Ce bou­lan­ger ni­çois qui veut sau­ver le crois­sant!

Fré­dé­ric Roy, ar­ti­san bou­lan­ger-pâ­tis­sier ins­tal­lé rue de France a écrit au Pre­mier mi­nistre pour de­man­der la créa­tion d’un la­bel Tra­di­tion. Il dé­plore l’in­dus­tria­li­sa­tion mas­sive des vien­noi­se­ries

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - Nice -

Fré­dé­ric Roy, c’est le bou­lan­ger grande gueule. L’ar­ti­san à fleur de mie qui dé­fend son sa­voir-faire et ses condi­tions de tra­vail. Vaille que vaille. C’est un dur en croûte ni­çois qui ne se laisse pas pé­trir comme ça…

Ins­tal­lé rue de France, c’est un che­va­lier-mi­tron ha­bi­tué des croi­sades. Et sa nou­velle ba­taille, c’est le crois­sant. Le vrai. Le tri­co­lore. Au beurre, mais d’ap­pel­la­tion d’ori­gine pro­té­gée. À la fa­rine, mais de tra­di­tion ! Le tout, fa­bri­qué et cuit sur place, ce­la va sans dire.

Fré­dé­ric Roy, un Ov­ni dans la pro­fes­sion ? Presque, alors que l’in­dus­tria­li­sa­tion des vien­noi­se­ries a en­va­hi les bou­lan­ge­ries­pâ­tis­se­ries fran­çaises. « Tout le monde est per­du, même moi je m’y perds par­fois aus­si. L’autre jour j’étais à Cagnes, j’ai vu un crois­sant dans une vi­trine, je me suis dit, tiens, c’est pas de l’in­dus­triel ! Et bien si, quand je l’ai goû­té je m’en suis ren­du compte », lâche ce­lui qui exerce son mé­tier avec pas­sion de­puis 32 ans.

Une lettre au Pre­mier mi­nistre

Et, une fois de plus, il tape du poing sur le four­nil, (lire par ailleurs). « Il faut sau­ver le crois­sant. Il faut sau­ver notre sa­voir­faire. À l’étran­ger, le crois­sant c’est un sym­bole au même titre que la ba­guette ou que le vin rouge », ex­plique-t-il.

Pour ce nou­veau coup de gueule, il a écrit au Pre­mier mi­nistre Édouard Phi­lippe, afin de de­man­der la créa­tion d’un « la­bel Tra­di­tion ». L’ar­ti­san azu­réen af­firme : « Le 22 sep­tembre, j’ai eu une ré­ponse. Le Pre­mier mi­nistre a trans­mis ma de­mande au mi­nistre de l’éco­no­mie et des Fi­nances, Bru­no Le Maire. J’at­tends. »

« La dé­fense du bien-man­ger »

Mais Fré­dé­ric Roy a aus­si in­ter­pel­lé les élus lo­caux. « Je n’ai eu qu’une seule ré­ponse pour le mo­ment. Eric Ciot­ti est ve­nu me voir. Il me sou­tient dans ma dé­marche et a pro­mis qu’il in­ter­pel­le­rait lui aus­si le mi­nistre à l’As­sem­blée et qu’il re­laye­rait ma de­mande. » Le dé­pu­té trouve la dé­marche du bou­lan­ger « cou­ra­geuse ».

« Il est donc pri­mor­dial que le consom­ma­teur puisse faire la dif­fé­rence entre les crois­sants in­dus­triels et les autres et que l’ar­ti­san soit re­con­nu pour la qua­li­té de son tra­vail et pour son sa­voir faire », a dé­cla­ré Eric Ciot­ti. Qui ren­ché­rit : « La dé­fense du “bien­man­ger” est un com­bat es­sen­tiel dans notre so­cié­té. Les vien­noi­se­ries fran­çaises nous sont en­viées à tra­vers le monde, elles font par­tie in­té­grante de notre pa­tri­moine cu­li­naire na­tio­nal, il faut les pré­ser­ver et sou­te­nir les ar­ti­sans qui les fa­briquent. »

Et ils sont de moins en moins nom­breux, se­lon Fré­dé­ric Roy qui es­time que «85 % des vien­noi­se­ries sont au­jourd’hui de fa­bri­ca­tion in­dus­trielle ». L’ar­ti­san in­siste : « Le pro­blème, c’est que les bou­lan­ge­ries qui font de l’in­dus­triel mettent le prix du crois­sant au même prix que de l’ar­ti­sa­nal, car s’ils le met­taient à 40 cen­times, les clients sau­raient que ce n’est pas du fait mai­son ».

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