En route vers les mers sep­ten­trio­nales

Sip­ko van Sluis s’est of­fert une tra­ver­sée mé­mo­rable. Ter­rain de jeu : l’Écosse, les Îles Fé­roé, l’Is­lande et le Groen­land.

Neptune Yachting Moteur - - Na­vi­ga­tion Des Pays-bas Au Groen­land -

Asix heures du soir le 10 juin 2016, Sip­ko van Sluis largue les amarres et quitte le port d’Har­lin­gen, ber­ceau du chan­tier Nor­thLine aux Pays-Bas. Si c’est un rêve mû­ri pen­dant presque un quart de siècle, il a néan­moins la gorge nouée en voyant s’éloi­gner sa fa­mille et ses amis res­tés sur le quai. Plus pos­sible de battre en re­traite. Les bouées rouges dé­filent sur tri­bord. Cap vers la mer du Nord. Cette pre­mière étape de 375 milles va le me­ner à Pe­te­rhead, au nord-est de l’Écosse.

Ba­lades et par­ties de pêche

En croi­sière à 10 noeuds, le dis­po­si­tif de sé­pa­ra­tion de tra­fic est fran­chi sans en­combre, en dé­pit d’une hau­teur de vagues deux fois su­pé­rieure à celle pré­vue. Et ga­gner les eaux plus pro­fondes n’y fait rien, le yacht est lé­gè­re­ment mal­me­né jus­qu’au pe­tit ma­tin. La tra­ver­sée se dé­roule se­rei­ne­ment, au­cun na­vire croi­sé... À l’ar­ri­vée, le maître de port s’en­quiert de la pro- ve­nance de l’équi­page et de­mande les pas­se­ports. Bien ré­veillé après une bonne douche, Sip­ko s’af­fole : il réa­lise que le sien est res­té chez lui ! Tout peut s’ar­rê­ter, avant même d’avoir dé­bu­té. Les coeurs cognent, mais le maître de port se montre com­pré­hen­sif et de­mande l’ex­pé­di­tion du do­cu­ment à Va­gur, aux îles Fé­roé. C’est la pro­chaine es­cale, dis­tante de 297 milles. Elle se­ra at­teinte deux jours plus tard, le 14 juin, après une tra­ver­sée tran­quille, le Daunt­less ne croi­sant qu’un na­vire de pêche et un pe­tit car­go. Com­mune la plus peu­plée des Fé­roé, il ne s’y at­tarde pas. Les ba­lades à vé­lo et quelques par­ties de pêche agré­mentent cette courte es­cale et il en­tre­prend en- suite un saut de puce de 36 milles dans l’op­tique de re­joindre Tor­shavn, au centre de l’ar­chi­pel da­nois. Des­sa­ler le pont, faire un tour de l’île à vé­lo, voi­là de quoi oc­cu­per le temps. Il pointe en­suite l’étrave vers la côte est de l’Is­lande pour une tra­ver­sée de 292 milles.

Fran­chis­se­ment du cercle po­laire

Sous ces la­ti­tudes, la lu­mière qua­si per­ma­nente mêle la nuit au jour, le si­lence règne en maître et le froid, bien qu’es­ti­val, en­gour­dit les sens. Ce­la al­tère une par­tie du dis­cer­ne­ment de l’équi­page au point que les coups de ca­non qui re­ten­tissent le 17 juin pour la fête na­tio-

