so­ciales pour s’en sor­tir Cagnes : à plein ré­gime

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - LE DOSSIER DU JOUR - ALEXIS ESCOURROU

Chaque lun­di après-mi­di, une cer­taine agi­ta­tion règne au 78 ave­nue de La Colle à Ca­gnes­sur-Mer. Rien d’anor­mal, tout est sous contrôle, c’est ce mo­ment de la se­maine où des per­sonnes dans le be­soin viennent se four­nir en pro­duits de pre­mière né­ces­si­té (pro­duits ali­men­taires et hy­gié­niques).

Res­pon­sable de l’épi­ce­rie so­li­daire du Se­cours po­pu­laire de Cagnes, Da­niel Braud su­per­vise la dis­tri­bu­tion avec une cer­taine di­plo­ma­tie, qui ne l’em­pêche pas pour au­tant d’être ferme lorsque ce­la s’im­pose : « Non mon­sieur, vous re­po­sez ce fro­mage, vous en avez dé­jà eu, il en faut pour les autres» lance-t-il à un vi­si­teur es­piègle qui avait ten­té de se sous­traire à sa vi­gi­lance, pour gla­ner un se­cond ca­mem­bert. Le sou­rire aux lèvres, le res­quilleur s’éloigne. Il re­ten­te­ra sa chance plus tard, deux fro­mages valent mieux qu’un.

Le pe­tit in­ci­dent pas­sé, Da­niel re­prend sé­rieu­se­ment : « Nous ai­dons en­vi­ron 30 à 40 foyers. Nous sommes en contact avec les ser­vices so­ciaux, qui orientent cer­taines per­sonnes vers notre éta­blis­se­ment. Après en­tre­tien, on dé­cide si on aide, et pour com­bien de temps.»

Avec une contri­bu­tion à hau­teur de 5 eu­ros par mois, il de­vient pos­sible de ve­nir faire ses «courses» ici.

Une or­ga­ni­sa­tion au­to­nome (ou presque)

L’épi­ce­rie so­li­daire de Cagnes-surMer ac­cueille des ha­bi­tants de la ville, mais pas seule­ment. Cer­taines per­sonnes viennent de Ville­neuve-Lou­bet, La-Colle-sur-Loup, ou Saint-Paul-de-Vence, pour se four­nir en nour­ri­ture à (très) bas coût.

«On se fi­nance nous-même. Par le biais du Se­cours Po­pu­laire, nous ven­dons quelques vê­te­ments et ob­jets qui nous ont été don­nés chaque mois. Avec l’argent de ces ventes, on peut payer le loyer de nos lo­caux. La mu­ni­ci­pa­li­té ne nous aide pas» re­grette Da­niel.

En ce qui concerne les biens ali­men­taires, ils sont soit don­nés par le Fonds Eu­ro­péen d’Aide aux plus Dé­mu­nis (FEAD), soit ré­col­tés grâce à des par­te­na­riats avec des grandes sur­faces du coin. Et ce­la fait plu­sieurs an­nées que l’or­ga­ni­sa­tion fonc­tionne ain­si.

Des pro­fils di­vers

Qui sont les bé­né­fi­ciaires ? « On voit de tout. Contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait pen­ser, on voit beau­coup de jeunes ici. D’autres sont des immigrés qui n’ont pas réus­si à s’in­té­grer so­cia­le­ment ou pro­fes­sion­nel­le­ment. Et puis on voit des per­sonnes qui ont tout per­du, ou qui sont dans une mau­vaise passe» ré­sume Da­niel,. Jean-Paul vi­vait tout à fait «nor­ma­le­ment»

(1) il y a en­core quelques an­nées. «J’avais une bonne si­tua­tion. Je tra­vaillais à mon compte, jus­qu’à ce que mon en­tre­prise s’ef­fondre, un peu du jour au len­de­main. » En­suite, c’est la des­cente aux en­fers. Son en­tre­prise pla­cée en li­qui­da­tion ju­di­ciaire, tous ses biens sont sai­sis pour rem­bour­ser ses dettes, jus­qu’à sa mai­son. Ses vi­sites heb­do­ma­daires à l’épi­ce­rie, il les doit à un «ac­ci­dent de la vie », comme il l’ap­pelle. Le type d’évé­ne­ment dont per­sonne n’est vrai­ment à l’abri. À 55 ans, l’homme tente d’as­su­mer tant bien que mal sa si­tua­tion, sans pour au­tant ou­blier les der­nières per­sonnes qui lui sont ve­nues en aide: «Après tout ce qui s’est pas­sé, je me suis re­trou­vé seul. Ve­nir ici, c’est plus que du ré­con­fort ma­té­riel, ali­men­taire. C’est aus­si un vrai échange. »

«Je me sen­tais hu­mi­liée»

Ophé­lie aus­si a vu son monde

(1) s’écrou­ler su­bi­te­ment, la for­çant à cher­cher de l’aide pour sor­tir la tête de l’eau.

« L’en­tre­prise de mon ma­ri a fait faillite. On a dû vendre l’ap­par­te­ment pour épon­ger une par­tie de nos dettes» ex­plique-t-elle. Mal­heu­reu­se­ment, ce­la ne suf­fit pas, et les charges conti­nuent à s’ac­cu­mu­ler. Au point que cette mère de deux en­fants prend contact avec une as­sis­tante so­ciale, qui l’oriente vers l’épi­ce­rie so­li­daire du Se­cours po­pu­laire de Ca­gnes­sur-Mer.

« Je viens ici presque chaque se­maine de­puis le mois de no­vembre. Au dé­but, je me sen­tais hu­mi­liée. Mais les bé­né­voles ici sont hy­per sym­pas, tout est fait pour qu’on se sente à l’aise, ac­com­pa­gné dans notre ga­lère. Ils m’ont même ai­dé à ob­te­nir l’ACS (Aide au paie­ment d’une Com­plé­men­taire San­té). » Loin de bais­ser les bras, la mère de fa­mille re­garde vers l’ave­nir avec op­ti­misme, avec l’es­poir de re­pas­ser de l’autre cô­té du mur : «Je me suis fait une pro­messe, le jour où je re­mon­te­rai la pente, je fe­rai du bé­né­vo­lat dans une or­ga­ni­sa­tion si­mi­laire, ou même ici. »

1- À la de­mande des in­té­res­sés, les noms ont été chan­gés pour pré­ser­ver leur ano­ny­mat.

(Pho­to A.E.)

Les lo­caux de l’épi­ce­rie so­li­daire de Cagnes ac­cueillent des per­sonnes dans le be­soin chaque lun­di après-mi­di.

(Pho­to C.A.)

Dans les épi­ce­ries so­li­daires, des pro­duits moins chers pour un nou­veau dé­part.

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