faire bé­né­fi­cier des confrères. C’est par exemple le cas de l’as­so­cia­tion Jeunes ta­lents jeune es­poir (JTJE) à Oran, qui se donne pour mis­sion d’ai­der les jeunes in­té­res­sés par les mé­tiers cultu­rels et ar­tis­tiques en leur pro­po­sant, par exemple, des for­ma­tions au mé­tier de mé­dia­teur cultu­rel. Là en­core, c’est grâce à un fi­nan­ce­ment ob­te­nu d’un pro­gramme de coo­pé­ra­tion entre L’UE et l’al­gé­rie que les jeunes de cette as­so­cia­tion dé­ve­loppent et concré­tisent leur pro­jet.

4. Des as­so­cia­tions se re­ven­di­quant de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire et/ou de l’en­tre­pre­neu­riat so­cial comme le Centre al­gé­rien d’en­tre­pre­neu­riat so­cial créé par un groupe de jeunes étu­diants en 2013 afin d’ac­com­pa­gner et de for­mer à la créa­tion d’en­tre­prises à im­pact so­cial. « So­cial bu­si­ness », « im­pact so­cial », « in­no­va­tion so­ciale », « éco­no­mie so­ciale et so­li­daire » sont au­tant d’ex­pres­sions que les jeunes ren­con­trés se ré­cla­mant de l’en­tre­pre­neu­riat so­cial mo­bi­lisent pour se pré­sen­ter et pré­sen­ter leurs ac­ti­vi­tés. Qu’ils aient fon­dé une en­tre­prise ou une as­so­cia­tion, ils af­firment vou­loir ap­por­ter des so­lu­tions à des pro­blé­ma­tiques so­ciales lo­cales. Ces ac­teurs sont sou­vent de jeunes di­plô­més de grandes écoles (com­merce, in­for­ma­tique) et, en­core plus que dans d’autres types d’as­so­cia­tion, do­tés d’ex­pé­riences pro­fes­sion­nelles ou for­més en Eu­rope ou aux États-unis. Leurs do­maines d’ac­ti­vi­tés sont cir­cons­crits lo­ca­le­ment et vont de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle à la créa­tion de plates-formes d’as­so­cia­tions « so­ciales » en pas­sant par le dé­ve­lop­pe­ment du tou­risme équi­table ou l’in­clu­sion nu­mé­rique. Évo­quant sou­vent des pra­tiques et des ac­teurs de « l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire » dans les pays du Nord, ils pro­meuvent l’émer­gence d’un sec­teur si­mi­laire en Al­gé­rie et en­tendent ain­si ré­pondre à des be­soins so­ciaux et éco­no­miques in­suf­fi­sam­ment pris en charge par l’état. À tra­vers ce type d’ac­ti­visme, les jeunes se re­ven­di­quant de l’en­tre­pre­neu­riat so­cial cherchent en même temps à s’in­sé­rer sur le mar­ché de l’em­ploi. Leurs am­bi­tions entrent en­fin en ré­so­nance avec l’émer­gence de nou­veaux dis­cours por­tés par les bailleurs de fonds in­ter­na­tio­naux et les ac­teurs pu­blics

al­gé­riens qui font la pro­mo­tion de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire comme le­vier de dé­ve­lop­pe­ment et offrent dans cette pers­pec­tive des pos­si­bi­li­tés de fi­nan­ce­ment.

• Ac­qué­rir une place dans l’es­pace pu­blic

La par­ti­ci­pa­tion de la jeu­nesse al­gé­rienne dans l’es­pace pu­blic peut prendre des formes di­verses. Cer­tains af­firment vou­loir res­ter à dis­tance de la po­li­tique alors que d’autres cri­tiquent ou­ver­te­ment les gou­ver­nants en place. Ce qui ne les em­pêche pas de nouer lo­ca­le­ment des par­te­na­riats avec les ac­teurs pu­blics pour ob­te­nir des fi­nan­ce­ments. S’ils ex­priment des vo­lon­tés de chan­ge­ment ou vont contre les normes so­ciales do­mi­nantes, les jeunes ren­con­trés s’ins­crivent sur­tout, par leurs dis­cours comme par leurs pra­tiques, dans une dé­marche d’in­té­gra­tion dans la so­cié­té.

Quand ils pro­testent dans la rue ou se mo­bi­lisent dans des as­so­cia­tions, en dé­pit de la lé­gis­la­tion res­tric­tive, de condi­tions so­ciales et éco­no­miques dif­fi­ciles et des manques de fi­nan­ce­ment, les jeunes Al­gé­riens font en­tendre leur voix et té­moignent de leur as­pi­ra­tion à ac­qué­rir une place dans l’es­pace pu­blic.

© Afp/fa­rouk Ba­tiche

Si l’exé­cu­tif semble fort et in­amo­vible, les jeunes Al­gé­riens sont loin d’être apa­thiques.

En mars 2011, des jeunes montrent leur co­lère, quitte à af­fron­ter les forces de l’ordre, une fa­çon de rap­pe­ler des condi­tions de vie pré­caires (l’image cen­trale date de 1999) mal­gré la ri­chesse du pays.

Connec­tée, la jeu­nesse al­gé­rienne souffre du chô­mage mal­gré de hautes qua­li­fi­ca­tions uni­ver­si­taires.

Fé­vrier 2011 : un jeune d’al­ger ap­pelle à un chan­ge­ment de gé­né­ra­tion. Di­ri­gé par un homme né en 1937 et ma­lade, le ré­gime sau­ra-t-il ré­pondre ?

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