LE CHE­MIN DU RE­TOUR

Neptune Yachting Moteur - - Croisière La Grèce En Gb 48 -

Dé­part aux pre­mières lueurs du jour. Nous ap­pré­cions une fois de plus la beau­té du site dans cet étroit pas­sage entre l’île de Cor­fou et l’Al­ba­nie ; étroit et très fré­quen­té par de nom­breux ba­teaux de croi­sière fi­lant plus vite que nous. Une fois pas­sés au large de l’île d’Otho­ni, qui marque pour beau­coup de plai­san­ciers la porte des îles Io­niennes, une mer hou­leuse se trans­forme vite en une mer mau­vaise avec des creux de deux mètres et un vent dé­pas­sant 25 noeuds. Ce ca­nal d’Otrante est ré­pu­té pour ses vents bru­taux et gé­né­ra­le­ment mal éva­lués par les fi­chiers mé­téo. Il nous faut quatre heures, bal­lo­tés dans un rou­lis in­fer­nal pour re­joindre le ta­lon de la botte ita­lienne, où cette houle vire de sens pour nous ac­com­pa­gner en 3/4 ar­rière sur toute la des­cente vers la Si­cile.

Un in­tense tra­fic ma­ri­time

La lec­ture n’est pas pos­sible, alors on s’oc­cupe comme on peut : chan­ge­ment de pa­villon de cour­toi­sie, mise à l’heure des montres (chan­ge­ment de fu­seau ho­raire en quit­tant la Grèce), pen­dules et élec­tro­nique de navigation, sans ou­blier l’apéro au cou­cher du so­leil. La nuit est presque confor­table mais pas de tout re­pos, car nous de­vons sla­lo­mer entre les car­gos qui em­pruntent ce rail. Pas ques­tion de trop nous rap­pro­cher de la côte pour les évi­ter, nous se­rions al­lés nous plan­ter sur les in­nom­brables marques de pêche ba­li­sées de fa­çon très fan­tai­siste ! Alors, nos quarts s’en­chaînent jus­qu’au le­ver du jour. Mer­ci au ra­dar et à l’AIS, qui sim­pli­fient

