D’un conti­nent à l’autre

Le ra­pa­trie­ment par car­go de deux ve­dettes de­puis Syd­ney en Aus­tra­lie consti­tue une longue phase de li­vrai­son pour le re­pré­sen­tant Ma­ri­ti­mo de Mo­na­co. Nous avons sui­vi le dé­bar­que­ment d’une M51 et d’une M59, sor­ties des en­trailles du mas­to­donte après deux

Neptune Yachting Moteur - - Reportage Convoyage Sydney - Gênes - Texte et pho­tos Nor­bert Con­chin

Prendre li­vrai­son d’un ba­teau est tou­jours un mo­ment ex­cep­tion­nel. Alors, qui plus est, si ce­lui-ci vient de l’autre bout du monde, trans­por­té dans la cale d’un porte-contai­ner géant de 273 m de long. L’agent Ma­ri­ti­mo ba­sé à Mo­na­co, Spen­cer­ship, en at­tente de deux uni­tés – une M51 dé­jà ven­due par l’in­ter­mé­diaire de l’agent de Saint-Tro­pez, Ex­clu­sive Yacht Agen­cy, et une M59 des­ti­née à pro­mou­voir la marque en Mé­di­ter­ra­née de­puis Mo­na­co – nous convie à as­sis­ter à la li­vrai­son qui s’ef­fec­tue au ter­mi­nal de Gênes en ce dé­but d’été.

Ve­nues des an­ti­podes

Ce­rise sur le gâ­teau : nous au­rons droit à la suite de faire le convoyage pour em­me­ner la M59 à sa destination fi­nale du port de Font- vieille pen­dant que l’autre M51 se­ra convoyée par son pro­prié­taire avec l’aide de l’agent vers le port de Saint-Tro­pez. Il faut dire qu’il a eu de la pa­tience, l’heu­reux pro­prié­taire de cette M51, car la navigation de­puis Syd­ney, où sa ve­dette a été char­gée, a du­ré deux mois avec de nom­breuses es­cales. Il a pu suivre sur tra­fic­ma­rine.com l’iti­né­raire de Strauss, le porte-contai­ner de la com­pa­gnie CMA-CGM qui est for­cé­ment dé­pen­dant non pas de la route la plus courte mais de celle la plus com­mer­cia­le­ment ren­table. Le car­go est en­fin an­non­cé à l’ar­ri­vée à Gênes et le tran­si­taire de­mande que les per­sonnes

pre­nant en charge la li­vrai­son des ba­teaux se pré­sentent au ter­mi­nal dès sept heures du ma­tin afin d’être as­su­ré de leur pré­sence sur le quai pour ef­fec­tuer une mise à l’eau en trans­bor­de­ment, c’est-àdire sans pas­sage à terre. Manque de chance cette fois, le na­vire qui at­ten­dait son tour au mouillage connaît une ava­rie avec son ancre et voit son amar­rage re­tar­dé de quelques heures. Nous en pro­fi­tons pour prendre un ca­fé et faire connais­sance. Nous ap­pre­nons que les ba­teaux sont lon­gue­ment tes­tés avant leur voyage, et les 500 milles, qui sé­parent Bris­bane où se trouve le chan­tier Ma­ri­ti­mo, et Syd­ney, consti­tuent le meilleur des bancs d’es­sais. Les na­vires qui ar­rivent sont donc par­fai­te­ment au point et a for­tio­ri le 51 sur le­quel son pro­prié­taire a na­vi­gué en Aus­tra­lie avant son pé­riple. Le tran­si­taire nous rap­pelle en­fin. Une na­vette nous em­mène avec le ma­té­riel de sé­cu­ri­té et de convoyage sur le quai à l’ar­rière du porte-contai­ner. Les im­menses grues dé­jà oc­cu­pées à ex­traire les contai­ners sont équi­pées de sangles et plongent dans la cale. Quelques mi­nutes plus tard, on aper­çoit la coque de la pre­mière ve­dette s’ex­traire de l’énorme Le­go d’acier. En dé­pit de sa lon­gueur de presque vingt mètres, elle pa­raît mi­nus­cule dans les bras de la grue. Puis celle-ci se dé­place sur ses rails vers la poupe et la M59 est mise à l’eau à l’ar­rière du car­go. Un ba­teau d’as­sis­tance per­met d’ame­ner l’équi­page à bord et ai­der à l’amar­rage. C’est en­suite au tour de la M51, au grand sou­la­ge­ment de son pro­prié­taire, puis des bers qui sont eux dé­char­gés sur le quai.

Un dé­char­ge­ment im­pres­sion­nant

Tout s’est pas­sé ra­pi­de­ment et les ba­teaux n’ont pas souf­fert du trans­port, mais ce­la pour­rait vite tour­ner au cau­che­mar en cas d’im­pré­vu ou de mau­vaise an­ti­ci­pa­tion. D’ailleurs une pré­pa­ra­tion mi­nu­tieuse et une co­or­di­na­tion ef­fi­cace entre tous les in­ter­ve­nants sont in­dis­pen­sables pour as­su­rer le bon dé­rou­le­ment. C’est à Va­lé­rie, l’as­sis­tante de chez Spen­cer­ship, qu’in­combe cette res­pon­sa­bi­li­té, et la longue ex­pé­rience de son pa­tron, Craig Har­vey, qui im­porte des ba­teaux de­puis plus de trente ans, est un sou­tien in­dis-

pen­sable pour me­ner au mieux la lo­gis­tique et prendre les bonnes dé­ci­sions.

