Dis­pa­ru chez le ber­ger de Caus­sols : sa mère veut rou­vrir l’en­quête

Farid Errachdi, 23 ans, a dis­pa­ru en 2001 après avoir sé­jour­né chez Mi­chel Lam­bin, « le ber­ger de Caus­sols ». Plu­sieurs in­dices in­citent la fa­mille à pen­ser qu’il a été tué dans la ferme du Bayou

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - Côte D’azur -

Achaque pro­cès d’as­sises de Mi­chel Lam­bin, 67 ans, planent les fan­tômes de vic­times po­ten­tielles. Par­mi les­quels Farid Errachdi, 23 ans, jeune mal­fai­teur ni­çois. Lam­bin, condam­né le 20

(1) dé­cembre à per­pé­tui­té pour l’as­sas­si­nat d’un gar­dien d’école d’An­tibes, purge ac­tuel­le­ment dix-huit ans pour le meurtre de JeanYves Guer­rée, voyou avec le­quel il pré­pa­rait un pro­jet d’éva­sion. Ce der­nier avait été re­trou­vé en­ter­ré dans la ferme du Bayou à Caus­sols sur les in­di­ca­tions de Nicole Ros­si, l’ex-com­pagne de Lam­bin. C’est elle en­core qui ex­pli­que­ra com­ment son com­pa­gnon a tué Farid Errachdi avant de le dé­cou­per en mor­ceaux et de le don­ner à man­ger aux co­chons.

Une condam­na­tion pour li­bé­rer la pa­role

Un juge d’ins­truc­tion de Grasse a es­ti­mé, à l’is­sue de l’en­quête, que les charges étaient in­suf­fi­santes pour ren­voyer Lam­bin une nou­velle fois de­vant les as­sises.

La fa­mille Errachdi n’est pas de cet avis. Elle a as­sis­té à la dé­po­si­tion de Nicole Ros­si, lors du ré­cent pro­cès de Lam­bin en dé­cembre à Nice. Celle-ci a ré­pé­té ses ac­cu­sa­tions : « Lam­bin a pen­du le jeune Arabe et l’a dé­pe­cé, vi­dé de son sang .»

L’avo­cat de la fa­mille Errachdi, Me Jean-Pas­cal Pa­do­va­ni, dé­po­se­ra un mé­moire de­vant la chambre de l’ins­truc­tion le 25 jan­vier. « Nous nous sommes aper­çus que tout un pan de l’en­quête de la po­lice ju­di­ciaire ne fi­gu­rait pas au dos­sier », ex­plique le pé­na­liste ni­çois. Les ma­gis­trats de la cour d’ap­pel au­ront trois pos­si­bi­li­tés : con­fir­mer le non-lieu, l’in­fir­mer et ren­voyer Lam­bin de­vant la ju­ri­dic­tion cri­mi­nelle ou en­core de­man­der un sup­plé­ment d’in­for­ma­tion. C’est-à-dire in­vi­ter la bri­gade cri­mi­nelle de la PJ de Nice à pour­suivre ses in­ves­ti­ga­tions. Cer­tains té­moins vont-ils en­fin par­ler sa­chant Lam­bin in­car­cé­ré ? Hé­lène, la mère de Farid Errachdi, veut le croire. Seize ans qu’elle at­tend que jus­tice lui soit ren­due, à dé­faut du corps de son fils. Elle a vu Farid Errachdi pour la der­nière fois en l’an 2000 : « Je tra­vaillais à l’époque à Acro­po­lis, se sou­vien­telle. En sor­tant du tra­vail, je suis tom­bé sur lui. Je lui ai de­man­dé de se rendre à la jus­tice parce que son pro­cès de­vait bien­tôt se te­nir. J’ai vou­lu lui don­ner de l’ar­gent mais il a re­fu­sé. Il m’a ras­su­ré en me di­sant qu’il ga­gnait bien sa vie. »

Le 16 avril 2001, Farid Errachdi est en­core en vie. Après une soi­rée chez des amis à Nice-Nord, il rac­com­pagne sa soeur aî­née au do­mi­cile fa­mi­lial : « Il l’a dé­po­sée, il fai­sait nuit, à l’Ariane, rue Amé­dée-VII, là où nous ha­bi­tions », ra­conte Hé­lène. De­puis, plus au­cun signe de vie.