nale is­lan­daise, lors de l’ar­ri­vée à Sey­disf­jor­dur, le font fré­mir. Le len­de­main, la route vers Reyk­ja­vik passe par le nord de l’île. 513 miles sont par­cou­rus en quatre jours. Le cercle po­laire est fran­chi. Le so­leil ne se couche plus, la lu­mière est per­ma­nente. De nom­breux cé­ta­cés sont ob­ser­vés, deux ba­leines leur offrent un spec­tacle in­ou­bliable de danse au­tour du na­vire. Dau­phins et orques sont aus­si de la par­tie. Mais l’hor­loge bio­lo­gique est per­tur­bée par le jour sans fin, la fa­tigue se fait sen­tir, le brouillard s’en mêle et l’AIS s’avère une aide pré­cieuse pour na­vi­guer au mi­lieu de nom­breux na­vires de pêche croi­sant dans les pa­rages. L’ar­ri­vée à Reyk­ja­vik le 23 juin ponc­tue la pre­mière par­tie du voyage. Cham­pagne ! L’heure du pre­mier bi­lan sonne : 1 522 milles par­cou­rus en deux se­maines et des sou­ve­nirs plein les soutes. L’équi­page, le coeur ser­ré, laisse à l’es­cale le Daunt­less et re­prend l’avion pour la Hol­lande. Un break né­ces­saire pour re­par­tir de plus belle, trois se­maines plus tard. Re­tour à Reyk­ja­vik le 15 juillet, heu­reux d’ap­prendre que deux pro­prié­taires de North-Line pré­sents au port ont je­té un oeil sur le Daunt­less pen­dant l’ab­sence de son équi­page. Re­prise des ré­jouis­sances avec un na­vire en bon état, le pont propre mal­gré l’érup­tion du vol­can Hek­la tout proche. La pre­mière dif­fi­cul­té est de se pro­cu­rer une carte ma­rine du Groen­land. Il faut re­co­pier celle de ma­rins lo­caux avant de mettre le cap sur It­to­q­qor­too­miit, le 18 juillet. Le bul­le­tin mé­téo ne suf­fit plus, il va fal­loir aus­si s’en­qué­rir des mou­ve­ments d’ice­bergs.

Une tra­ver­sée sans fuel sup­plé­men­taire

Sous ces la­ti­tudes, le brouillard est fré­quent et le ra­dar s’avère plus qu’utile. Il va per­mettre d’évi­ter les autres na­vires, les ice­bergs et... trois ba­leines en­dor­mies à la sur­face. Après 452 milles par­cou­rus en soixante heures, le Daunt­less est au mouillage au fond du fjord. Entre mous­tiques et ours blancs, le rêve de Sip­ko est ac­com­pli ! Le Daunt­less est aus­si le pre­mier na­vire à coque se­mi­pla­nante à avoir ac­com­pli cette tra­ver­sée sans em­bar­quer de car­bu­rant sup­plé­men­taire. La route du re­tour lui fe­ra ga­gner de nou­veau l’Is­lande, les Fé­roé, Pe­te­rhead. Seule va­riante : le Da­ne­mark. Il va lon­ger la fa­çade orien­tale, puis des­cendre jus­qu’au ca­nal

de Kiel, d’une lon­gueur de 98 ki­lo­mètres, tra­ver­sant ain­si le pays pour re­joindre Cux­ha­ven, en Al­le­magne, par l’ouest. Har­lin­gen est en vue le 10 août. Après six se­maines de na­vi­ga­tion, plus de 4 300 milles par­cou­rus et 390 heures mo­teur, le Daunt­less n’a pas failli et s’est mon­tré à la hau­teur des es­pé­rances les plus folles de son pro­prié­taire. Sip­ko van Sluis a na­vi­gué aux cô­tés de Cees Schot, pro­prié­taire d’un North-Line 37, les deux pre­mières et deux der­nières se­maines d’ex­pé­di­tion. La troi­sième et qua­trième se­maine, il était ac­com­pa­gné par Yvette Ruys et JP Van Dam. Après cette croi­sière ex­tra­or­di­naire, le Daunt­less l’a conduit avec sa com­pagne, Ma­rije Mul­der, et leurs quatre en­fants en va­cances à Vie­land, une île pit­to­resque des Pays-Bas.

Des Pays-Bas au Groen­land, en pas­sant par l’Ecosse, les îles Fé­roé et l’Is­lande, l’aven­ture compte 4 353 milles et vingt-deux étapes.

Sip­ko van Sluis et son équi­pier, Cees Schot, cé­lèbrent leur ac­cos­tage à Reyk­ja­vik et la fin de la pre­mière par­tie du pé­riple.

Dé­part le 10 juin 2016 à 18 h. L’écluse de Tjerk Hiddes du port de Har­lin­gen est fran­chie et le Daunt­less fait route vers l’Ecosse.

De­puis un din­ghy, le North-Line est pho­to­gra­phié sous tous les angles avec les mon­tagnes d’Isaf­jor­dur en­nei­gées en ar­rière-plan.

Es­pèce em­blé­ma­tique de l’avi­faune is­lan­daise, le ma­ca­reux au bec co­lo­ré se laisse ob­ser­ver et pho­to­gra­phier en toute pas­si­vi­té.

L’église fu­tu­riste de Hall­grí­mur, dont la flèche en bé­ton culmine à 74,50 m peut être un bon amer pour l’ar­ri­vée à Reyk­ja­vik.

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