gran­de­ment les prises de dé­ci­sions. Après le pe­tit-dé­jeu­ner, s’ef­fec­tue un tra­vail de sé­lec­tion des meilleurs ré­seaux GSM dis­po­nibles pour ré­cu­pé­rer les der­niers fi­chiers mé­téo et confir­mer mal­heu­reu­se­ment que nous al­lons de­voir pas­ser la tra­ver­sée du dé­troit de Mes­sine, soit 90 milles, à sur­veiller des cel­lules ora­geuses. En­core une fois, le ra­dar est d’une grande aide pour évi­ter de rin­cer le ba­teau et l’équi­page. 90 milles dans ces condi­tions c’est long, très long. Alors, pour trom­per l’en­nui, on compte les mouches, em­bar­quées de­puis la Grèce, et qui elles aus­si prennent l’air sur le fly sans ja­mais s’éloi­gner. Je connais­sais l’ex­pres­sion «Pas folle la guêpe», mais la mouche, aus­si ! J’ai l’im­pres­sion que le compte est bon et que nous al­lons les gar­der comme pas­sa­gers clan­des­tins jus­qu’à notre ar­ri­vée. Plus tard, comme le chan- tait Mi­chel Jo­nasz, «on re­gar­dait les ba­teaux, on man­geait des glaces à l’eau», en at­ten­dant l’apéro... Qui ne pour­ra pas avoir lieu... Dé­jà, au large de Sy­ra­cuse, un gi­gan­tesque front nua­geux barre le che­min vers le cap Pas­se­ro au sud de la Si­cile, qui marque la der­nière étape avant la ma­ri­na de Ra­guse. Au ra­dar, les cel­lules ora­geuses se dé­tachent net­te­ment et nous es­sayons de pas­ser à tra­vers mais le vent for­cit en­core et la grosse houle de tra­vers com­mence à dé­fer­ler. Sla­lo­mer dans ces condi­tions de­vient de plus en plus dif­fi­cile d’au­tant que ce front est épais de près de huit milles, ce qui, à notre vi­tesse, im­plique que nous al­lons for­cé­ment être pris dans du très gros temps. Des éclairs com­mencent à illu­mi­ner le ciel. Il fait dé­jà nuit et sou­dain les lueurs de la côte dis­pa­raissent. C’est le noir to­tal. Même en al­lu­mant les phares de proue afin de dis­tin­guer l’état de la mer de­vant nous, j’ai du mal à main­te­nir le ba­teau pour faire face à ces vagues qui com­mencent à faire rou­ler dan­ge­reu­se­ment les 35 tonnes d’An­ce­tile. Après un long mo­ment à ba­tailler pour ten­ter de pas­ser, il faut sa­voir rendre les armes et je né­go­cie du mieux pos­sible un de­mi-tour pour battre en re­traite et fi­ler nous mettre à l’abri dans la baie de Sy­ra­cuse qui est à moins de 10 milles. Au vu de ce qui nous est ar­ri­vé, cette navigation m’a per­mis de hié­rar­chi­ser la fia­bi­li­té des sites de pré­vi­sions mé­téo. J’en consulte deux pour les longs par­cours, Lam­ma Rete, Is­ra­mar, et quo­ti­dien­ne­ment l’ex­cel­lente ap­pli­ca­tion pour iOS (iP­hone, iPad), Wea­ther 4D et son mo­dule de rou­tage. Wea­ther 4D est tou­jours ma pré­fé­rée pour pla­ni­fier une longue tra­ver­sée, bien vi­sua­li­ser les grandes ten- dances à long terme et cal­cu­ler le meilleur cré­neau ho­raire. En re­vanche, je confirme que Lam­ma Rete est ab­so­lu­ment in­dis­pen­sable pour les pré­vi­sions plus fines au­tour des îles (ef­fets ven­tu­ri par exemple) où les fi­chiers grib res­tent moins pré­cis. À maintes re­prises, j’ai pu ap­pré­cier la per­ti­nence de ce site ita­lien. En l’oc­cur­rence, au large de Sy­ra­cuse, la cel­lule ora­geuse était in­di­quée mais plus au sud. De nou­velles pres­sions at­mo­sphé­riques l’ont main­te­nue plus long­temps sur notre par­cours au lieu de l’en­voyer vers Malte où elle au­rait dû être.

Le GB 48, un ba­teau très sûr

En­fin, si nous pou­vions en­core dou­ter des qua­li­tés ma­rines du Grand Banks 48, il faut ad­mettre qu’après ce que nous avons su­bi dans cet orage de nuit, ce ba­teau offre une sé­cu­ri­té ex­cep­tion­nelle. Au to­tal, 357 milles par­cou­rus en 49 heures soit 7,3 noeuds de moyenne. Nous gar­de­rons le sou­ve­nir d’une navigation char­gée d’émo­tions et d’émer­veille­ment. La mer Io­nienne offre des pay­sages va­riés et un nombre in­cal­cu­lable de mouillages aus­si tran­quilles qu’au port. Seul bé­mol, l’eau est ra­re­ment cris­tal­line et les fonds sont très abî­més, mais il nous pa­raît fa­cile d’y na­vi­guer plu­sieurs an­nées sans se las­ser. Nous l’avons quit­tée avec re­gret !

La mé­téo du re­tour en mer Io­nienne fut com­pli­quée.

Notre der­nière soi­rée à Cor­fou dans la baie de Ka­la­mi. En cette fin de sai­son, les plai­san­ciers sont moins nom­breux et l’ac­cueil des Grecs est beau­coup plus cha­leu­reux.

Avec Cor­fou, la baie de La­ka, à Paxos, est l’un des prin­ci­paux points d’ar­ri­vée de­puis l’Ita­lie.

Tout au long des 1 785 milles de notre odys­sée grecque, An­ce­tile s‘est ré­vé­lé un ex­cellent ba­teau, par très beau temps comme dans des condi­tions dif­fi­ciles.

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