C’est la soeur de Farid qui, quelques se­maines plus tard, rue de la Li­ber­té à Nice, ap­prend par une connais­sance que son frère est mort.

Peu avant d’être abat­tu, Farid Errachdi ré­si­dait dans une ca­ra­vane sur le ter­rain de Mi­chel Lam­bin à Caus­sols. Il s’était échap­pé de l’hô­pi­tal Sainte-Ma­rie alors qu’il était pla­cé en dé­ten­tion pro­vi­soire, im­pli­qué dans une sale af­faire cri­mi­nelle. Celle du vol d’un homme à Nice, une agression qui avait mal tour­né : la vic­time, vo­lée, bat­tue, était dé­cé­dée.

Des francs chan­gés en dol­lars

Ac­cueilli par Lam­bin, son men­tor, Farid Errachdi ser­vait de chauf­feur à Emile For­na­sa­ri, Jean-Fé­lix Le­ca et Ab­del­ha­mid Kar­mous, tous trois éva­dés par hé­li­co­ptère de la pri­son de Dra­gui­gnan. Le pre­mier, bra­queur pro­fes­sion­nel, a été condam­né en dé­cembre avec Lam­bin à la per­pé­tui­té pour com­pli­ci­té d’as­sas­si­nat. Le­ca, dit « Le Corse», au­rait été tué dans une ca­ra­vane à Caus­sols avant d’être brû­lé. Des os­se­ments ont été re­trou­vés mais au­cun ADN n’a pu en être ex­traits. Là en­core, Me Pa­do­va­ni tente de re­lan­cer le dos­sier d’ins­truc­tion sur ce crime im­pu­ni. Quant à Kar­mous, il a eu le temps de s’en­fuir en Tu­ni­sie où il vit ac­tuel­le­ment.

Farid Errachdi a-t-il fi­ni comme Jean-Fé­lix Le­ca abat­tu à Caus­sols ? Aî­né de la fra­trie, bru­ta­li­sé par un père violent, Farid Errachdi avait trou­vé en Lam­bin un père de sub­sti­tu­tion. « Je pense qu’il y avait un lien fort entre mon fils et cet in­di­vi­du, af­firme Hé­lène. Lam­bin lui avait dit : je fe­rai de toi un pa­tron. »

Farid Errachdi avait une confiance aveugle en Lam­bin. Une confiance qui pour­rait bien l’avoir per­du. Ses di­vers mé­faits lui avaient per­mis d’amas­ser un pac­tole, somme consé­quente chan­gée en dol­lars. « De quoi ache­ter un res­tau­rant », croit sa­voir sa mère. De quoi sur­tout at­ti­ser la convoi­tise de cer­tains. Sa ri­chesse sou­daine lui a-telle coû­té la vie ? Un homme a con­traint la com­pagne de Farid Errachdi de re­mettre le ma­got en billets verts. Qui est cet in­con­nu ve­nu l’agres­ser? Les té­moi­gnages di­vergent. Les proches de Farid Errachdi, eux, pointent du doigt Lam­bin. « Je suis sûr qu’il a chan­gé les dol­lars en francs. Un agent de change s’en sou­vient peu­têtre? » s’in­ter­roge Hé­lène.

CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Farid Errachdi a été tué et dé­cou­pé à Caus­sols se­lon Nicole Ros­si, l’ex-com­pagne de Mi­chel Lam­bin.

(Pho­tos Ch. P.)

Me Pa­do­va­ni, bien dé­ci­dé à ne pas lais­ser im­pu­nis des crimes sans doute com­mis à Caus­sols.

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