Di­dier Van Cau­we­laert

« Je connais bien Al­bert Ein­stein »

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - L’info Du Jour -

Deux de vos ro­mans ont été adap­tés au ci­né­ma, vous avez vous-mêmes réa­li­sé les Amies de ma femme, en . Vous re­ve­nez à la réa­li­sa­tion  ans plus tard. Pour­quoi?

J’avais aus­si vou­lu adap­ter Cheyenne () avec Va­nes­sa Pa­ra­dis, puis j’ai eu le prix Gon­court en , le pro­jet a été re­pous­sé, Va­nes­sa est par­tie aux Etats-Unis, j’ai cher­ché une autre co­mé­dienne mais je n’ai pas trou­vé. Je le fe­rai peut-être un jour. Cheyenne peut at­tendre, mais pas Al­bert. J’ai confié à d’autres, plus com­pé­tents que moi, l’adap­ta­tion de mes livres, mais ce­lui-là je vou­lais que per­sonne d’autre ne le fasse à part moi, car je connais bien Al­bert Ein­stein. L’idée de ce texte m’est ve­nue il y a  ans. Mais il y a ans seule­ment que j’y ai mis le per­son­nage d’Ein­stein. Au­jourd’hui les men­ta­li­tés ont évo­lué, les gens sont plus ou­verts à la mé­dium­ni­té. Al­bert Ein­stein avait une in­tui­tion qua­si mé­dium­nique. Il avait pré­dit l’exis­tence des ondes gra­vi­ta­tion­nelles. Et on a dé­cou­vert,  ans plus tard, qu’il avait rai­son. Elles ont été dé­tec­tées aux Etats-Unis par l’in­ter­fé­ro­mètre Li­go (en fé­vrier  NDLR).

Le dia­logue avec l’au-de­là est un de vos thèmes de pré­di­lec­tion.

Oui, et Ju­lie Fer­rier (Chloé dans le film) l’in­ter­prète comme ce­la n’a ja­mais été mon­tré. Au ci­né­ma ce­la a sou­vent été pré­sen­té de fa­çon pa­ro­dique. J’ai vou­lu mon­trer comment ces gens qui re­çoivent des in­for­ma­tions d’un uni­vers pa­ral­lèle vivent, gran­dissent avec ce don. La pre­mière fois que le thème a été choi­si au ci­né­ma c’était dans Ghost, avec Whoo­pie Gold­berg qui croit qu’elle est bi­don alors qu’elle a un vrai don. Chloé tout le monde se l’ar­rache, y com­pris l’ar­mée. Un mé­dium dans les ar­mées, ça se fait de­puis tou­jours, de­puis le dé­but du XXe siècle. Chez les Amé­ri­cains il y a eu le pro­gramme Star­gate. J’ai ren­con­tré Joe McMo­neagle, res­pon­sable de  es­pion­nages à dis­tance. Ça a don­né une avance consi­dé­rable à l’ar­mée amé­ri­caine.

Les dé­cors, le cas­ting c’est vous?

J’ai tout choi­si. Pour le rôle de Zac, j’ai pris Sté­phane Pla­za. Je l’ai vu au théâtre et je l’ai trou­vé ex­tra­or­di­naire. Dé­jà dans ses émis­sions j’ap­pré­ciais ce grain de fo­lie. J’ai été bluf­fé par ses tech­niques de jeu, son hu­ma­ni­té.

Zac est api­cul­teur. Les abeilles, une autre de vos pas­sions?

La pro­tec­tion des abeilles a été l’un des der­niers com­bats d’Ein­stein. C’est lui qui a vrai­ment dit « Si l’abeille dis­pa­rais­sait de la sur­face du globe, l’homme n’au­rait plus que quatre an­nées à vivre ». En­core une pré­dic­tion. % du miel que nous consom­mons est conta­mi­né par les pes­ti­cides alors que cet ali­ment est un des meilleurs au monde. Ces pes­ti­cides sont fa­bri­qués par de grands groupes phar­ma­ceu­tiques qui vendent la ma­la­die puis en­suite le re­mède.

J’ai per­du Al­bert est un film en­ga­gé?

La co­mé­die ne donne pas de le­çon. Elle per­met de faire par­ta­ger une pas­sion. C’est le ci­toyen consom­ma­teur de miel et amou­reux des abeilles qui parle. Je n’aime pas cette idée de dé­fen­seur de l’en­vi­ron­ne­ment car on a l’im­pres­sion qu’il y a l’homme d’une part et ce qui l’en­toure d’autre part. Pour moi c’est un tout, une har­mo­nie. Or l’homme est la seule es­pèce qui brise cette har­mo­nie, qui a fait dis­pa­raître des es­pèces et qui conti­nue. Au­cun autre pré­da­teur, même le plus ter­rible, ne fait ce­la.

Pour­quoi cette at­ti­rance pour Al­bert Ein­stein?

J’ai fait sa connais­sance quand j’ai écrit La femme de nos vies, pa­ru en . De­puis il ne m’a ja­mais quit­té. J’aime le des­tin de cet homme per­sé­cu­té par les na­zis, j’aime son hu­mour ter­rible, ra­va­geur et cet es­poir sans illu­sion, ba­tailleur et lu­cide.

(Pho­to Sé­bas­tien Bo­tel­la)

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MA­THILDE TRANOY

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