Avant

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - Histoire - NELLY NUSSBAUM

Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, l’ins­tal­la­tion de fours à rou­gir les bou­lets à proxi­mi­té des ca­nons per­met d’ap­puyer les dé­fenses cô­tières. Les bou­lets in­can­des­cents pou­vaient en­flam­mer un na­vire à deux ki­lo­mètres. Il ne reste que neuf fours en France, dont quatre sur les îles de Lé­rins.

Tout le monde connaît l’ex­pres­sion «ti­rer à bou­let rouge ! » - in­ter­pel­ler quel­qu’un avec des termes vi­ru­lents – mais com­ment ima­gi­ner que ce sens fi­gu­ré fut un jour uti­li­sé au sens propre. Tout vient d’une stra­té­gie mi­li­taire qui consis­tait à chauf­fer des bou­lets de ca­nons à très haute tem­pé­ra­ture dans des bat­te­ries – au­tre­ment dit des fours re­liés à des ca­nons - avant de les lan­cer sur les as­saillants. Si, de­puis le XVIe siècle, des bat­te­ries étaient ins­tal­lées en Bre­tagne, ce n’est qu’en  qu’elles ap­pa­raissent sur nos côtes azu­réennes. Celles des îles de Lé­rins sont une ini­tia­tive du général Bo­na­parte qui, à son ar­ri­vée dans l’ar­mée des Alpes le  mars , dé­cide de ren­for­cer les dé­fenses cô­tières, tant fran­çaises qu’ita­liennes, en édi­fiant des bat­te­ries sur les îles de Lé­rins. Avec ces nou­velles dis­po­si­tions, Bo­na­parte ver­rouille la baie de Cannes jus­qu’à la fron­tière ita­lienne. Po­si­tion­nées sur ces sites stra­té­giques, ces bat­te­ries à ca­nons viennent ren­for­cer les dé­fenses des îles et du lit­to­ral dé­jà as­su­rées par le fort Sainte-Mar­gue­rite. Fin , quatre sont opé­ra­tion­nelles, à chaque ex­tré­mi­té des deux îles, Sainte-Mar­gue­rite et Saint-Ho­no­rat. Ces po­si­tion­ne­ments pla­çaient les in­trus sous des tirs croisés, ren­dant ain­si le lit­to­ral azu­réen in­abor­dable. Ces bat­te­ries ont no­tam­ment été stra­té­giques lors de la bataille de Loa­no qui, en , fut une vic­toire des forces fran­çaises de Mas­sé­na sur les Au­tri­chiens qui ten­taient de pé­né­trer en Ita­lie.

Un bou­let in­cen­diaire toutes les dix mi­nutes Chaque four donne un bou­let toutes les dix mi­nutes. En­four­nés par la par­tie haute du four, des rails les guident vers sa par­tie basse en briques ré­frac­taires, où des flammes les chauffent à plus de   de­grés. La fu­mée s’échappe par une che­mi­née si­tuée en haut du four. Les ca­non­niers portent le bou­let rouge du four jus­qu’au ca­non avec une cuillère ou une bague à un ou deux manches.

Avant de pla­cer le bou­let ain­si rou­gi dans le fût du ca­non, ils tassent la charge de poudre en y ajou­tant un bou­chon de paille mouillée ou de glaise. Ain­si char­gé, la pro­pul­sion est es­ti­mée à  mètres. Les bou­lets rouges pro­voquent des in­cen­dies sur les na­vires, brû­lant voi­lure et ponts en bois et en­traî­nant la mise hors de com­bat de l’at­ta­quant. En , la com­mis­sion d’ar­me­ment des côtes de la Corse et des îles de­mande la sup­pres­sion du tir à bou­lets rouges, es­ti­mant que fu­sées et obus ex­plo­sifs rem­placent avan­ta­geu­se­ment les bou­lets rouges. Les fours res­tés en place sont alors dé­mi­li­ta­ri­sés. Ils font l’ob­jet d’un clas­se­ment au titre des Mo­nu­ments his­to­riques de­puis . Sources : base do­cu­men­taire des Ar­tilleurs ; les An­nales de la et Lit­té­raire de Cannes-Grasse, 1992-1993, tome XXXVIII. So­cié­té Scien­ti­fique

(Photo DR) (Photo DR) (Photo A. P.)

Les al­lées d’Azé­mar à Dra­gui­gnan. Après une car­rière bien rem­plie dans l’ar­née, Pierre-Mel­chior d’Azé­mar, avait été rap­pe­lé en  par Na­po­léon. L’ac­tuelle place du Mar­ché à Dra­gui­gnan, créée par Azé­mar.

(Photo DR)

Les bou­lets étaient chauf­fés à plus de  de­grés dans ces fours.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.