Le pré­fet des Alpes-Ma­ri­times an­nonce le re­port de tra­vaux

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - Notre Histoire - AN­DRÉ PEYREGNE

En sep­tembre , le pré­fet des Alpes-Ma­ri­times, An­dré de Jo­ly, pro­nonce un dis­cours sur les pers­pec­tives bud­gé­taires de l’an­née à ve­nir. «... Nous rap­pel­le­rons que le Conseil général a ju­gé in­op­por­tun d’éta­blir un pro­gramme de tra­vaux neufs pour les an­nées  et  en rai­son de l’état de guerre. Nous pen­sons que, ces cir­cons­tances ne s’étant pas amé­lio­rées, il n’y a pas lieu non plus d’éta­blir un pro­gramme pour l’an­née . D’un cô­té, beau­coup d’en­tre­pre­neurs sont mobilisés et ne pour­raient prendre part aux ad­ju­di­ca­tions. De l’autre, les ou­vriers fran­çais et italiens qui for­maient la ma­jo­ri­té de nos

Car la hausse des prix et les res­tric­tions ali­men­taires sont plus que ja­mais d’ac­tua­li­té. Le Pe­tit Var, dans son édi­tion du 9 oc­tobre, an­nonce un nou­veau ra­tion­ne­ment sur le sucre : « Dé­jà le pu­blic se plai­gnait qu’avec l’éta­blis­se­ment de la carte du sucre, la quan­ti­té qui était al­louée à chaque mé­nage était in­suf­fi­sante. Hé­las, il va fal­loir en­core dé­chan­ter. Pour la ra­tion d’oc­tobre, on se ser­vi­ra des deux ti­ckets d’oc­tobre; pour la ra­tion de no­vembre, on uti­li­se­ra le troi­sième ti­cket d’oc­tobre et le pre­mier de no­vembre, et pour la consom­ma­tion de dé­cembre, on uti­li­se­ra les deux ti­ckets res­tants de no­vembre ».

« Les len­tilles du Puy sont de­ve­nues mon­naie cou­rante. Et lorsque les len­tilles ne peuvent plus ve­nir du Puy, Tou­lon uti­lise l’avan­tage d’être un port pour les faire ve­nir d’Égypte », se­lon Mau­rice Agul­hon.

Le gou­ver­ne­ment craint la grogne de la po­pu­la­tion

Mais, un jour, les len­tilles ne vien­dront plus d’Égypte. Les com­mu­ni­ca­tions avec cette ré­gion du monde se­ront de­ve­nues trop pé­rilleuses chan­tiers sont pour le plus grand nombre aux ar­mées ou sont rap­pe­lés jour­nel­le­ment sous les dra­peaux; quant aux ou­vriers des pays neutres, dont le nombre a tou­jours été très li­mi­té dans le dé­par­te­ment, il n’a pas ten­dance avec ses in­sur­rec­tions aux­quelles fait face l’un des plus cé­lèbres of­fi­ciers anglais, La­wrence d’Ara­bie.

La po­pu­la­tion n’en peut plus. Le gou­ver­ne­ment sur­veille de près ses mou­ve­ments de co­lère. Lettre du mi­nistre de l’In­té­rieur au pré­fet du Var, conser­vée aux Archives dé­par­te­men­tales de Dra­gui­gnan : « Pa­ris, le 24 mars 1917 : Je suis in­for­mé qu’une femme, Eu­gé­nie Ra­mon, do­mi­ci­liée à Tou­lon, tien­drait, dans le dé­bit de bois­son qu’elle ex­ploite, des pro­pos dé­pla­cés sur la guerre. Je vous prie de bien vou­loir si­gna­ler à M. le vice-ami­ral gou­ver­neur de Tou­lon l’at­ti­tude de cette femme et de­man­der la fer­me­ture de son dé­bit de bois­son. » Source d’es­poir au mi­lieu du cauchemar : l’en­trée en guerre des États-Unis. Elle a été dé­ci­dée par le pré­sident Wil­son en avril 1917. Elle a sus­ci­té une ré­ac­tion im­mé­diate du maire de Nice, le général Goi­ran, ap­prou­vée le 30 avril par le conseil mu­ni­ci­pal : le chan­ge­ment de nom du quai du Mi­di – pro­lon­ge­ment vers l’est de la Pro­me­nade des Anglais - en quai des États-Unis. Ce n’est qu’au dé­but à augmenter. Ajou­tons que les prix des tra­vaux aug­mentent de jour en jour dans des pro­por­tions consi­dé­rables par suite de la ra­ré­fac­tion de la main-d’oeuvre et des ma­tières pre­mières; la ma­jo­ra­tion at­teint ac­tuel­le­ment de  à  % par rap­port aux prix d’avant la guerre et beau­coup plus pour les ou­vrages mé­tal­liques. Les pro­grammes de ,  et  qui de­vaient res­pec­ti­ve­ment se li­qui­der en ,  et  ont vu leurs dé­lais d’exé­cu­tion re­por­tés au  dé­cembre  par la loi du  dé­cembre  et quelques-uns des pro­jets de ces pro­grammes n’ont pu en­core être ter­mi­nés... » du mois d’oc­tobre 1917 que l’ar­ri­vée des Amé­ri­cains se fait sen­tir en France. 1,2 mil­lion d’hommes dé­barquent, pré­cé­dés d’une cam­pagne d’af­fi­chage où l’on voit l’Oncle Sam poin­ter un doigt en avant en an­non­çant l’en­ga­ge­ment des mi­li­taires. Les Amé­ri­cains ar­ri­ve­ront-ils à nous conduire à la vic­toire ? Pen­dant ce temps, les femmes de notre ré­gion, à La Seyne, La Londe, Saint-Tro­pez ou dans les Alpes-Ma­ri­times, conti­nuent à fa­bri­quer à tour de bras leurs obus et leurs tor­pilles. .. Le  oc­tobre , la dan­seuse, co­mé­dienne et cour­ti­sane hol­lan­daise Ma­ti Ha­ra est fu­sillée à Pa­ris, ac­cu­sée d’es­pion­nage pour l’Al­le­magne. Elle était une ha­bi­tuée des scènes et de la vie mon­daine de la Côte d’Azur, et de Mo­na­co en par­ti­cu­lier. Ce fut, semble-t-il, au ca­si­no de Monte-Car­lo qu’elle fut dé­mas­quée, se tra­his­sant en ti­rant un coup de re­vol­ver sur un agent des ser­vices se­crets russes, le co­lo­nel Su­vars­ky. Elle se pré­sen­ta au pe­lo­ton d’exé­cu­tion coif­fée d’un ca­no­tier et vê­tue d’une robe élé­gante gar­nie de four­rures, re­fu­sant d’être at­ta­chée au po­teau, lan­çant cette re­marque : « Quelle étrange cou­tume des Fran­çais que d’exé­cu­ter les gens à l’aube ! »

(Doc Archives dé­par­te­men­tales du Var) (Photo DR) (Photo DR)

Carnet de sucre pour ra­vi­taille­ment à Tou­lon. le À Nice, le quai du Mi­di a été re­bap­ti­sé quai des États-Unis en avril , à la suite de l’en­trée en guerre du pays. Le général Goi­ran, maire de Nice pen­dant la Grande Guerre.

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