Une co­or­di­na­tion im­pé­ra­tive

Pour preuve, il a fal­lu faire pres­sion afin d’ob­te­nir le dé­char­ge­ment du ba­teau di­rec­te­ment à l’eau au lieu d’être d’abord dé­po­sé à terre pour qu’il soit dé­so­li­da­ri­sé du ber et en­suite mis à l’eau, sans ga­ran­tie que tout puisse se faire dans la fou­lée. Ce qui au­rait vou­lu dire une at­tente in­dé­fi­nie à Gênes pour huit per­sonnes. Plu­tôt gê­nant. Après plu­sieurs ap­pels, e-mails à Gênes et au tran­si­taire aus­tra­lien de­vant in­ter­ve­nir pour que le ba­teau soit bien dé­char­gé di­rec­te­ment à l’eau comme pré­vu ini­tia­le­ment (wa­ter to wa­ter), tout rentre dans l’ordre. Bien sûr tous les do­cu­ments de trans­port, d’as­su­rance, d’im­por­ta­tion et de cer­ti­fi­ca­tion CE sont bien prêts en cas d’un contrôle par la douane. Afin de mieux se rendre compte de l’en­chaî­ne­ment de l’or­ga­ni­sa­tion et de l’ad­mi­nis­tra­tion, nous vous ren­voyons à l’en­ca­dré ci-contre sur la lo­gis­tique pour ap­pré­cier toutes les étapes consti­tu­tives de cette im­por­ta­tion et li­vrai­son. Une fois à l’eau, les mo­teurs sont dé­mar­rés et le dé­pa­que­tage des pro­tec­tions com­mence. Celles-ci ont été bien utiles car la ma­nu­ten­tion sur le na­vire gé­nère une bonne pous­sière et d’ailleurs on aper­çoit à cet ins­tant que le na­vire va être re­pon­té pour rem­pi­ler ses boîtes en acier. Une

fois les bâches ôtées, un re­pré­sen­tant de la com­pa­gnie ma­ri­time vient s’as­su­rer de la bonne li­vrai­son et faire si­gner une dé­charge. Peu après, nous quit­tons le quai di­rec­tion la sta­tion de car­bu­rant de la ma­ri­na afin de faire les pleins pour le convoyage et don­ner un bon coup de net­toyage sur les su­per­struc­tures des deux Ma­ri­ti­mo.

Im­por­ta­tion tran­si­toire

L’opé­ra­tion de­puis notre prise en charge par la na­vette n’a du­ré qu’une heure et de­mie. Tout s’est dé­rou­lé sans en­combre grâce à la bonne syn­chro­ni­sa­tion et l’ex­pé­rience de l’équipe Spen­cer­ship. Les ve­dettes vont main­te­nant ga­gner leur port de destination. La M51 va faire sa pré­sen­ta­tion en douane pour l’im­por­ta­tion. Comme le mo­dèle est exis­tant de­puis plu­sieurs an­nées, le chan­tier n’a eu qu’à faire pro­ro­ger la dé­cla­ra­tion de cer­ti­fi­ca­tion CE par l’IMCI. En re­vanche, pour la toute nou­velle M59, il a fal­lu pas­ser les tests de confor­mi­té CE afin d’ob­te­nir le cer­ti­fi­cat. La M59 qui n’a pas été ven­due se­ra, elle, pla­cée en en­tre­pôt sous douane, ce qui lui per­met­tra, en aver­tis­sant les au­to­ri­tés au préa­lable, de ser­vir de ba­teau de dé­mons­tra­tion, avant de trou­ver son fu­tur port d’at­tache.

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Voi­ci en­fin la ve­dette après un voyage de deux mois de­puis l’Aus­tra­lie avec de nom­breuses es­cales. Son pro­prié­taire est sou­la­gé.

Tout le ma­té­riel de convoyage est ras­sem­blé pour pas­ser la sé­cu­ri­té et prendre la na­vette qui va nous em­me­ner au pied du mas­to­donte.

La 51’ est mise à l’eau sous la sur­veillance d’un do­cker. Une ve­dette du port trans­borde son pro­prié­taire pour dé­mar­rer les mo­teurs.

Si­tôt amar­ré, le dé­pa­que­tage com­mence. Ces pro­tec­tions ont bien pro­té­gé le gel-coat des pro­jec­tions dues aux ma­nu­ten­tions à bord du car­go.

Un bon coup de net­toyage est in­dis­pen­sable car des ré­si­dus de pous­sière per­sistent. Chose faite à la sta­tion-ser­vice avant de par­tir.

Graig Har­vey, l’agent Ma­ri­ti­mo pour la France et Mo­na­co, est sa­tis­fait. Tout s’est bien pas­sé. Il n’a fal­lu que deux heures pour l’opé­ra­tion.

Pre­mière vé­ri­fi­ca­tion sur les vannes et le coupe-cir­cuit. On com­mence par dé­mar­rer le gé­né­ra­teur, puis les mo­teurs. L’es­pace au­tour de la mé­ca­nique est confor­table.

Deux mondes se croisent à une échelle dif­fé­rente. Il faut veiller à bien ajus­ter les pa­re­bat­tages pour ac­cos­ter sur un quai de car­gos.

La 59’ à bon port sous le ro­cher de Mo­na­co après ce long voyage. No­tez sa pla­te­forme hy­drau­lique qui sert de pas­se­relle à quai.

Le convoyage vers Mo­na­co s’est ef­fec­tué dans le plus grand confort. Les ex­cel­lents sièges PYS sur le fly pi­lot house n’y sont pas étran­gers.

Ren­contre in­at­ten­due avec quatre ca­cha­lots tout près de la côte vers Alas­sio. De quoi mé­di­ter sur sa vi­tesse de croi­sière la nuit !

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